Bruxelles, 07/02/2003 (Agence Europe) - Les Commissaires Loyola de Palacio (Energie) et Philippe Busquin (Recherche) ont visité le 4 février, en présence de journalistes et d'experts, l'infrastructure de recherche souterraine pour le stockage de déchets radioactifs (EURIDICE) à Mol, en Belgique. Une semaine après l'adoption de deux propositions de directive sur la sûreté et la gestion des déchets nucléaires (voir EUROPE du 31 janvier, p.10), les Commissaires ont fait le point sur l'état de la recherche européenne sur le traitement des déchets hautement radioactifs. Pour les experts et les Commissaires, l'énergie nucléaire demeure une nécessité, à condition de trouver une solution fiable et durable pour la gestion des déchets. Comme l'a résumé Mme de Palacio, "l'acceptabilité du nucléaire est liée au problème du traitement des déchets".
Si le traitement des déchets faiblement et moyennement radioactifs est "maîtrisé" (ils sont stockés dans des installations en surface, ou en sub-surface, et font l'objet d'un contrôle jusqu'à ce que leur radioactivité ne pose plus de problème, après environ 300 ans), celui des déchets hautement radioactifs, qui représentent "seulement" 5 % du volume total des déchets mais 95 % de la radioactivité, ne l'est pas. Depuis cinquante ans, ils sont entreposés dans des bâtiments spécialement équipés. Selon l'ONDRAF (Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies) et le CEN (Centre de recherche nucléaire belge), l'enfouissement à grande profondeur dans des formations géologiques stables (granite, sel, argile) est la solution la plus sûre permettant d'isoler suffisamment ces déchets sur de très longues périodes. Cependant, la conception et la réalisation de ces dépôts nécessitent des dizaines d'années de recherche au sein de laboratoires souterrains (comme celui de MOL). La plupart des Etats membres, confrontés aux déchets hautement radioactifs, ont développé des programmes nationaux en la matière. Selon l'ONDRAF, la Finlande et la Suède sont les plus avancés, la première ayant déjà lancé la construction d'un dépôt souterrain à l'horizon 2010. En Belgique, des travaux sont en cours, notamment à Mol, mais la mise en dépôt profond n'est pas envisagée avant une vingtaine d'années car le choix du site n'a toujours pas été effectué. En Allemagne, l'objectif est de créer un site unique pour tous les déchets à l'horizon 2030. La France, le Royaume-Uni, l'Espagne et les Pays-Bas sont moins avancés. Ces calendriers sont bien loin des perspectives envisagées par la Commission européenne dans sa proposition (les Etats membres doivent désigner au plus tard en 2008 des sites de stockage qui doivent être opérationnels en 2018 pour les déchets hautement radioactifs et en 2013 pour les déchets à faible radioactivité). Ce qui est en cause, c'est l'absence d'initiatives politiques. Pour cette raison, Mme de Palacio et M. Busquin veulent encourager le développement de la recherche en cette matière. "Les programmes cadres de recherche de la Communauté y contribuent de manière importante, mais les dépenses de l'UE doivent être à peu près 30 fois plus élevées", estime Mme de Palacio. "Actuellement, l'UE et les Etats membres dépensent 300 millions d'euros par an pour traiter les déchets nucléaires alors qu'il faudrait 500 millions", précise Derek Taylor, chef d'unité à la Direction générale Energie et Transports de la Commission européenne.
Le projet MYRRHA: vers la réduction de la vie radioactive des déchets
"Si l'option du nucléaire est un problème national, la gestion de ces déchets est un problème européen", souligne M. Busquin. Pour cette raison a été lancé, en novembre 2002 le réseau thématique "Gestion des déchets radioactifs et stockage" qui regroupe les organisations de gestion de déchets radioactifs de 7 Etats membres (Belgique, Allemagne, Espagne, France, Finlande, Suède et Royaume-Uni) et de la Suisse, afin de mettre en commun leur recherche en la matière.
Le 6ème programme cadre de recherche et développement Euratom, doté de 1,230 milliard d'euros (750 millions pour la recherche en matière de fusion nucléaire et environ 500 millions répartis entre le traitement des déchets, la radioprotection et la sûreté) met l'accent sur la recherche sur les sites de stockage géologique et la recherche sur la transmutation, une technique visant à réduire de millions d'années à des milliers d'années la période pendant laquelle les déchets nucléaires hautement radioactifs sont dangereux (la durée de leur "vie radioactive"). Combinée au stockage, cette technique permettrait de gérer encore plus sûrement ces déchets.
C'est dans ce cadre que s'inscrit le projet MYRRHA sur lequel travaillent le CEN et l'UE. La Commission européenne a lancé une étude de faisabilité technique et économique afin de vérifier la possibilité de construire l'installation permettant d'expérimenter MYRRHA, dont la réalisation coûterait entre 250 et 300 millions d'euros. Le projet pourrait être opérationnel en 2012. Il constituerait une première mondiale, et pourrait faire l'objet d'une entreprise commune à laquelle participeraient les Etats membres, l'UE et le secteur privé. MYRRHA pourrait être une étape marquante dans la recherche sur la fusion nucléaire", a conclu M. Busquin.