Comme d'habitude, le vendredi cette rubrique formule quelques remarques sur des nouvelles qui, en général, ont été publiées dans nos bulletins précédents.
À propos de la Chine. Pour timide qu'elle soit, toute initiative européenne visant à rendre normale et acceptable l'explosion des exportations textiles chinoises provoque cris et protestations des organismes ou associations qui s'arrogent la tâche de défendre la liberté des échanges. Et avec quel ton ! Ce ne sont pas des raisonnements, mais des injonctions ou des invectives. Appliquer les procédures de l'Organisations mondiale du commerce (OMC) signifie pour elles à la fois être protectionnistes (oh, la légende de l'Europe forteresse même si elle est en fait le plus grand importateur du monde!), pénaliser les consommateurs (qui ne peuvent demeurer tels s'ils ne sont pas en même temps producteurs) et nuire aux pays pauvres (qui sont au contraire les principales victimes de l'agressivité chinoise). Je ferai donc deux remarques:
- les initiatives de l'UE respectent les règles et les procédures de l'OMC, en demandant des consultations avec la Chine, avec la possibilité d'appliquer, si le résultat est insatisfaisant, une clause de sauvegarde légitime et acceptée en son temps par les autorités chinoises. Que Pékin proteste, c'est de bonne guerre. Mais les hauts cris de la FTA, ou d'Oxfam ou d'autres organismes analogues semblent dictés mot pour mot par le grand commerce, les gros distributeurs et quelques multinationales produisant en Chine;
- pourquoi établir une hiérarchie dans les règles de l'OMC ? L''interdiction des restrictions quantitatives aurait ainsi un statut intouchable, alors que le dumping, la contrefaçon et la piraterie des marques, condamnés en principe, seraient en fait tolérés. Les règles doivent être placées toutes sur le même plan: qui ne respecte pas les unes ne peut pas réclamer à ses partenaires commerciaux le respect des autres. Et je n'oublierais pas non plus les normes environnementales et les normes sociales mondialement admises, comme les droits syndicaux et l'interdiction du travail des enfants.
Indications géographiques et équité. La Cour de justice de l'UE a interdit la dénomination «Tokaj» pour des vins produits ailleurs qu'en Hongrie, car cette indication géographique est réservée à une région hongroise. C'est logique: l'UE se bat au niveau mondial pour le respect des dénominations d'origine, et elle doit commencer par les respecter chez elle. Ce qui gêne, c'est qu'en fait l'utilisation abusive de dénominations européennes (fromage parmesan et jambon de Parme ne sont que deux exemples) se poursuit dans beaucoup de pays tiers. L'interdiction des fausses dénominations, qui protège les producteurs honnêtes et aussi les consommateurs, n'est efficace et équitable que si elle s'impose partout. L'UE doit être beaucoup plus rigoureuse dans les instances internationales, sans hésiter à recourir à des mesures de sauvegarde ou à des rétorsions. Sinon, seuls les producteurs européens seront pénalisés en cas d'infractions.
Un signe qui ne trompe pas. Les deux derniers prêts de la BEI (Banque européenne d'investissement) à un pays d'Europe centrale (la Hongrie) et à un pays des Balkans occidentaux (la Serbie et Monténégro) financent un mécanisme de prêts aux étudiants et un investissement dans l'enseignement. Ce qui prouve que deux pays encore relativement pauvres situent l'éducation parmi leurs priorités. Ceci me rappelle un épisode d'un bref voyage effectué il y a quelques années en Slovaquie. J'avais demandé à une fonctionnaire slovaque quels étaient, à son avis, les principaux atouts de son pays dans la perspective de l'adhésion à l'UE, et après une brève réflexion elle avait répondu: « Notre système éducatif», en citant explicitement, entre autres, l'enseignement du latin. La confiance dans la formation est un signe qui ne trompe pas.
Attac a choisi l'ignoble. La campagne en France sur la Constitution est acharnée, on le constate tous les jours, mais je n'aurais pas cru que l'on serait descendu aussi bas. C'est le mouvement Attac qui l'a fait, dans l'un de ses tracts. On y voit la photo d'une «jeune slovaque» qui dit: «Je suis venue travailler ici dans un salon de massage. Mais je me suis retrouvée sur le trottoir, dans les mains de la mafia ». Conclusion en toutes lettres: « L'Europe est une plaque tournante de la prostitution, pourtant la Constitution ne cherche pas à lutter contre. Alors, il faut voter non!» J'avais pensé d'abord à un faux ; mais non, tout est en règle: l'adresse de France. Attac à Montreuil-sous-bois, le numéro de téléphone et même le nom de l'imprimeur. Exploiter, pour essayer de gagner quelques voix, le malheur (vrai ou inventé) d'une jeune fille, et présenter son désespoir comme la conséquence d'une Constitution qui, au contraire, contribuera, si elle est approuvée, à concrétiser l'espace européen de liberté, sécurité et justice permettant justement de lutter contre les mafias sur un plan multinational (qui est la seule manière efficace), c'est ignoble et cela ne mérite que le mépris, pour l'auteur de ce tract et pour ceux qui l'ont diffusé parmi la foule. (F.R.)