Strasbourg, 15/04/2005 (Agence Europe) - En adoptant jeudi à Strasbourg le rapport du président de la commission des Affaires étrangères, le démocrate-chrétien allemand Elmar Brok, sur les choix fondamentaux de la politique étrangère et de sécurité commune, le Parlement européen a approuvé massivement la stratégie de sécurité de l'UE. Il insiste aussi pour une réforme rendant contraignant le code de conduite sur les exportations d'armes et réitère son opposition à la levée de l'embargo sur les armes à destination de la Chine.
Le rapport Brok, fortement amendé par les Verts, a été adopté par 431 voix pour, 85 contre et 31 abstentions. Un vote à peu près similaire - 421 pour, 90 contre et 15 abstentions - a conduit, dans la foulée du précédent, à l'adoption du rapport du social-démocrate allemand Helmut Kuhne qui portait plus spécifiquement sur la stratégie de sécurité de l'UE. Dans les deux cas, le groupe GUE/NGL s'est partagé entre le non et l'abstention. Les autres votes contre sont venus de l'extrême droite, des conservateurs britanniques, des élus UKIP, de la Lega Nord et d'autres nationalistes et souverainistes. A noter aussi les abstentions des libéraux finlandais Takkula, Väyrynen, des socialistes italiens D'Alema et Napoletano (DS) et du Français Désir (qui ont cependant voté pour le rapport Kuhne) et des Verts/ALE néerlandais van Buitenen, britannique Lambert et luxembourgeois Turmes (qui a aussi voté pour le rapport Kuhne).
C'est par 444 voix pour, 87 contre et 19 abstentions, que le Parlement se félicite de la stratégie de sécurité de l'UE proposée par Javier Solana et adoptée par le Conseil européen le 12 décembre 2003. Il "souscrit pleinement à son approche globale civile-militaire et à ses concepts clés d'engagement préventif et de multilatéralisme effectif, éléments qui doivent également caractériser la PESC et la PESD". Il souligne aussi la nécessité de mettre en place des capacités de réaction rapide en cas de catastrophe humanitaire.
Le Parlement regrette que "les relations avec la Chine n'aient progressé que dans le domaine commercial et économique, sans aucun progrès notable dans le domaine des droits de l'Homme et de la démocratie". Il réitère sa demande en vue de "l'adoption d'un code européen contraignant destiné à régir les exportations d'armes et invite à cet égard le Conseil à s'abstenir de lever l'embargo sur les armements et à trouver des moyens de favoriser le dialogue, de désamorcer les tensions et d'encourager le désarmement dans le cadre des relations de part et d'autre du détroit, en soutenant Taiwan comme représentant un modèle de démocratie pour l'ensemble de la Chine".
Le Parlement estime important que "l'UE et les Etats-Unis structurent leurs relations de manière constructive et que l'OTAN redevienne un véritable lieu de débat politique à égalité, au sein duquel les instruments de la prévention, de la gestion des crises et des capacités militaires doivent trouver un équilibre judicieux". Le PE estime aussi que l'Union en tant que telle devrait jouer un rôle majeur dans le système des Nations unies, disposer à l'avenir d'un siège au Conseil de sécurité et soutenir la réforme proposée par Kofi Annan.
Le Parlement compte sur une "collaboration étroite" avec le Conseil et la Commission afin d'apporter des garanties politiques et économiques au processus de paix lancé au Proche-Orient. Il insiste pour qu'un maximum d'efforts soient consentis pour contribuer au règlement d'autres conflits existants ou prévisibles (il cite le Kosovo, la Tchétchénie, le Darfour, la Somalie, la région des Grands Lacs africains, l'Iran, la Corée du Nord). La priorité accordée à l'Europe de l'Est et à la Méditerranée ne doivent pas conduire à une diminution de l'intérêt porté par l'Union aux Balkans, à l'Ukraine et au Caucase du sud, estime le Parlement.
Dans le rapport Kuhne (voir aussi EUROPE n° 8870), le Parlement reconnaît les progrès significatifs réalisés en étendant les capacités militaires de l'Union. Il souligne les contributions positives du Centre de situation de l'UE (SITCEN). Il souligne, en vue notamment d'atteindre la pleine mobilité opérationnelle des groupes de combat à l'horizon 2007, l'importance de la Capacité globale de développement des capacités et, dans ce cadre, se réjouit des contributions des centres de coordination d'Athènes et d'Eindhoven dans le secteur des transports stratégiques. Il constate avec satisfaction la rapidité des mesures prises pour créer l'Agence de défense européenne. En adoptant un amendement des groupes PSE, Verts/ALE et ALDE, le Parlement demande aux Etats qualifiés d'Etats nucléaires dans le Traité de non-prolifération, notamment aux Etats-Unis, à la Chine et à la Russie, de réexaminer leur propre politique nucléaire. Il déplore que le gouvernement américain ait, au cours des quatre dernières années, déployé des efforts pour promouvoir la recherche et la mise au point de nouvelles armes nucléaires. Il se déclare aussi préoccupé par le manque de protection des stocks russes d'armes nucléaires et par l'accroissement massif des dépenses militaires de la Chine en vue de "moderniser à grande échelle ses forces nucléaires".
Nous publierons intégralement les deux résolutions dans EUROPE/Documents.
