Athènes, 17/04/2003 (Agence Europe) - La Conférence européenne qui a réuni jeudi, à Athènes, les chefs d'Etat et de gouvernement et/ou les ministres des Affaires étrangères de 40 pays européens (les Quinze de l'UE, les dix pays adhérents, les trois candidats, les cinq pays des Balkans, les quatre membres de l'Espace Economique Européen, l'Ukraine, la Moldavie, le Bélarus et la Russie) s'est achevée avec l'adoption d'une déclaration commune qui souligne "la ferme volonté de ne plus tolérer de nouvelles lignes de division" en Europe et de promouvoir une coopération renforcée entre la future UE élargie et ses futurs pays voisins. L'aboutissement doit être un "rapprochement politique et une intégration progressive" des pays avoisinants dans les structures économiques et sociales de l'UE, en vue de la création d'un "espace de paix, de stabilité, de prospérité et de progrès social", lit-on dans la déclaration.
Le Président de la Commission européenne, Romano Prodi, dont la récente communication sur les relations de bon voisinage après l'élargissement (voir EUROPE du 12 mars, p.6, du 13 mars, p.10 et du 15 avril, p.6) était à la base des discussions à Athènes, a utilisé devant la presse une formule qui lui est chère pour décrire les futurs liens avec les pays européens qui ne voudront ou ne pourront pas se joindre à l'UE: "Nous devons partager avec eux tout, sauf nos institutions", ce qui implique aussi, à terme, la mise en place d'une vaste zone de libre-échange européenne au sein de laquelle s'appliqueraient les quatre libertés (des personnes, capitaux, services, marchandises). "Nous n'avons pas élargi l'Union européenne pour exclure d'autres pays de l'Europe, au contraire. Notre message aujourd'hui, c'était ça, et je crois qu'il a été compris", s'est félicité M.Prodi à l'issue de la réunion.
Dans une perspective plus rapprochée, il est important de faire en sorte que les pays voisins puissent, concrètement, "tirer profit" de l'élargissement de l'UE et des nouvelles opportunités qu'elle leur offrira. A cet égard, les dirigeants des 40 pays ont décidé à Athènes que la priorité devra être donnée à des actions qui ont une incidence directe sur la vie de tous les citoyens, telles que: - promouvoir les valeurs communes, notamment le respect des droits de l'homme, des libertés fondamentales et de l'Etat de droit; - prévenir et combattre les menaces communes pour la sécurité, y compris la criminalité organisée, la traite des êtres humains, le terrorisme et les maladies transmissibles; - promouvoir les échanges et les investissements mutuels, l'ouverture des marchés et l'intégration progressive dans les structures économiques; - appuyer l'intégration dans le système commercial mondial; - promouvoir le développement durable à travers des projets environnementaux pour combattre des phénomènes transfrontaliers comme le changement climatique ou la pollution des eaux ; - assurer l'interconnexion des réseaux de transport, d'énergie et de télécommunications (réseaux transeuropéens); - renforcer la coopération culturelle, la libre circulation des idées et les contacts individuels; - promouvoir la coopération transnationale et transfrontière dans un maximum de domaines.
Le Président du Conseil européen Costas Simitis a estimé devant la presse que la mise en oeuvre de ces priorités exige des "instruments souples", sans devoir conclure de nouveaux accords avec les pays concernés. Le cadre contractuel actuel qui existe entre l'UE et ses pays voisins, selon lui, est suffisant à ce stade du processus (le potentiel des accords existants est loin d'être épuisé), mais il est parfois nécessaire d'y ajouter une "valeur ajoutée". Chacune des actions de coopération devra aussi tenir compte des spécificités individuelles de chacun des pays qui ont des points de départ et des ambitions souvent très différentes, a souligné M.Simitis.
Parmi les nombreuses interventions au cours de la Conférence européenne, à laquelle a aussi participé le Secrétaire général de l'Onu Kofi Annan (voir plus loin), notons essentiellement celle du ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gül, qui a estimé que la Turquie pourrait jouer un "rôle clé" dans la politique de voisinage de l'UE élargie. D'un côté, parce que la Turquie est elle-même un pays candidat, de l'autre, parce que elle a des "relations spéciales" avec beaucoup des pays voisins de l'UE, notamment dans les Balkans. "La Turquie est déterminée à contribuer activement à la promotion de la démocratie, stabilité, prospérité et sécurité dans une Europe élargie", a assuré M.Gül. Le président de la Confédération suisse, Pascal Couchepin, a profité de sa participation dans la Conférence européenne pour souligner que l'UE élargie aura à ses côtés "une Suisse qui n'est pas une île, mais un ami et un partenaire fiable, ouvert à une coopération toujours plus étroite" et qui soutient aussi activement le rapprochement entre l'UE et ses voisins de l'Est. "L'adhésion de la Suisse n'est pas une option réaliste à court terme, mais elle l'est à plus long terme", et Berne cherche à poursuivre des coopérations étroites dans "le plus grand nombre de domaines possibles", a dit M. Couchepin. Le chef du gouvernement du Liechtenstein, Otmar Hasler, a estimé que l'Espace Economique Européen (EEE), dont le Liechtenstein (ensemble avec l'Islande et la Norvège) est membre depuis sept ans, pourrait servir de "modèle intéressant" pour les futures relations entre l'UE élargie et ses voisins d'Europe de l'Est, y compris en tant que "antichambre" en vue d'une adhésion ultérieure. Le président de Serbie et Monténégro, Svetozar Marovic, a réitéré la volonté de son peuple de rejoindre, un jour, l'UE. "Nous sommes déterminés à réussir sur notre chemin vers la grande et puissante famille européenne. La signature du Traité d'adhésion, mercredi, a renforcé davantage notre détermination d'achever entièrement notre intégration européenne", a-t-il assuré.
Quant à Kofi Annan, il a estimé que l'Union européenne élargie pourra apporter "une contribution encore plus décisive au progrès et à la stabilité dans le monde". Selon lui, cette contribution sera "des plus nécessaires, car en ce nouveau siècle la plupart des menaces qui pèsent sur la paix et la sécurité sont mondiales". Pour le bien de la planète tout entière, l'Union européenne et l'ONU doivent travailler ensemble, souligne le Secrétaire général. Kofi Annan s'est dit déçu de voir, au moment de cet élargissement sans précédent, que "c'est Chypre encore divisée qui fait son entrée dans l'Union", mais se dit convaincu que son plan pour un règlement dans l'île est "équitable et équilibré, et qu'il devrait, au bout du compte, servir de base à un règlement du conflit" . Et il a répété: "Une occasion exceptionnelle a été manquée, mais je ne doute pas qu'il finira par y avoir un règlement. La seule chose qui manque est la volonté politique nécessaire". Par ailleurs, en disant comprendre l'aspiration de l'UE à un environnement "pacifique et stable", le Secrétaire général de l'ONU évoque "l'âpre conflit qui, à vos portes, oppose Arabes et Israéliens" et qui est "un sujet de grande préoccupation - pour vous comme pour vos voisins russes, vos partenaires d'outre-Atlantique et, en vérité, le monde entier". C'est pourquoi l'ONU travaille "si dur avec vous" au sein du Quartette, rappelle Kofi Annan, en se déclarant convaincu que "nous avons à présent une "feuille de route" qui nous mènera à bon port", et en insistant: "nous devons d'urgence persuader les deux parties qu'il leur faut trouver la volonté politique d'appliquer cette "feuille de route", non pas en posant des conditions préalables pour l'autre partie, mais en avançant ensemble vers la paix".