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Bulletin Quotidien Europe N° 8929
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques observations sur l'affaire des textiles chinois et sur les relations économiques UE-Chine en général

Qui défend les intérêts de qui ? J'espère pour lui que Peter Mandelson n'a pas été trop impressionné par les réactions à son initiative précisant les critères qui pourraient amener la Commission européenne à ouvrir des procédures d'examen à l'égard de l'avalanche d'importations textiles en provenance de Chine. Il a en effet appris par ces réactions qu'il est à la fois, selon les uns, un affreux protectionniste et, selon les autres, un personnage mou incapable de défendre les intérêts commerciaux de l'Europe (voir notre bulletin n.8925). Pas facile de garder l'équilibre, dans ces conditions! Heureusement, les protestataires ne cachent pas leur couleur: d'un côté, la FTA, Association pour le commerce international, l'accuse de protectionnisme, de l'autre, l'industrie et les syndicats européens du textile (Euratex) lui reprochent de ne pas défendre suffisamment les produits européens. Leurs positions sont donc compréhensibles et légitimes: les commerçants prêchent la liberté du commerce, les producteurs et les travailleurs réclament des précautions.

Mais un troisième intervenant se présente comme défenseur des pays en développement, Oxfam. Or, sa prise de position en faveur de l'ouverture sans précautions aux produits chinois méconnaît tellement les intérêts des pays vraiment démunis, qu'il devient licite de se demander quels intérêts l'organisation représente en réalité. Mon impression est claire: tout indique qu'Oxfam défend les intérêts du grand commerce, et j'estime qu'il faut dissiper l'écran de fumée qui couvre ses prises de position et qui lui a donné, auprès des opinions publiques, une certaine aura imméritée de défenseur des pauvres. Sa dernière prise de position détruit cette image. Tous les observateurs savent que les premiers perdants face à la surpuissance productive chinoise sont les pays pauvres qui se sont péniblement ouvert une niche sur le marché textile européen: Sri Lanka, Bangladesh, Pakistan, Maurice, Jamaïque, pour ne pas parler du Mexique, de la Turquie ni du cas particulier de la Tunisie et du Maroc. En l'absence de précautions, tous ces fournisseurs seront balayés du marché européen à cause des capacités illimitées de production de la Chine. Dans les cas tunisien et marocain, les effets sont déjà visibles car leurs exportations se basent sur des accords de travail à façon avec les producteurs européens, et tout est programmé. Les 40% des emplois industriels au Maroc et le tiers des exportations totales de ce pays en dépendent. Pas un mot de ceci dans la prise de position d'Oxfam, qui rappelle que l'Europe a disposé de dix ans pour se préparer (c'est vrai) et que « le développement de la Chine et de l'Inde ne doit pas être bloqué par l'Italie et la France parce que l'Europe a été négligente». Oxfam s'apitoie sur les «millions de femmes chinoises occupées dans ce secteur», mais pas un mot (sauf pour l'Inde, parce qu'elle aussi pourrait être soumise à certaines limitations d'exportation) sur les effets de l'invasion de produits chinois sur ceux qui n'ont pas d'autres ressources que ses parts modestes du marché européen.

La seule mesure efficace. Cela dit, je ne crois pas beaucoup aux effets des enquêtes que Peter Mandelson pourrait ouvrir la semaine prochaine. Pendant que se dérouleront ces enquêtes, la Chine sera sans doute assez habile pour prendre quelques mesures limitatives et pour faire quelques gestes en faveur d'autres pays exportateurs. L'important pour elle est d'éviter que l'UE et les Etats-Unis adoptent des restrictions autonomes. Même si elle doit ralentir quelque peu la conquête totale des marchés européen et américain, quelle importance? Les Chinois ne sont jamais trop pressés, ils raisonnent en termes de siècles. La seule mesure efficace à moyen terme serait pour l'UE d'établir un parallélisme rigoureux, dans tous les secteurs, entre l'ouverture de son marché et l'établissement de conditions loyales de concurrence: fin effective et contrôlée de la contrefaçon et du piratage, respect des droits des travailleurs, etc. Et encore, ce ne serait qu'un sursis de courte durée. Avec sa civilisation millénaire, les capacités d'apprentissage de sa population, ses traditions manufacturières glorieuses (c'est là-bas que les Européens ont connu la porcelaine et la soie), la Chine répétera très rapidement ce qu'en Europe on avait appelé il y a vingt ans le «miracle japonais», mais multiplié par quinze, et dans tous les domaines: aciers sophistiqués, automobiles, appareils de l'image et du son, espace, industries de pointe… Il faut se préparer dès maintenant à négocier avec elle globalement, non seulement sur le commerce, mais aussi sur la monnaie, l'environnement, l'énergie, les satellites.

Seule l'Europe unie… Ils apparaissent bien ingénus les industriels européens qui s'imaginent qu'ils continueront à vendre longtemps à la Chine leur acier, leurs voitures, leurs biens de consommation. Les Chinois sauront bientôt tout faire, et à moindre coût. Les textiles d'aujourd'hui ne sont qu'un prélude. Et seule l'Europe unie aura la force et le poids suffisants pour négocier d'égal à égal.

(F.R.)

 

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