login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8954
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/commission/motion de censure

Levée de boucliers de l'écrasante majorité des députés contre la motion de censure de Nigel Farage contre José Manuel Barroso considérée sans réel fondement - Le Président de la Commission prêt à discuter de la mise en place d'un « groupe consultatif sur les normes dans la vie publique »

Bruxelles, 25/05/2005 (Agence Europe) - L'écrasante majorité des députés européens intervenus lors de la plénière du 25 mai à Bruxelles sur la motion de censure présentée par Nigel Farage (UK Independence Party), coprésident du groupe Indépendance et démocratie, contre le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a confirmé son rejet de cette initiative, largement considérée comme démagogique et populiste. Les signataires de la motion, qui sera votée lors de la plénière de juin à Strasbourg (du 6 au 9 juin) affirment qu'il s'agissait du « seul moyen de faire en sorte que le Président de la Commission paraisse (…) en séance plénière, afin d'expliquer comment il a pu accepter un don de plusieurs millions d'euros d'un homme d'affaires richissime lequel a ensuite reçu, un mois plus tard, le feu vert de la Commission pour l'octroi d'une aide régionale de dix millions d'euros ». Les signataires se disent disposés à retirer la motion de censure s'ils reçoivent en plénière « une explication raisonnable et des règles claires » obligeant tous les Commissaires « à déclarer tous leurs dons de valeur ». Les explications du Président Barroso ont satisfait la plupart des députés, dont plusieurs ont dénoncé la « politique spectacle » de leurs collègues, mais sans doute pas les eurosceptiques du UK Independence Party et les autres signataires de la motion. En particulier, José Manuel Barroso a répété (il l'avait déjà fait dans une lettre au Président Borrell en avril dernier) que l'un des faits qu'on lui reprochait - le feu vert de la Commission européenne à une aide d'Etat à la firme de son vieil ami d'études, l'armateur grec Spiros Latsis qui lui avait offert quelques jours de vacances sur son bateau - remontait à une période antérieure à son entrée en fonction comme président de la Commission européenne.

Nigel Farage a rappelé d'entrée de jeu que, le 3 février, il avait écrit à tous les Commissaires pour leur demander de « combien de vacances gratuites ou invitations » ils avaient bénéficié, sans recevoir aucune réponse. Grâce au ciel, s'est-il exclamé, le quotidien allemand Die Welt nous a ensuite révélé qu'en août dernier M.Barroso avait participé à une croisière sur un bateau de M.Latsis qui, un mois après avait reçu le feu vert de la Commission pour une aide d'Etat. Nous avons aussi appris que le Commissaire au Commerce Peter Mandelson a passé des vacances sur un « yacht de luxe » du cofondateur de Microsoft, a-t-il ajouté, en lançant: vous avez évidemment un « meilleur cercle d'amis que moi ». M. Farage s'est livré ensuite à un insolite petit jeu « question-réponse » avec le conservateur britannique Roger Helmer, signataire de la motion de censure (et membre jusqu'à aujourd'hui du groupe PPE-DE) qui lui a demandé: est-ce normal que les présidents des grands groupes aient fait pression sur leurs membres pour qu'ils ne signent pas la motion ou qu'ils retirent leur signature, comme l'a fait M.Pöttering avec les conservateurs britanniques ? Ces leaders « devraient avoir honte d'eux-mêmes », a estimé M.Farage qui, fier d'être “un eurosceptique engagé”, a conclu: ce parlement ne peut pas légiférer, mais il peut « engager et licencier les chefs », et ne devrait pas se priver de le faire.

