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Bulletin Quotidien Europe N° 9020
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La grande réflexion sur l'avenir de l'Europe devrait s'ouvrir cet automne, mais les orientations des Etats membres continuent à diverger radicalement

Consensus de façade. Nous y sommes. Ce mois-ci devrait commencer la grande réflexion sur l'avenir de l'Union européenne: sa nature, ses objectifs et même ses frontières. Lorsque, à la suite notamment du rejet de la Constitution en France et aux Pays-Bas, le Parlement européen en avait exprimé l'exigence, et plusieurs gouvernements ainsi que la Commission européenne étaient d'accord, tout le monde (ou presque) s'en était félicité, et ensuite Tony Blair l'avait pratiquement imposée, cette réflexion, en rejetant le compromis de la Présidence luxembourgeoise sur les perspectives financières 2007-2013 et en subordonnant toute décision à ce sujet à une transformation radicale de l'orientation des dépenses (et donc des politiques) de l'Union. Au moment d'assumer la présidence du Conseil européen pour le semestre en cours, Tony Blair a fait preuve une fois de plus de son habilité et de son savoir-faire dans la présentation de son programme devant le Parlement européen. Le changement de cap qu'il préconise pour l'Europe unie était décrit comme une mise à jour indispensable de la réalité communautaire, ouvrant des perspectives lumineuses pour l'avenir de notre vieux continent aujourd'hui sclérosé. Son succès avait été considérable aussi bien dans l'hémicycle du PE que dans les commentaires d'une large partie des media. Je crois avoir rendu compte objectivement, dans cette rubrique, de ce résultat et des échos favorables qui l'avaient accompagné. Comment contester, d'ailleurs, la nécessité de la réflexion fondamentale que l'Europe escamote depuis longtemps? Après le discours de Tony Blair (intégralement reproduit dans le n° 2417 de notre série EUROPE/Documents), quelques réactions perplexes ou sceptiques n'avaient pas manqué, aussi bien chez certains parlementaires européens (avec en tête Jean-Louis Bourlanges, qui ne se laisse pas impressionner par les formules et dont l'esprit caustique est toujours en éveil) que chez certains commentateurs. Mais le sentiment prédominant avait été résumé par le président du Parlement européen. Josep Borrell, lorsqu'il avait pratiquement réuni les deux présidents successifs, Jean-Claude Juncker et Tony Blair, dans une définition commune: deux passionnés de l'Europe.

Tout est en ordre, alors? La réflexion annoncée va-t-elle effectivement dessiner les nouveaux contours de l'Europe, grâce à une large convergence d'idées sur les objectifs et sur les moyens pour les atteindre? J'avoue que ce n'est pas du tout mon opinion, et je suis presque embarrassé de l'écrire de manière aussi explicite. Les vacances d'été, propices à la lecture, et les analyses qui en découlent, m'ont amené à la conclusion que les points de départ et les orientations nationales pour la réflexion rédemptrice continuent à diverger ; ce que l'on pense à Londres et dans quelques autres capitales n'a pas grand-chose à voir avec ce que l'on pense à Paris ou à Berlin ou (pour des raisons différentes) dans plusieurs nouveaux Etats membres.

Un Sommet qui soulève bien des réticences. Les responsables politiques, au-delà du consensus de façade sur un certain nombre de mots passe-partout, sont assez largement conscients de cette situation, ainsi que le prouvent les réticences exprimées par le Chancelier allemand, par le Premier ministre français et par le président du groupe de l'euro à l'égard de l'intention de Tony Blair d'organiser le mois prochain un Sommet informel pour un débat sur le modèle social européen et sur les politiques économiques de l'Union. Allons-y doucement, ont laissé entendre les personnalités citées. Le porte-parole allemand a déclaré que Gerhard Schröder s'interroge sur l'opportunité d'un débat immédiat sur l'avenir du modèle social européen, en estimant préférable d'attendre au moins le premier semestre 2006. De son côté, Jean-Claude Juncker a observé: « Je ne vois pas ce qui devrait être mis en question maintenant. La discussion sur le modèle social européen ne peut pas être menée dans l'abstrait, comme certains se l'imaginent ». A son avis, la stratégie de Lisbonne révisée contient tout ce qui est nécessaire ; il faut simplement s'efforcer de l'appliquer.

Le Premier ministre français Dominique de Villepin a publié simultanément dans différents journaux européens un « point de vue » décrivant sa conception de l'Europe future, et c'est un euphémisme de dire qu'elle ne correspond pas à celle qui ressort des prises de position britanniques. Je ne suis pas en train de faire l'éloge de la vision de M. de Villepin, qui comporte bien des éléments incompatibles avec le principe d'une Europe «communautaire» (elle se fonde plutôt sur une vision nettement intergouvernementale), mais d'indiquer à quel point le consensus apparent sur la réflexion à ouvrir sous-entend des conceptions de l'Europe radicalement différentes. Je reviendrai dans les prochains jours sur ces divergences profondes, à la lumière des différentes prises de position. (F.R.)

 

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