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Bulletin Quotidien Europe N° 9027
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La compréhension de la signification de l'agriculture pour l'Europe progresse, en réaction aux slogans populistes périmés

Réaction salutaire. Il n'est pas exclu que la relance de slogans populistes contre l'agriculture européenne ait en définitive un effet positif. Je m'explique. Si l'on admet - ce qui paraît raisonnable - que pendant le semestre en cours la réflexion d'ensemble sur l'Europe future aura tout juste le temps de commencer (voire cette rubrique d'hier), on doit reconnaître en même temps que l'UE est bien obligée de se prononcer rapidement sur quelques problèmes fondamentaux, pour la raison très simple que certaines décisions sont urgentes, notamment celles sur: les frontières de l'Union (avec l'affaire turque), les relations économiques extérieures (en vue des négociations de l'OMC) et l'agriculture (avec les choix budgétaires). Je donne la priorité à l'agriculture, parce que ce dossier est en train d'évoluer de façon positive. Commencer par les bonnes nouvelles est toujours encourageant aussi bien pour celui qui écrit que pour celui qui lit.

Il est étonnant que des personnalités telles que Tony Blair et Gordon Brown en soient encore à déplorer que l'UE consacre 40% de son budget à une activité qui représente 4% de l'emploi et 2% du PIB de l'Union, et à considérer l'agriculture (en suivant leur maître à penser, le professeur André Sapir) comme une «activité en déclin». Il est réconfortant que de telles inepties suscitent aujourd'hui de plus en plus de réactions; je me sens beaucoup moins seul. L'ancien ministre belge des Affaires étrangères et actuel commissaire européen à la coopération au développement, Louis Michel, a déclaré dans une conférence de presse que l'activité agricole concerne non pas 4 ou 5% mais plutôt 100% de la population européenne. Un institut prestigieux a observé que le «calcul Gordon Brown/Sapir» du pourcentage de la population concernée par l'agriculture équivaudrait à évaluer l'intérêt de la recherche sur la base du nombre de chercheurs et à en conclure que la recherche concerne moins de 1% de la population ! Ce serait un calcul bête et absurde ; celui qui est fondé sur le nombre d'agriculteurs l'est tout autant. Quant à l'aspect commercial, plusieurs commentateurs ont rappelé l'évaluation de la Commission européenne indiquant que l'application des règles normales de l'OMC aux produits agricoles impliquerait la disparition de 6 millions d'entreprises agricoles sur les 7 millions qui existaient dans l'ancienne UE à 15, avec comme résultat la destruction des paysages européens et l'effondrement écologique, social et culturel de notre continent (en plus de l'élimination de toute possibilité d'aide alimentaire européenne aux pays pauvres).

Recherche et agriculture, une alliance positive. La comparaison artificielle entre ce que l'Europe dépense pour la recherche et ce qu'elle dépense pour l'agriculture a été démolie de plusieurs côtés, en faisant valoir que les dépenses de recherche dépassent déjà le taux de 2% du PIB européen (l'objectif d'atteindre 3% est en principe accepté) alors que la dépense agricole se situe entre 0,3% et 0,4% (un peu plus d'un tiers du budget de l'UE, qui correspond à 1% du PIB européen). La différence de visibilité entre les deux catégories réside dans le fait que la recherche est essentiellement financée par les budgets nationaux et par les entreprises (même si un financement européen adéquat reste indispensable pour les actions communes et pour la coordination), alors que l'activité agricole est financée presque totalement par le budget communautaire. Il est vrai que les dernières déclarations du professeur Sapir ne réclament plus la fin de la dépense agricole, mais son transfert aux budgets nationaux. Or, c'est un remède illusoire (sauf s'il est appliqué dans un pourcentage modeste), car certains Etats membres ne sont pas en mesure d'y faire face et les situations économiques respectives détermineraient la sauvegarde de l'environnement, de la biodiversité (absolument essentielle), des paysages, etc. Les plus riches seraient favorisés, la concurrence serait faussée, et le principe essentiel selon lequel l'activité agricole doit être maintenue sur tout le territoire de l'Union disparaîtrait.

Ce qui précède n'est pas nouveau pour les lecteurs de longue date de cette rubrique. Ce qui est nouveau, c'est que certaines idées ont fait leur chemin ; les Européens commencent enfin à comprendre à quel point l'activité agricole est essentielle à leur civilisation. Au sein de la Commission européenne, a été dépassée l'idée que le financement adéquat et indispensable du nouveau programme européen de recherche puisse être poursuivi en réduisant la dépense agricole. Agriculture et recherche ne sont pas rivales mais complémentaires et pour plusieurs aspects étroitement liées: santé, sécurité et qualité des produits, protection de l'environnement (l'UE en a enfin discuté au niveau ministériel), réduction des interventions chimiques, etc..

Quelques phrases lumineuses de Jean-Claude Juncker se sont ajoutées à cette prise de conscience progressive ; j'en ferai état demain, avec d'autres éléments significatifs. (F.R.)

 

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