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Bulletin Quotidien Europe N° 8943
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/avenir de l'europe/constitution

La réaction au désenchantement européen, c'est plus d'Europe politique, affirme Bronislaw Geremek - Il faut parvenir à « raconter » l'Europe

Bruxelles, 09/05/2005 (Agence Europe) - La meilleure manière de réagir à l'actuel désenchantement des Européens vis-à-vis de la construction européenne, c'est « plus d'Europe politique ». Il faudrait aussi expliquer aux citoyens, et en particulier aux jeunes, que la Constitution européenne « rend possible la politique de solidarité et permet à l'Europe de s'occuper d'éducation » (plutôt que de faire trop de « pathos » et de dire qu'elle est « inscrite dans le marbre »). C'est ce qu'a affirmé le député européen Bronislaw Geremek, ancien ministre polonais des Affaires étrangères et ancien leader de Solidarnosc, le 4 mai à Aix-la-Chapelle lors du Dialogue européen- Quelle Europe voulons-nous ?, organisé par Amb Generali la veille de l'attribution du Prix Charlemagne au Président de la République italienne Carlo Azeglio Ciampi (voir autre nouvelle). Pour rendre l'Europe « plus intéressante » et plus visible, il faudrait aussi qu'il y ait de véritables partis politiques européens, et aussi lever un impôt européen, a estimé le Prix Charlemagne 1998, en ajoutant: « tôt ou tard, nous devrons le faire », sachant que ce « ne sera pas un impôt qui s'ajoute » à la fiscalité nationale, mais qui « se déduit ». M. Geremek a été accueilli par l'ancien ministre allemand des Finances Theo Waigel, qui a estimé que, pour répliquer aux sceptiques de l'Europe, ce serait utile de se demander où nous serions sans la construction européenne: où serions-nous sans l'euro ? a lancé l'un des principaux artisans du Pacte de stabilité.

Pourquoi tant de méfiance vis-à-vis de l'Europe chez les citoyens ? a demandé M. Geremek (en s'exprimant tour à tour en allemand, français et anglais). Selon lui, pour s'attaquer à ce problème, il faut relever plusieurs défis: - réussir l'équilibre entre le communautaire et l'intergouvernemental. La Constitution européenne permet cet équilibre, mais concrètement, tout dépendra de la volonté des hommes politiques, a reconnu M. Geremek, en lançant: il suffit de se rappeler du « trio de grands Européens » formé par Mitterrand, Kohl et Delors, pour voir que ça peut fonctionner ; - surmonter l'égoïsme national qui entraîne le populisme. Ceci exige des « instruments politiques », estime M. Geremek, qui souhaiterait des partis véritablement européens et se demande: pourquoi ne pas avoir eu un référendum européen sur la Constitution, même « consultatif », le même jour partout en Europe ? pourquoi ne pas avoir une déclaration sur « l'état de l'Union » le 9 mai, devant les représentants de tous les parlements d'Europe et des millions de téléspectacteurs ?; - donner une « dimension sociale et politique » à l'UE, réfléchir à une « nouvelle stratégie d'intégration ». Car le dilemme est là, d'adapter le modèle d'intégration européenne aux développements de la société, note M. Geremek, en constatant: au début, l'objectif de l'intégration était politique - la paix- mais les instruments utilisés étaient économiques ; aujourd'hui les objectifs sont économiques - l'adaptation à la mondialisation- mais ils exigent que l'UE dispose de moyens politiques. Une Union qui répondra à ces défis pourra être une « communauté » forte, estime M. Geremek (qui a utilisé à plusieurs reprises le mot originaire de « communauté »). Un autre défi évoqué par M. Geremek en répondant aux nombreuses questions est celui de réussir à communiquer l'Europe. Le parlementaire européen reconnaît: « Ce qui se passe dans l'espace européen n'est pas intéressant pour une conversation de famille ; le seul remède, c'est plus de politique », il faut « le début d'un peuple européen ».

Interrogé sur les frontières de l'Europe à l'Est, M. Geremek a admis: « l'Europe est fatiguée des élargissements », et il faut en tenir compte et ne pas les « précipiter ». Les élargissements futurs seront une tâche pour « la prochaine génération », qui « devra hériter de nous l'attachement aux valeurs », a-t-il estimé, en admettant: « à l'Est, ces critères ne sont pas respectés ». Mais il a immédiatement ajouté: « nous ne devons pas dire non, mais pas dire tout de suite oui. Il faut penser en termes de préservation de l'acquis » (même s'il ne faut pas « tuer les espoirs », et si on doit espérer que « la révolution orange ou géorgienne » sera contagieuse même dans un pays comme le Bélarus).

Quant à la situation politique en Pologne, M. Geremek a constaté: « en Pologne, l'économie va très bien, la politique ne va pas bien », mais je suis assez confiant car « lorsque l'économie est stable, la politique s'adapte » (même si le contraire serait préférable). La Pologne a « pris la direction européenne pour toujours », estime M. Geremek, qui souligne: les relations avec l'Allemagne et avec la France auront une grande influence sur l'attitude de la Pologne.

Comme c'est absurde que justement les anti-mondialistes s'en prennent à la construction européenne, qui est la seule tentative de « démocratiser le transnational », s'est exclamé quant à lui Pat Cox, ancien président du Parlement européen et Prix Charlemagne 2004. En rappelant que dans son pays, l'Irlande, il y a eu depuis 1972 six référendums sur des questions européennes, M. Cox a expliqué la tournure prise par la discussion sur la Constitution en France par le fait que la plupart de ses adversaires se sont concentrés sur la troisième partie, qui n'est en fait que la « consolidation » de l'acquis (alors que la première et la deuxième partie - ce que veut faire l'Europe et comment, et les droits des citoyens - se prêtent bien plus à une consultation populaire). Quant à l'affirmation de Tony Blair selon laquelle le Royaume-Uni, après un « non » français, n'aurait peut-être plus de raison de tenir son référendum, M. Cox s'est écrié: chaque Etat européen doit « faire son devoir », et il doit y avoir une possibilité de s'exprimer. M. Cox a assez longuement évoqué « l'incapacité de transmettre » une idée « bonne, noble » comme l'idée européenne. Selon lui, c'est évidemment à cause du jargon utilisé, mais aussi de la difficulté d'expliquer ce qui est « entre les deux » (fédéral/national, communautaire/intergouvernemental) et du manque d'une bonne manière de « raconter l'histoire » de l'Europe au quotidien. Et aussi, a-t-il, souligné, à cause des élites politiques qui s'attribuent toute décision « éclairée» alors qu'ils blâment « Bruxelles » pour les échecs. Il faut que cela cesse, a lancé M.Cox. Et, à propos d'une question très actuelle qui divise les Etats membres - les perspectives financières 2007-2013 -, il a avoué: j'aurais préféré qu'on ne « bétonne pas » la part de la dépense agricole, parce que ce n'est pas en continuant à payer 40% du budget de l'UE pour l'agriculture qu'on fera de l'Europe l'économie la plus dynamique du monde. Cependant, a-t-il ajouté, sans une telle décision on n'aurait peut-être pas eu le dernier élargissement, et je préfère avoir cet élargissement de l'Union à l'échelle continentale.

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