Bruxelles, 02/12/2003 (Agence Europe) - La Commission estime que le processus de réunification de Chypre pourrait être à nouveau relancé en vue de permettre l'adhésion de l'île réunifiée à l'UE le 1er mai 2004 si l'opposition chypriote-turque gagnait les élections du 14 décembre prochain dans la partie nord de Chypre, a dit mardi le Commissaire à l'élargissement, Günter Verheugen. S'exprimant devant la commission des Affaires étrangères du Sénat belge (qui prépare un rapport et des recommandations sur la situation à Chypre pour le mois de février), M.Verheugen n'a pas caché l'espoir politique qu'il investit dans la perspective d'une victoire de l'opposition ("dont tous les partis sont à la fois pour l'acceptation du plan de paix proposé par Kofi Annan, et pour l'adhésion à l'UE"). En même temps, il a reconnu que, d'un point de vue juridique, l'UE ne peut évidemment pas reconnaître des élections qui ont lieu dans une « République chypriote-turque » autoproclamée qu'elle ne reconnaît pas. En cas de défaite du dirigeant chypriote-turc Rauf Denktash ("qui se considère très puissant, mais dont j'estime que son temps est révolu", tout pourrait "aller très vite", car la Turquie disposerait alors d'une latitude politique lui permettant de bouger très rapidement en faveur d'une solution politique du problème chypriote sur la base du plan Annan, a dit M.Verheugen. Du côté de l'UE, tous les préparatifs techniques sont faits pour permettre une modification rapide du Traité d'adhésion et l'extension de l'acquis communautaire (y compris les aides européennes) à la partie nord de l'île, de manière à maintenir la date du 1er mai 2004 pour l'élargissement à Chypre. M.Verheugen s'est dit néanmoins préoccupé par "certains signes" qui indiquent que les élections du 14 décembre ne répondraient pas aux critères et normes démocratiques européens, "notamment parce que Denktash est en train de faire augmenter considérablement le nombre d'électeurs éligibles, en faisant entrer des personnes en provenance de la Turquie".
A un sénateur qui demandait s'il pouvait s'imaginer une sorte de soulèvement populaire contre M.Denktash en cas de défaite électorale de l'opposition (éventuellement truquée), M.Verheugen (tout en se disant rassuré, car l'opposition n'aurait aucun potentiel de violence) a mis en garde les forces de sécurité chypriotes turcs et, donc, le gouvernement d'Ankara: si elles devaient décider de réprimer avec force des manifestations pacifiques et démocratiques de l'opposition, "alors, la Turquie pourrait tout oublier. Dans ce cas, nous (la Commission) n'aurions plus besoin d'écrire notre rapport d'évaluation" attendu pour automne 2004. A l'adresse du gouvernement turc, M.Verheugen a aussi rappelé qu'une solution du problème chypriote n'était pas considéré comme une "condition formelle" pour l'ouverture des négociations d'adhésion avec Ankara ("ce sont deux choses différentes"), mais que le maintien du statu quo dans l'île au-delà du 1er mai 2004 serait un "obstacle sérieux" pour la poursuite du processus d'intégration de la Turquie dans l'UE. "La Turquie a un intérêt à faire tout pour qu'une solution soit trouvée avant le 1er mai 2004", pour deux raisons précises, a insisté le Commissaire: d'abord, parce qu'il n'y aura pas de meilleure offre après cette date et, ensuite, parce qu'après le 1er mai 2004, Chypre aura son mot à dire au Conseil européen qui décidera de la suite des demandes turques.