Strasbourg, 11/05/2005 (Agence Europe) - Le Grand-Duc Henri de Luxembourg, intervenant le 11 mai en plénière à Strasbourg, quinze ans après son père Jean au moment d'une autre présidence luxembourgeoise, a souligné les réussites « indéniables » et même « spectaculaires » de ces derniers quinze ans, mais a reconnu aussi que « beaucoup de jeunes éprouvent comme un malaise vis-à-vis de la construction européenne » et que « les égoïsmes ont tendance à se substituer à l'élan qui animait les pères de l'Europe ». En citant le philosophe français Marcel Gauchet, pour qui ce « désarroi » est dû à « notre époque faite de changements de caps gigantesques », le Grand-Duc Henri, qui était accompagné de sa femme Maria-Theresa, a estimé que « lorsque le changement est relativement lent, comme cela fut le cas dans les années 70 et 80, l'adaptation se fait sans trop de peine. (…) Quand il produit un bouleversement des repères traditionnels (…), en particulier à travers la mondialisation, c'est une autre affaire ! Il faut (…) réinventer de nouvelles balises, reconstruire des instruments. Bref, redéfinir des perspectives et des visions ». Selon lui, « la première tâche de notre Union est de concilier l'héritage du passé avec les défis du futur », et « cette renaissance de l'Europe - à laquelle il y a lieu d'identifier notre ambition collective- devrait être le projet de société des générations qui s'apprêtent à prendre la relève ». Pour définir ce projet de société, « la meilleure méthode reste le débat démocratique », affirme le chef d'Etat luxembourgeois, pour qui il convient en particulier de promouvoir, « avec le concours des organisations civiles de nos sociétés l'implication active des citoyens dans les discussions » sur la ratification de la Constitution. Reconnaissant que, dans ce débat, « les thèses défendues et les options avancées laissent parfois, il est vrai, un espace démesuré à la démagogie, voire à des contre-vérités », le Grand-Duc Henri invite les parlementaires européens à s'investir autour de l'ambition de « faire de l'Europe l'acteur de sa propre histoire ». Et il répète ce que son père avait dit au Parlement en 1990: « Vous êtes des mandataires élus de nos pays. Sachez mobiliser et entraîner derrière vous toutes les forces créatrices ».
Evoquant son pays, pour qui le choix de l'Europe reste « un choix naturel », le Grand-Duc Henri a cité une réflexion de Milan Kundera qui, très peu de temps après la chute du communisme, disait: « il me semble souvent (…) que la culture européenne connue recèle une autre culture inconnue, celle des petites nations. (…) On suppose que les petits sont nécessairement les imitateurs des grands. C'est une illusion. Ils sont même très différents. (…) L'Europe des petites nations est une autre Europe, elle a un autre regard et sa pensée forme souvent le vrai contrepoids de l'Europe des grands ».
Josep Borrell avait accueilli Henri et Maria-Theresa de Luxembourg en saluant la disponibilité et l'intelligence des responsables politiques luxembourgeois et les résultats déjà engrangés par leur présidence (réforme du Pacte de stabilité, stratégie de Lisbonne, signature avec Roumanie et Bulgarie), tout en admettant que le principal dossier encore ouvert, celui des perspectives financières, sera sans doute le plus difficile. Chez vous, vous avez réussi l'intégration entre des gens d'origine différente, en évitant l'exclusion sociale, a dit M.Borrell aux Grands-Ducs de Luxembourg.