Cette motion est « d'évidence injustifiée et dépourvue de tout fondement », et sur le fond je n'ai rien à ajouter à ce que j'avais écrit au président Borrell, a répliqué José Manuel Barroso, à savoir qu'en août 2004 j'ai passé avec ma famille et avec d'autres personnes, une semaine sur le bateau d'un ami que je connais depuis plus de vingt ans lorsque j'étais étudiant à Genève. (Sur un ton plus léger, M.Barroso a lancé: « je ne connais personne qui aurait le courage d'inviter M.Farage une semaine en bateau », ce qui apparemment a amusé aussi Nigel Farage). C'est une relation d'amitié nouée avant mon entrée en politique, « et sa nature n'a jamais changé » et je n'ai jamais eu connaissance d'un lien quelconque entre les affaires de mon ami et des décisions de la Commission, a-t-il martelé, en précisant: la mauvaise foi des signataires de la motion est prouvée par le fait que l'autorisation à l'aide d'Etat à la Grèce à laquelle ils se réfèrent avait été prise en septembre 2004 par la Commission Prodi, sur proposition du Commissaire Monti. « Ce décalage dans le temps, que M.Farage a oublié de citer dans son texte » démontre combien son initiative est « illégitime et absurde », puisqu'elle « repose sur une insinuation abusive », s'est indigné M.Barroso¸qui rappelle que « la Commission actuelle a mis en œuvre les règles les plus strictes en matière de risque de conflit personnel ». Ce type d'attaque et de « procès d'intention » vise en réalité l'Europe et la crédibilité des institutions, « on franchit ici la ligne entre démocratie et démagogie, et ça, je ne peux pas l'accepter », s'est écrié M.Barroso. (Ce mot « démagogie » a provoqué une vive réaction de Jens-Peter Bonde, coprésident du groupe Indépendance et démocratie, qui s'est fâché tout rouge). Le Président Barroso, qui a dénoncé ce style de « politique spectacle », a assuré aux députés: je suis prêt à travailler pour vous pour garantir le maximum de transparence, et la proposition faite par la Commission en novembre 2000 de créer un « groupe consultatif sur les normes dans la vie publique reste sur la table » (ce groupe couvrirait toutes les institutions, y compris Cour de Justice, Cour des Comptes, Comité économique et social et Comité des régions).

Hans-Gert Pöttering, président du groupe PPE-DE, qui considère « indécente » la motion de censure, a noté: cinq membres britanniques de mon groupe l'ont signée sans me consulter. Et il a pointé du doigt Roger Helmer en lui disant: cher collègue, je n'ai jamais eu autant de patience avec personne qu'avec vous, considérez-vous sorti du groupe. Martin Schulz, président du groupe socialiste, s'est lui aussi insurgé contre les « calomnies » des auteurs de la motion qui, a-t-il dit, n'ont qu'un but: « just for show ! ». Quant à Graham Watson, président du groupe ALDE, il a dit (en français) aux signataires: « collègues, vous êtes ridicules ; vous prétendez dire: « j'accuse » (…), mais vous n'êtes pas Zola ! (…) Ce que vous voulez, c'est provoquer le maximum d'embarras avant les référendums en France et aux Pays-Bas. N'invoquez pas la transparence: pourquoi, alors, quatre souverainistes britanniques ont-ils refusé de publier sur Internet leurs intérêts financiers privés ? ». Quant aux amitiés du président Barroso, le libéral démocrate britannique a remarqué: toutes les grandes industries ont, un jour ou l'autre, à faire avec la Commission, et si M.Barroso n'avait aucun contact avec l'industrie, il aurait aussi peu d'amis que M.Farage… Cette motion est inopportune, a martelé Monica Frassoni, coprésidente du groupe Verts/ALE, tout en notant que cette affaire est la conséquence de la « décision erronée de laisser la Commissaire Kroes à son poste » de Commissaire à la concurrence contrainte de déléguer certains dossiers au président de la Commission, notamment dans les transports maritimes, au président de la Commission, pour risque de conflit d'intérêt: NDLR). Le Portugais Miguel Portas, en l'absence de Francis Wurtz, président du groupe GUE/NGL (qui, absent, a rejeté l'initiative de M.Farage dans un communiqué) a précisé qu'il avait retiré sa signature de la motion car son opposition à la Commission Barroso se place sur un plan politique et ne se fonde pas sur des « procès d'intentions ». C'est « de l'opportunisme le plus grossier », a protesté Brian Craweley, président du groupe UEN, pour qui cette motion « nous détourne de questions importantes ». Pourquoi ne voulez-vous pas publier la liste des cadeaux que vous recevez d'une valeur supérieure à cent euros ?, a demandé Jens-Peter Bonde, alors que le non inscrit autrichien Hans-Peter Martin a accusé le Président Barroso d'être loin des citoyens, en l'exhortant: « réveillez-vous ! ».

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES