Bruxelles, 17/06/2003 (Agence Europe) - The New Defense Agenda (NDA) a organisé mercredi dernier, à Bruxelles, une conférence sur la sécurité globale, réunissant hommes politiques, chercheurs et industriels de la défense du monde entier. A la lumière de la crise irakienne, les participants ont apporté leur point de vue sur différentes questions: Quelles sont les priorités mondiales en matière de sécurité et de défense pour le 21ème siècle? L'OTAN a-t-elle besoin d'une nouvelle doctrine en la matière ou bien est-ce à l'UE de clarifier sa politique étrangère et de sécurité commune? Faut-il de nouveaux mécanismes globaux pour répondre aux défis ou faut-il renforcer ceux des Nations unies? Les Etats-Unis, l'UE et l'Asie peuvent-ils avoir une approche commune des questions liées à la sécurité globale? Est-il possible de voir émerger un partenariat transatlantique entre les industries de la défense?
En guise d'introduction, Eduardo Serra Rexach, ancien ministre espagnol de la Défense et Président du NDA, a rappelé que les attentats du 11 septembre avaient déjà entraîné deux changements: le terrorisme est devenu la priorité pour la sécurité mondiale et le gouvernement américain "ne se contente plus de posséder le pouvoir de protéger son peuple, mais veut l'exercer". Alors que les Etats-Unis "sont forts et utilisent tous les moyens", l'UE est "faible et utilise la diplomatie", affirme-t-il, en appelant les Etats membres à accroître les capacités militaires de l'UE et à "aller plus loin que les missions de Petersberg". Pour Ronald Asmus, chercheur au German Marshall Fund, les priorités de l'UE dans les années à venir seront les Balkans et son élargissement, alors que pour les Etats-Unis, le Proche-Orient constituera la question stratégique dominante. Les deux partenaires pourront travailler ensemble sur leurs priorités respectives, mais cela nécessitera la définition "d'un agenda commun", a-t-il estimé. Pour le Général Gustav Hägglund, président du Comité militaire de l'UE, la différence en matière de capacités militaires a des conséquences sur les différences de perception et d'aspirations des Etats-Unis et de l'UE, cette dernière utilisant la force seulement "en dernier recours". C'est pourquoi il propose de répartir les rôles en fonction des capacités: à l'UE d'assurer sa propre défense collective et à l'OTAN, après restructuration, d'assurer la gestion des crises mondiales. Pour le ministre lituanien de la Défense, Girts Valdis Kristovskis, la crise irakienne a montré la nécessité de renforcer les organisations internationales (OTAN, ONU, UE, G8) et de développer au niveau international des mécanismes juridiques permettant des actions immédiates si nécessaires. Le ministre roumain de la Défense Ioan Mircea Pascu plaide lui aussi pour un "ensemble des règles coordonnées" en matière de sécurité et de défense au niveau mondial, son homologue bulgare Nikolai Svinarov estime que l'OTAN devrait se demander si ses capacités et ses mécanisme actuels sont adaptés aux nouvelles menaces et crises (l'Alliance est déjà en train de transformer ces capacités: NDLR). Sergei Ordzhonikidze, sous-Secrétaire général de l'ONU, considère que la crise irakienne n'a pas causé de ruptures irrémédiables au sein des Nations unies, ni entre les Etats-Unis et l'UE. Les Nations unies joueront un rôle important dans la reconstruction politique et le désarmement de l'Irak, ce qui prouve que "une seule puissance ne peut pas résoudre tout toute seule", a-t-il dit.
Jan Dirk Blaauw, président de l'Assemblée de l'UEO, s'est déclaré très inquiet pour les travaux de la Convention européenne et, tout en saluant l'initiative de demander à Javier Solana de présenter au Sommet de Thessalonique une stratégie globale pour la PESC, craint que cette stratégie se limite à dresser un catalogue de risques, de menaces et de réponses possibles sur lequel "il sera facile de se mettre d'accord". Or, selon lui, il faudrait également dresser un catalogue d'objectifs ambitieux pour atteindre des résultats et sur ce point, il avoue "j'ai des doutes". Pour le conservateur britannique Geoffrey Van Orden, député européen, "nous ne gagnerons rien à avoir une structure séparée pour les affaires de sécurité. Il faut plus de capacités mais dans le cadre de l'OTAN. L'UE a un rôle civil tandis que l'OTAN a un rôle militaire". Quant au vice-ministre des affaires extérieures chinois, Qiao Zonghuai, il pense qu'à l'heure actuelle "il y a des intérêts de sécurité convergents car plus aucun pays n'est protégé même au niveau interne". C'est pourquoi son pays est prêt à participer à "un nouvel ordre mondial" et travaille notamment à la résolution de la crise entre les Etats-Unis et la Corée du nord.
Les industries de la défense, européenne et américaine ont estimé qu'il est possible de développer des partenariats industriels transatlantiques en matière d'armement. Pour Hartmut Bühl, vice-Président de EADS, "il faut des grands projets d'intérêts communs dans le cadre de l'OTAN, qui soient financés conjointement" par l'UE et les Etats-Unis. L'industrie européenne est capable de proposer de tels projets mais, outre les moyens financiers et la volonté politique, il lui faut un transfert de technologies américaines qui actuellement n'est pas accessible pour les compagnies européennes, a-t-il regretté. Sa demande a été relayée par Michel Lenton, vice-président de la société italienne Finmeccanica: le projet TIPS, Transatlantic Industrial Proposed Solution, est, à son avis, un bon exemple de coopération possible entre des entreprises européennes et américaines. Selon Robert Trice, vice-président de la société américaine Lockheed Martin, il faut aussi que les gouvernements coopèrent pour harmoniser les besoins militaires et qu'on lève les barrières commerciales qui s'appliquent sur le territoire de l'UE dans le secteur militaire. Jan Dirk Blaauw lui a fait remarquer que "le protectionnisme législatif américain est partout, et notamment dans l'industrie militaire".