M. Schmit assure que le Conseil veut travailler avec le Conseil - Mme Ferrero-Waldner annonce pour
la semaine prochaine une communication sur la gestion des crises et la protection civile
La sécurité est une prérogative de l'Exécutif, et donc du Parlement, a reconnu pendant le débat Elmar Brok, mais la tâche de ce dernier peut être grandement facilitée par la coopération avec le Parlement, notamment lorsqu'il s'agit de faire comprendre aux citoyens l'importance de certaines politiques et, donc, la nécessité de doter ces politiques des instruments nécessaires. Le démocrate-chrétien allemand a plaidé avec véhémence pour le maintien de l'embargo sur la vente d'armes à la Chine, en reprochant à Schröder et Chirac leur « initiative unilatérale » et leurs politiques nationales de courte vue. Quant à Helmut Kuhne, il a souligné le caractère spécifique de la stratégie de sécurité européenne, fondée sur une conception qui va bien au-delà des aspects militaires et qui repose sur le respect des droits de l'homme et le multilatéralisme. Cependant, l'UE doit se doter des structures militaires nécessaires, sans se présenter comme une alternative à l'OTAN mais sans se fermer à de nouvelles options, estime M.Kuhne. Parmi les tâches auxquelles il faut s'attacher d'urgence, il cite notamment la défense civile.
Selon les sondages, 60-70% des citoyens soutiennent une politique extérieure et de défense commune, qui ne peut être développée qu'avec leur soutien et celui du Parlement européen qui les représente, a constaté le président du Conseil, Nicolas Schmit. Le ministre luxembourgeois chargé des affaires européennes souligne que la Stratégie européenne de sécurité se fonde sur l'idée que des solutions ne peuvent être trouvées que dans un cadre multilatéral, et donc aussi dans celui d'une relance de la relation transatlantique et de la coopération avec les autres principaux acteurs mondiaux. M. Schmit a assuré: le Conseil n'a jamais voulu faire une politique étrangère sans le Parlement.
La Commissaire Benita Ferrero-Waldner a affirmé pour sa part que le multilatéralisme est la meilleure réponse aux défis de la globalisation, et que, dans ce contexte, il importe que l'Union apporte une contribution décisive au débat sur la réforme des Nations unies (sur laquelle la Commission prépare actuellement des propositions détaillées). Quant aux relations transatlantiques, la Commission présentera au Sommet UE/Etats-Unis des propositions de nature institutionnelle, notamment au niveau parlementaire. La prévention des crises est un élément essentiel de la Stratégie de sécurité, ajoute la Commissaire aux Relations extérieures, en affirmant: la « sécurité humaine », et donc la défense des droits de l'homme, doit être au centre de cette stratégie. La semaine prochaine, la Commission présentera au Conseil et au Parlement européen une communication sur la gestion des crises et la protection civile, a-t-elle annoncé.
Un Livre Blanc sur la défense européenne, voici ce que souhaite le président de la sous-commission sécurité et défense Karl von Wogau (CDU). Pour lui, l'analyse des menaces que propose la Stratégie de sécurité est bonne, mais les réponses ne le sont pas toujours. M.von Wogau a évoqué en particulier l'intervention de l'Union dans les Balkans, en se demandant si ou quand l'UE devrait, après la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine, intervenir au Kosovo (EUROPE N.8928). Pour assurer le succès de ces actions, il est essentiel d'assurer que les soldats sont armés convenablement et que la communication et le transport sont organisés de façon efficace, réaffirme-t-il. La nécessité de doter l'Union d'une capacité d'intervenir aussi sur le plan militaire, si nécessaire, a été reconnue par la majorité des parlementaires. Parmi les voix discordantes: d'une part, celles de députés qui craignent une « militarisation » de l'UE (comme Vittorio Emanuele Agnoletto, Rifondazione comunista, et Tobias Pflüger, PDS allemand) ; de l'autre, les voix de ceux qui, comme le conservateur britannique Geoffrey van Orden, s'opposent à davantage intégration, ou demandent même (comme Gerard Batten, UK Independence Party), le retrait inconditionnel du Royaume-Uni de l'UE. Paul Marie Coûteaux (Ind/Dem, français) constate quant à lui que la création d'un instrument diplomatique commun suppose l'adoption de la Constitution: or, il est fort probable, se réjouit-il, que ce projet ne verra jamais le jour. Mais la majorité des parlementaires souhaite que l'Europe se donne les moyens d'une action militaire: notamment Jan Marinus Wiersma (socialiste néerlandais) ; Alexander Graf Lambsdorff (FDP), qui plaide pour que la politique étrangère soit développée non seulement au niveau des instruments mais aussi au niveau conceptuel ; Massimo D'Alema (Democratici di sinistra), qui insiste cependant sur le fait que les moyens militaires doivent être une solution extrême dont la légitimité doit être toujours confirmée ; Ana Maria Gomes (socialiste portugaise), qui se demande si le conflit des Balkans n'aurait pas pu être évité si, il y a dix ans, l'Union avait pu intervenir. Le socialiste tchèque Libor Roucek insiste sur la disponibilité de moyens financiers nécessaires, et Bogdan Klich (PPE/DE, polonais) plaide pour un renforcement des programmes de recherche consacrés à la sécurité. Quant à Piia-Noora Kauppi (PPE/DE, finlandaise), elle est pour un service d'action extérieure, mais à condition qu'il soit placé sous le contrôle de la Commission et non pas du Conseil, pour éviter la dérive vers une agence intergouvernementale.