Bruxelles, 28/06/2004 (Agence Europe) - Le Sommet UE/Etats-Unis qui s'est tenu le 26 juin à Dromoland Castle n'a pas seulement été particulièrement productif (voir les sept déclarations adoptées), mais il a aussi "réaffirmé la solidité, l'intensité et l'importance des relations transatlantiques dans un esprit de partenariat", a déclaré le Premier ministre irlandais Bertie Ahern qui, au nom de l'UE, a présidé la réunion avec le Président George W.Bush. En dépit des divergences qui existent sur des questions politiques ou économiques, le partenariat transatlantique reste une relation fondamentale fondée sur des "valeurs communes" et sur un "engagement inébranlable envers la démocratie, les droits de l'homme et l'Etat de droit". "Ce sont ces valeurs communes qui font de nous les partenaires tenaces d'une alliance fondamentale pour la stabilité et la prospérité de l'Europe et de l'Amérique depuis plus de cinquante ans. Ce Sommet a considérablement renforcé notre alliance déjà si solide", a dit M. Ahern à la presse. Le Président Bush a rappelé lui aussi les valeurs communes: "L'Europe et l'Amérique sont liés par les liens de famille, d'amitié et de lutte et de valeurs communes. Nous sommes également liés les uns aux autres à travers des responsabilités communes". Et M.Bush de faire un lien entre la libération de l'Europe il y a 60 ans et la lutte d'aujourd'hui contre le terrorisme (un sujet qui a été traité dans une déclaration distincte, voir plus loin): "Parce que nous avons pris nos responsabilités au cours du siècle dernier, nous avons pu réaliser la vision d'un continent (européen) qui est entier, libre et en paix. En prenant nos responsabilités dans ce nouveau siècle, nous allons battre les forces de terreur et aider à construire un monde plus libre, plus sûr et plus prospère".
Le Président américain, ensuite, est rapidement devenu très concret devant la presse en demandant que la Turquie devienne membre de l'UE. "La Turquie remplit les conditions posées par l'UE pour l'adhésion, et l'UE doit entamer les négociations qui conduiront à l'adhésion pleine et entière" de la Turquie", a-t-il estimé. Cette déclaration a toutefois été introduite par le mot "as", inaudible lors de la conférence de presse, qui en anglais signifie à la fois "lorsque" et "puisque", a expliqué un porte-parole américain qui a souligné que M. Bush avait utilisé ce mot dans son premier sens. M. Bush a donc simplement souhaité que l'UE ouvre des négociations d'adhésion avec la Turquie, "lorsque" Ankara remplira les conditions fixées par les Européens, a encore affirmé le porte-parole.
Autre point fort du Sommet: la signature de l'accord sur l'interopérabilité des systèmes de navigation par satellite GPS (américain) et Galileo (européen). Le document a été signé par le Secrétaire d'Etat américain Colin Powell, la Commissaire Loyola de Palacio (transports) et le ministre irlandais des Affaires étrangères Brian Cowen. "Cet accord va renforcer les avantages communs de ces nouvelles technologies", s'est félicité M. Powell. "Aujourd'hui, nous confirmons notre engagement à développer une technologie clé qui apportera des avantages significatifs à notre avenir commun", a indiqué de son côté Mme Palacio, soulignant que cette signature était "une bonne nouvelle". L'accord permettra à Galileo de devenir la norme mondiale pour l'utilisation civile et commerciale de la navigation par satellite, et offrira aussi « le meilleur niveau de service à tous les utilisateurs », a dit Mme de Palacio (voir EUROPE du 24 juin, p.7).
