Bruxelles, 08/03/2005 (Agence Europe) - A l'issue du Conseil Ecofin et après une réunion marathon de la veille entre les douze représentants de la zone euro (voir p. 9), Jean-Claude Juncker a reconnu que les chances de parvenir à un accord au niveau ministériel sur la réforme du Pacte s'étaient réduites. Devant la presse, il a mis ses homologues devant leurs responsabilités, en soulignant que, s'il n'avait "pas perdu espoir d'un accord au sein de l'Eurogroupe", il voyait mal comment amener les autres Etats membres à adhérer au compromis qui pourrait en résulter. Dès lors, "il reste toujours l'option de ne pas faire de réforme du Pacte", a noté M. Juncker S'adressant aussi bien aux tenants d'un pacte fort qu'à ceux d'une flexibilisation accrue, il a estimé que l'Europe n'est pas là "pour faire prévaloir des points de vue nationaux". A ce stade, il n'exclut donc pas que le Conseil européen "ne reçoive pas de texte", mais assure qu'il n'y aura "pas de différence majeure" entre un éventuel compromis final et la proposition actuelle de la Présidence. Pour tenter d'arracher un compromis plein de nuances, il a donc confirmé que l'Eurogroupe se réunira une nouvelle fois, le 20 mars à midi, avant de s'élargir aux autres Etats membres à partir de 17 heures.
Selon M. Juncker, il reste "un seul problème de substance", celui de la liste des « facteurs pertinents » (à considérer lors de l'appréciation d'une position déficitaire) et de son étendue. S'ils ne sont pas d'accord sur les éléments à inclure dans la liste, les ministres des Finances des Douze sont d'accord pour qu'un déficit dépassant les 3% ne soit pas forcément qualifié d'excessif, pour autant que le dépassement soit temporaire et exceptionnel et qu'il reste proche de la valeur référence. A 25, en revanche, l'idée même d'une telle flexibilité a été mise en question. Reconnaissant qu'il n'était "pas sûr" d'entrevoir un accord, le Commissaire Almunia a insisté: "je n'ai pas détecté de progrès suffisants, et mon scepticisme a été confirmé à l'Ecofin". M. Almunia a rappelé que la Commission ne pourra "pas accepter des interprétations qui iraient à l'encontre des traités" et refusera une liste qui, en fin de compte, "aurait pour effet d'exclure des catégories de dépenses, alors même que les ministres se sont prononcés contre une telle exclusion". Pour M. Juncker, ce point n'est "pas seulement un problème allemand", car si la prise en compte des coûts de l'unification allemande est difficile à accepter pour un grand nombre d'Etats membres, "il y a d'autres demandes qui sont d'origines multiples". Selon M. Juncker, "les consensus dégagés à l'Eurogroupe ont du mal à pénétrer l'atmosphère du Conseil Ecofin", où reconnaît-il, de nombreux Etats membres ont accueilli froidement la proposition de compromis de la Présidence. "Il y a ceux qui souhaitent éviter tout changement affectant la stabilité et la crédibilité de l'euro et ceux qui veulent pousser la flexibilité à ses limites extrêmes", a-t-il noté.
La Lettonie et la Lituanie considèrent que la liste des facteurs pertinents proposée par la Présidence luxembourgeoise est trop longue, indique une source proche du dossier. La Suède aussi, même si elle pourrait accepter la proposition luxembourgeoise si l'équilibre actuel est maintenu, alors que la Pologne et la Hongrie soulignent qu'il faudrait citer de manière spécifique les réformes des systèmes de retraite. La Slovaquie insiste pour que ce dernier point soit même le seul inclus dans la liste. Le Danemark aimerait que l'on s'interroge sur la définition plus claire des facteurs pertinents plutôt que de s'engager dans une accumulation de critères, et voudrait accorder à la Commission le droit d'adresser des « early warnings » dans les périodes de bonne croissance et en cas de risque de déficit excessif. Le Royaume-Uni, en revanche, s'y oppose et juge arbitraires les délais accordés pour corriger le déficit ainsi que l'ajustement chiffré de 0,5%.
Aux yeux du ministre belge des Finances, Didier Reynders, la position allemande est la seule qui pose véritablement problème, alors que les exigences françaises sont plutôt une "question de formulation". Le nouveau ministre des Finances français, Thierry Breton, a effectivement constaté des "progrès significatifs", notamment sur la prise en compte de certaines dépenses (défense, aides au développement), tout en plaidant pour la ligne défendue par le Président. Selon M. Breton, il faut "une Europe tournée vers l'avenir et vers les autres", et un Pacte qui tienne compte des spécificités de chacun, "à titre exceptionnel et dérogatoire". Thierry Breton estime qu'il existe entre lui et Hans Eichel, comme entre Jacques Chirac et Gerhard Schröder, une position en faveur d'une application "économiquement raisonnable" du Pacte. Cette position franco-allemande devait être discutée mardi soir entre le chancelier allemand et le Premier ministre luxembourgeois.