Bruxelles, 25/05/2005 (Agence Europe) - Dans un long entretien au Soir du 25 mai, le président du Conseil européen Jean-Claude Juncker répète que selon lui, un « non » français à la Constitution européenne serait « une catastrophe qui concernera tout le monde, (…) que vous soyez chef d'entreprise au Texas ou syndicaliste en Bolivie ou dirigeant d'une entreprise à Shanghai, (…) les observateurs extérieurs ne sauraient plus vers où l'Europe veut aller ». Le Premier ministre luxembourgeois ajoute: »je crois que la France est faite pour mener: sa place est dans la cabine de pilotage, pas dans le camion balai ! ». Après le référendum français du 29 mai, indique M. Juncker, « le président de la Commission et moi-même, comme président du Conseil européen, ferons une déclaration commune. Car il est essentiel de mettre de l'ordre dans le processus qui sera en cours à partir du lendemain. Et mieux va répéter que le processus de ratification se poursuivra. Si c'est oui, nous dirons donc: on poursuit ; si c'est non, nous dirons: on continue ! Je trouverais tout de même extraordinaire de dire aux autres peuples de rester chez eux, car la France a décidé pour les autres ! ». A propos d'un éventuel « plan B », M. Juncker réaffirme: « L'idée véhiculée par la France selon laquelle il pourrait y avoir immédiatement une renégociation est strictement inimaginable ». En cas de « non », selon lui, « il faudra un jour que nous ayons un nouveau traité. Mais il ne comportera pas plus d'ambitions, et nous aurons perdu dix à quinze ans ». (Par ailleurs, interrogé sur la fonction de président du Conseil européen de longue durée introduite par la Constitution, M. Juncker dit avoir « de très sérieuses réserves » si les compétences d'un tel président « ne sont pas davantage précisées «.N'est-il « plus candidat » à ce poste ? M. Juncker réplique: « Sauf un poste d'entraîneur de l'équipe de foot allemande et une récente nomination au Vatican je suis, à lire les journaux, candidat à tout ! ». Et, plus sérieusement, il note: « Pour que ce poste existe, il faut d'abord qu'il y ait une Constitution européenne ».Quant à l'idée de fusionner les présidences de la Commission et du Conseil européen, M. Juncker estime « c'est la solution vertueuse: le bicéphalisme est dangereux »)
Dans Le Figaro du 25 mai, le président du Parlement européen Josep Borrell prévient, lui aussi: un « non » français n'entraînera pas « un tsunami salutaire suite auquel les autres nations européennes se rueraient vers Paris pour consentir des concessions au contenu d'ailleurs impénétrable. Car tout francophile que je suis, je n'ai toujours pas compris ce qui unit dans leur approche M.Le Pen, M.de Villiers, Mme Laguiller et d'autres ! Soit l'on considère que le traité va trop loin (…), et le non est logique. Soit l'on considère qu'en votant oui l'on obtiendra mieux, et là on se trompe complètement… Car les Britanniques vont-ils soudainement devenir fédéralistes ? Le Tchèques plus partisans d'une Europe sociale ? Les Polonais disposés à faire de nouvelles concessions alors que le traité de Nice leur était plus favorable ? ». M.Borrell remarque aussi: dans mes voyages, « je constate que les Européens sont inquiets. Ils ne comprennent pas que la France, ce grand pays fondateur, à qui l'Europe a tant apporté et dont le poids sera renforcé dans la Constitution, avec notamment sa voix au Conseil qui passerait de 9% à plus de 13% en raison de la prise en compte du critère démographique, oserait prendre la responsabilité de marquer un coup d'arrêt à cette grande aventure collective, qui comporte certes des imperfections, mais dont la poursuite permettra à l'Europe, et donc à la France, d'exister dans le monde ? ».