Bruxelles, 11/05/2005 (Agence Europe) - Dans un discours qu'il a prononcé mardi 10 mai lors d'un colloque sur le thème « Autonomie stratégique de l'Union européenne: ambitions et limites », à l'Ecole militaire à Paris, le président de l'Assemblée de l'UEO, Stef Goris, insiste sur « la véritable autonomie de décision et d'action » que l'Europe doit conquérir sur la scène internationale.
« Pour être un acteur écouté, il faut à l'UE l'autonomie politique et militaire: elle doit en effet assumer une responsabilité politique dans un monde multipolaire où aucun pays européen ne peut plus influer sur les rapports de forces ; la distinction subtile entre politique étrangère et de sécurité commune (PESC), et politique européenne de sécurité et de défense (PESD) n'a plus vraiment de raison d'être dans le monde actuel, car la politique étrangère qui doit viser, entre autres, à assurer la sécurité des citoyens et des biens de l'UE, ne peut s'exercer valablement sans s'appuyer sur un outil militaire crédible », estime Stef Goris. Et le libéral belge (VLD) ajoute: « Ambition, puissance et autonomie sont ainsi les mots-clés qui permettront à l'Europe de sortir de sa paralysie persistante dans le domaine international - en dépit des avancées des dernières années ». Cette autonomie de décision et d'action passe par « une chaîne de commandement indépendante des moyens et capacités de l'OTAN » et une capacité de renseignement à tous les niveaux (recherche, exploitation et diffusion), souligne le président de l'Assemblée qui plaide pour la mise à disposition des satellites d'observation et d'écoute avec gestion coordonnée entre pays membres et traitement centralisé des informations à partir du centre actuel de Torrejon. Mais pour Stef Goris, il faut aussi s'atteler à la création d'une véritable Agence européenne du renseignement et développer des outils permanents de prospective (réflexion stratégique, évaluation des besoins opérationnels et politique de formation et d'entraînement).
Si « l'Alliance atlantique reste à ce jour le cadre obligé d'une défense collective et surtout de la coopération avec les Etats-Unis ainsi qu'avec les pays non membres de l'OTAN et non membres de l'UE », Stef Goris souligne aussi que « l'OTAN n'est toutefois plus pour les Américains le cadre privilégié de leur engagement militaire ». Et d'expliquer que « le centre de gravité de leurs intérêts dans le monde bascule de l'Atlantique vers l'Asie ». L'autonomie européenne « ne doit pas être vécue comme une sorte de défi au leadership américain, mais comme une évolution naturelle et visionnaire de l'Alliance », affirme le président de l'Assemblée de l'UEO. Stef Goris estime « urgent que se construise une Europe économiquement et politiquement puissante, principale partenaire et alliée respectée des Etats-Unis ». Mais cette Europe doit aussi « développer des capacités militaires crédibles lui permettant d'agir de façon autonome pour la défense de ses intérêts dans le monde (notamment pour assurer seule la stabilité de la périphérie européenne), soit parce que ces intérêts ne seraient pas totalement superposables à ceux des Etats-Unis, soit parce que ceux-ci seraient occupés sur d'autres fronts », poursuit le président Goris pour qui, « l'UE doit devenir un producteur de sécurité externe, mais non un gendarme du monde » (source: notre publication Nouvelles Atlantiques).