Pour le reste, la brève réunion de travail du Sommet a été dominée par les sept sujets sur lesquels des déclarations individuelles ont été approuvées (les déclarations sont toutes publiées sur le site de la Présidence irlandaise de l'UE: http://www.eu2004.ie ), à savoir:
Partenariat économique UE/Etats-Unis. "Les relations économiques entre l'UE et les Etats-Unis ont constitué l'axe central de nos débats", a commenté M.Ahern devant la presse, soulignant que "ces relations économiques sont bonnes pour 12 millions d'emplois de part et d'autre de l'Atlantique". Dans leur déclaration conjointe, les deux côtés s'engagent à œuvrer pour une conclusion positive des négociations de l'OMC, et lancent un processus d'examen exhaustif visant à maximiser l'investissement et à réduire les obstacles au commerce transatlantique. Cet examen sera achevé à temps pour le prochain Sommet UE/Etats-Unis en 2005, a assuré M. Ahern. En réduisant les obstacles aux échanges transatlantiques, nous augmenterons « la prospérité de toutes nos nations », a estimé le Président Bush. La déclaration conjointe réaffirme l'engagement des deux côtés à soutenir un système commercial multilatéral "gouverné par des règles", et que « nous sommes déterminés à avancer dans les négociations multilatérales de libéralisation des échanges et à renforcer les règles, comme prévu dans les négociations de l'OMC sur le cycle de Doha ». Européens et Américains se sont dits "encouragés" par le fait que les pourparlers aient reçu un nouvel élan ces dernières semaines. "Nous allons continuer à coopérer en vue d'aboutir à une conclusion des négociations de Doha le plus rapidement possible, sur base d'un résultat ambitieux et équilibré et en tenant compte des intérêts des pays en voie de développement et en assurant que les pays les plus pauvres ne soient pas laissés pour compte". Le Sommet a aussi encouragé les négociateurs des deux côtés à poursuivre leurs pourparlers en vue de la conclusion d'un accord dans le domaine de l'aviation ("Open Skies": voir EUROPE du 24 juin, p.7).
Irak. L'UE et les Etats-Unis partagent l'engagement commun d'aider le peuple irakien et le gouvernement de transition dans leur effort visant à construire un "pays libre, sûr, démocratique, unifié et prospère, en paix avec lui-même, ses voisins et le monde entier", affirme la déclaration conjointe. « L'Irak a besoin du soutien fort de la communauté internationale pour pouvoir concrétiser tout son potentiel et le mérite », affirme la déclaration. Le gouvernement irakien intérimaire peut compter sur le "soutien entier et durable" de l'UE et des Etats-Unis en vue de guider le pays vers des élections qui devront avoir lieu "pas plus tard que le 31 janvier 2005". Européens et Américains soutiennent aussi l'engagement continu et accru des Nations unies en Irak après le transfert de la souveraineté, et soulignent aussi la nécessité de respecter pleinement les Conventions de Genève. L'UE entamera un dialogue avec le gouvernement irakien intérimaire et la société irakienne, et elle est prête à accorder la priorité au soutien du processus politique et à la préparation des élections. L'UE est aussi disposée à envisager une aide supplémentaire en vue de développer l'Etat de droit, et de mettre en place d'une administration civile en Irak, utiliser ses contacts avec les pays voisins de l'Irak pour demander un soutien régional à la reconstruction politique et économique du pays. Finalement, l'UE veut aussi "jouer un rôle positif" dans les discussions sur la dette extérieure de l'Irak. Sur ce dernier point, les Etats-Unis et l'UE ont affirmé leur intention de "promouvoir une réduction de la charge de la dette extérieure", parce que la réduction de cette dette est importante si le peuple irakien veut réussir son défi de construire une nation libre et prospère, lit-on dans la déclaration conjointe. Les travaux sur la réduction de la dette devraient commencer dès 2004, dans le cadre du Club de Paris, parallèlement avec la mise en oeuvre d'un programme du Fonds Monétaire International. Si le gouvernement intérimaire décidait de convoquer une conférence internationale des donateurs, l'UE et les Etats-Unis "s'en féliciteraient", affirme la déclaration. Lors d'une rencontre bilatérale avec M.Bush en marge du Sommet, Bertie Ahern a aussi évoqué la question du traitement des prisonniers en Irak et à la base navale américaine de Guantanamo (Cuba). "Le président Bush est parfaitement conscient de l'aversion que les peuples d'Irlande et d'Europe ont ressenti devant les mauvais traitements subis par les prisonniers irakiens de la part des forces de la coalition", a déclaré M.Ahern par voie de communiqué de presse. "J'ai également évoqué de nouveau la question du traitement des prisonniers à Guantanamo, et c'est une affaire sur laquelle nos vues sont bien connues du gouvernement américain", a assuré M. Ahern.
