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Bulletin Quotidien Europe N° 8900
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le cas de la Chine et le rôle de la politique commerciale de l'UE

Un élément d'un ensemble. Aujourd'hui, je parle de la Chine, parce que c'est l'exemple le plus éclatant et d'une brûlante actualité, mais de mon point de vue les considérations qui suivent ont un caractère plus général. Elles se réfèrent à la prise en considération de la politique commerciale non pas en tant que domaine isolé soumis à la règle simpliste de l'ouverture des frontières et constituant un objectif en lui-même, mais comme un élément d'un ensemble qui englobe la politique industrielle (voir cette rubrique du 25 février), la protection de l'environnement, la sauvegarde de la civilisation agricole, des paysages et des traditions, la qualité des produits, et ainsi de suite. Il est vrai que les institutions européennes se préoccupent de plus en plus de ces questions ; mais il est indispensable que la politique commerciale y soit mêlée, qu'elle ne soit pas considérée comme un domaine à part dont le seul but serait le développement des échanges.

Un discours courageux, mais… Je reviens à la Chine. Le discours prononcé la semaine dernière à Pékin par le Commissaire européen Peter Mandelson est d'une clarté admirable. Qui n'a pas eu l'occasion ou le temps d'en lire le texte intégral, en trouve l'essentiel dans la page 6 de notre bulletin du 26 février. Le lien entre l'octroi par l'UE à la Chine du statut d'économie de marché et la suppression par la Chine du piratage et de la contrefaçon est clairement établi: « Si on a l'impression que la Chine récolte les bénéfices du libre-échange sans respecter les standards du commerce équitable, il y aura une réaction négative en Europe et ailleurs». La possibilité de mesures de sauvegarde face à la «hausse vertigineuse» des exportations textiles chinoises a été citée par le Commissaire. La demande de lier la valeur de la monnaie chinoise non plus au seul dollar mais à un panier de devises (dont évidemment l'euro) était explicite. M. Mandelson a même reconnu implicitement le lien entre la politique commerciale et d'autres politiques, lorsqu'il a indiqué que l'attitude de l'Europe et d'autres membres de l'OMC «dépendra d'une perception plus vaste qu'ils auront du comportement politique, économique et social de la Chine, dans ses frontières et sur la scène internationale ».

La condition. Très bien, à la condition que ces orientations se traduisent en comportements concrets et ne représentent pas simplement la matière d'un brillant discours dans une Université de Pékin. M. Mandelson ne réclame pas de preuves concrètes du changement de certaines pratiques chinoises et n'annonce aucune mesure européenne de précaution. Son discours est fait d'auspices, d'incitations, d'encouragements, avec en plus l'indication que l'embargo sur les ventes européennes d'armes à la Chine sera «plus facilement levé» si la Chine prend en considération les inquiétudes de l'UE dans d'autres domaines. A mon avis, ce n'est pas suffisant. La Chine doit respecter les règles relatives au piratage et à la contrefaçon parce que c'est une condition pour bénéficier de la libération commerciale, et non pas en échange de concessions ailleurs. C'est vrai que pour le « Financial Times » ce que M. Mandelson a dit est déjà trop, et il lui a adressé une réprimande très sévère en l'accusant de protectionnisme. Mais je ne peux pas m'imaginer qu'un Commissaire européen ayant les responsabilités qu'on sait se laisse impressionner par un journal, certes de grande valeur mais qui voit rouge dès que l'on touche aux intérêts de la City ou des commerçants. La Chine distribue quelques concessions mineures concernant la modération de ses exportations textiles et quelques interventions contre les piratages: 6.860 cas de contrefaçons «traités au civil» et 551 condamnations. Oh les jolies statistiques face à une réalité d'une dimension époustouflante ! La réalité est que dans un commerce sans règles l'Europe serait rapidement balayée. Très vite, les Chinois sauront tout faire, et bien. Se précipiter à transférer là-bas tous les investissements pour participer au festin et ouvrir toutes les frontières sans réclamer l'application préalable «des standards du commerce équitable», ce serait la mort du modèle européen de société.

La perception qu'ont les Chinois du temps et de la durée n'est pas la nôtre ; un léger ralentissement dans la conquête de la moitié du marché mondial des vêtements ou dans d'autres objectifs, quelle importance? Dans un article publié dans divers journaux européens, Peter Mandelson a indiqué sa recette pour faire face à l'invasion textile chinoise: indication «claire et transparente» de l'origine européenne d'une chemise ou d'un veston, achèvement de la zone «euro-méditerranéenne» couvrant l'entière chaîne de production textile (du tissu à la confection), intensification de la lutte contre la contrefaçon, étiquettes spécifiques indiquant les conditions de production des produits importés, éliminations de sigles frauduleux ou équivoques… Ce sont sans doute des mesures utiles ; mais pas un mot, dans la prose «mandelsonienne», sur l'introduction de mesures de sauvegarde ni sur le lien entre l'ouverture des frontières et la suppression réelle des contrefaçons. Lorsque des secteurs industriels européens auront disparu, il sera trop tard pour parler de politique industrielle de l'UE. (F.R.)

 

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