Bruxelles, 15/04/2005 (Agence Europe) - Dans « La lettre de Confrontations Europe » d'avril-juin, le président de Confrontations, l'ancien député européen Philippe Herzog, et l'ancien Commissaire à la concurrence Mario Monti évoquent les défis d'une politique industrielle européenne et les instruments susceptibles de contribuer à la réalisation de la stratégie de Lisbonne. « La notion de politique industrielle réapparaît mais il est frappant de constater qu'il reste beaucoup de chemin à faire pour la concevoir (…) et beaucoup de divergences sur le partage des responsabilités à prendre », constate M. Herzog, qui prévient qu'avec moins d'aides d'Etat, il sera plus délicat d'y parvenir. M. Monti souligne quant à lui la position contradictoire de certains Etats membres qui souhaiteraient plus de moyens d'actions en faveur de la compétitivité européenne sans doter l'UE d'un budget adéquat.
Alors que l'action publique s'inscrit dans un cadre national, le contrôle des règles est communautarisé, rappelle M. Herzog pour mieux souligner la nécessité de parvenir dans l'UE à « une complémentarité de l'action publique et du jeu du marché autour d'objectifs et de projets industriels d'intérêt général européen ». La perspective d'une action publique communautaire est-elle envisageable en limitant « le budget européen à 1% du PIB communautaire comme le défend la France ? », s'interroge M. Monti. « Non », lui répond M. Herzog, fustigeant les Etats membres qui ont souscrit à l'objectif de baisse des aides publiques « sans réfléchir ». Pour sortir de l'impasse « il serait nécessaire de compenser cela par une hausse des aides à l'échelle communautaire », notamment en faveur de projets communs dans les domaines de l'innovation, des réseaux et des compétences, estime t-il. Ainsi, au sujet des programmes mobilisateurs pour l'innovation industrielle, proposés pour la France par le rapport de Jean-Louis Beffa, M. Herzog espère qu'ils seront « jugés 'eurocompatibles' avec la politique des aides d'Etat de la Commission ». Cette initiative prévoit en effet des aides sous forme d'avances remboursables ciblées pour des entreprises et des secteurs précis, ce qui déroge à la règle de l'horizontalité des aides soutenue par la Commission et que M. Monti considère comme « garantie d'égalité de traitement entre les différents Etats membres ». Il serait cependant possible de « travailler cette notion (de l'horizontalité) pour identifier des conditions précises où des aides ciblées seraient possibles », estime M. Monti, tout en avertissant: si l'on veut que « les aides soient mieux dirigées vers la construction d'une économie nouvelle, il ne faut pas être trop flexible et généreux dans l'acceptation des aides axées sur la préservation du passé ». Et de préciser de façon lucide: « cela sera socialement difficile à faire admettre ». Reconnaissant qu'en matière de contrôle des concentrations « la Commission n'a pas entravé la plupart des fusions », M. Herzog souligne l'importance de l'analyse économique qui est effectuée pour ce type d'opération. Une évaluation qui gagnerait d'après lui à prendre en compte la demande de certains élus et syndicats en faveur d'un « dialogue social stratégique » et d'une participation des différents acteurs de l'entreprise aux décisions stratégiques. Un sujet sur lequel M. Monti confesse « quelques hésitations » et dont M. Herzog reconnaît qu'il « exige des salariés et des syndicats une nouvelle culture économique ».