Aix-la-Chapelle, 09/05/2005 (Agence Europe) - Le Président de la République italienne Carlo Azeglio Ciampi, recevant le 5 mai à Aix-la-Chapelle le Prix Charlemagne (dont Richard Coudenhove-Kalergi, fondateur du Mouvement paneuropéen, avait été le premier lauréat en 1950), a souligné avec vigueur ce que l'intégration européenne a apporté aux Européens au cours du dernier demi-siècle, tout en insistant sur ce qui reste à faire. Notre système a « efficacement protégé les intérêts des Etats, a satisfait les rêves de paix, de sécurité et de progrès des peuples », a-t-il affirmé, en reconnaissant toutefois les « hésitations et les craintes » qui accompagnent ce bilan positif, et en exhortant: « nous devons nous poser le problème de comment raviver la foi dans l'idée européenne, afin qu'elle demeure notre étoile polaire ». « Les épreuves subies prouvent que la structure de l'ordre politique européen est saine », et le traité constitutionnel, que l'Italie a déjà ratifié, vise à améliorer ces structures, à renforcer les institutions et à maintenir « un juste équilibre » entre elles, estime le président Ciampi, qui ajoute: « S'il reste des imperfections et des carences, elles pourront être corrigées lors de l'entrée en fonction des nouveaux mécanismes (…), mais sans une authentique volonté politique commune des peuples européens (…), même la Constitution ne sera pas une garantie de l'indispensable gouvernabilité ». Le président Ciampi a été salué par le maire d'Aix-la-Chapelle, Jürgen Linden, et le président de la République allemande, Horst Köhler, au cours d'une cérémonie marquée par la présence d'anciens Prix Charlemagne, comme le roi Juan Carlos d'Espagne, le Grand-Duc Henri du Luxembourg (dont le père avait reçu en 1986 le prix attribué au peuple luxembourgeois) ou l'ancien premier ministre italien Emilio Colombo. Des enfants ont prononcé, en italien et en allemand, de simples phrases réflétant ce que l'Europe unie est pour eux.
Volonté politique et sentiment d'un destin partagé allant de pair avec des institutions à la hauteur de la tâche étaient le fil conducteur du propos de Carlo Azeglio Ciampi. « Avant la réforme institutionnelle, nous avons procédé à un vaste élargissement de l'Union .(…) Donner la priorité à l'élargissement a été un choix courageux et un acte de confiance. Il faut maintenant qu'il soit suivi par la volonté (…) de tous les Etats (…) de réaliser d'urgence la réforme institutionnelle », constate l'ancien gouverneur de la Banca d'Italia, ancien ministre des Finances et ancien premier ministre italien, tout en exhortant: « Nous ne pouvons pas nous bercer dans la complaisance des succès obtenus jusqu'ici. Nous devons, ensemble, approfondir ce qui ne va pas dans notre système, dans notre manière de gouverner en commun. Et agir. Par exemple, nous devons nous demander pourquoi, depuis des années, la croissance économique avance lentement, bien au-dessous de notre potentiel . Il y a trois ans, lorsque, dans cette même salle, j'ai eu l'honneur de prononcer la laudatio pour l'attribution du Prix Charlemagne à l'euro, j'ai déploré les dégâts subis pour ne pas avoir fait suivre l'unification monétaire par une coordination incisive des politiques économiques des différents Etats et d'introduire de nouvelles procédures opérationnelles à telle fin. Depuis, il n'y a eu aucun réel progrès dans cette direction. L'adoption de la monnaie unique et la création de la Banque centrale européenne n'ont pas été suivies par les décisions institutionnelles et réglementaires nécessaires pour permettre l'indispensable dialectique constructive entre politique monétaire et politique budgétaire. On ne doit donc pas regretter si les effets positifs de l'euro se sont fait sentir seulement partiellement. Les Etats qui participent à l'euro et qui ont créé la Banque centrale européenne, une institution de caractère fédéral ( …) ont le devoir de pratiquer (…) une gestion de leurs budgets nationaux et une gestion du budget communautaire étroitement coordonnées ». Mais l'Europe doit aussi « être identifiée comme un espace de civilisation commune », insiste le Président Ciampi, qui prône « un effort renouvelé des institutions, nationales et communautaires, agissant dans le domaine de l'éducation et de la culture » . « Une fois faite l'Europe, nous devons nous engager à faire les Européens », lance Carlo Azeglio Ciampi en rappelant l'époque, dans la deuxième moitié du 19ème siècle, « une fois faite l'Italie, nous nous engageâmes à faire les Italiens ». Face à une « scène mondiale aussi vaste qu'imprévisible », il faut une « patrie européenne plus forte et unie », conclut le président Ciampi, en lançant un appel aux jeunes, « avec espoir et confiance ». Et il leur dit: « Méditez l'histoire des deux derniers siècles.(…) Vous verrez que l'Europe a avancé seulement lorsque la passion civile a réveillé chez les citoyens les sentiments qui sont à la base de la conscience des peuples européens - liberté, égalité, fraternité (…) Seulement avec votre enthousiasme (…) vous pouvez donner un nouvel élan à la pleine réalisation de cette Union européenne, qui n'est pas une construction artificielle, mais une réalité institutionnelle fondée sur la nature unitaire de la civilisation européenne ».