Moyen-Orient. L'UE et les Etats-Unis ont apporté leur soutien au développement de la démocratisation du Moyen-Orient, soulignant cependant qu'elle ne pouvait pas être imposée de l'extérieur. Dans leur déclaration conjointe, ils se disent prêts à soutenir les efforts des gouvernements de la région visant à réussir la "modernisation" de leurs pays, "à faire avancer les réformes politiques, économiques et sociales, à construire la démocratie et à promouvoir les droits de l'homme". "Pour qu'elles aient du succès et qu'elles soient durables, les réformes doivent venir des pays concernés eux-mêmes et ne peuvent pas être imposées de l'extérieur", lit-on dans la déclaration. Les peuples de ces pays ont des traditions et des cultures riches (...). Chacun de ces pays est unique et leur diversité devrait être respectée. Notre engagement doit répondre aux conditions locales (...). Chaque société parviendra à ses propres conclusions concernant « le rythme et la portée du changement", stipule la déclaration. Cependant, la différence des situations, aussi importante soit-elle, « ne doit pas être exploitée pour empêcher les réformes ». Il n'y aura pas d'initiatives ou de projets communs au Moyen-Orient, car Européens et Américains utiliseront leurs propres instruments pour contribuer à la paix et la stabilité dans la région: alors que pour Washington, la "Middle East Partnership Initiative" reste l'instrument clé, l'UE poursuivra sa coopération principalement dans le cadre du Partenariat euro-méditerranéen (processus de Barcelone), ses relations avec le Conseil de coopération du Golfe, la politique européenne de voisinage et d'autres relations bilatérales.
Terrorisme. "Nous restons déterminés à coopérer ensemble pour lutter contre le terrorisme tout en partageant l'engagement de respecter les droits humains, les libertés fondamentales et l'Etat de droit sur la base duquel nos sociétés sont construites et que le terrorisme veut détruire", souligne la déclaration conjointe. Sur cette base, Européens et Américains ont défini une longue liste d'objectifs qu'ils veulent atteindre "à travers le dialogue et des mesures prises à tous les niveaux", tels que: renforcer le consensus international sur cette question (avec un rôle important pour l'ONU), empêcher l'accès des terroristes aux sources de financement, perfectionner les systèmes et méthodes de détection et d'investigation (en vue de pouvoir empêcher d'éventuelles attaques terroristes), renforcer la protection des transports internationaux et les contrôles aux frontières, travailler sur les causes du terrorisme et essayer de s'attaquer aux conditions dont les terroristes abusent pour justifier leur cause ou dont ils bénéficient pour recruter, etc..
Non-prolifération des armes de destruction massive. Cette menace exige qu'on s'y prenne individuellement et collectivement, "en coopérant avec nos partenaires, y compris à travers les institutions internationales, notamment celles du système des Nations unies", stipule la déclaration conjointe. Nous nous félicitons de l'adoption de la résolution 1540 du Conseil de Sécurité de l'ONU et nous lançons un appel à tous les Etats à la respecter entièrement", affirment Européens et Américains. Le rôle de l'AIEA dans le contrôle des activités nucléaires et dans la lutte contre la prolifération doit être renforcé. Le retrait annoncé de la Corée du Nord du Traité sur la non-prolifération (NPT) « est une sérieuse préoccupation pour nous tous ». Quant à l'Iran, l'UE et les Etats-Unis demandent à Téhéran de revenir sur sa décision de reprendre une partie de ses activités liées à l'ultra-sensible enrichissement d'uranium. "Nous sommes perturbés par l'annonce récente sur l'intention de reprendre la fabrication et l'assemblage de centrifugeuses (servant à enrichir l'uranium: NdlR) et nous demandons instamment à l'Iran de revenir sur sa décision". L'Iran doit "suspendre toutes les activités liées à l'enrichissement et au retraitement" de l'uranium, ajoute la déclaration conjointe.
Soudan. Européens et Américains ont exprimé leur "grave préoccupation" à l'égard de la situation humanitaire au Darfour où la vie de "centaines de milliers de civils (...) est en grand danger". Le gouvernement soudanais doit immédiatement mettre fin à la violence perpétrée par les milices des Jingaweit, assurer la protection et la sécurité des civils et des agents humanitaire, démilitariser les milices et garantir aux organisations humanitaires un libre accès au Darfour.
HIV/SIDA. Les deux côtés ont annoncé qu'ils coopéreront davantage pour combattre ce fléau.