Bruxelles, 07/02/2003 (Agence Europe) - La Convention européenne n'est pas une "assemblée parlementaire politique", mais elle ne peut pas donner non plus "le spectacle d'une tour d'ivoire" qui travaille sans contact avec la réalité, s'est exclamé pendant la plénière de la Convention du 7 février le représentant du parlement luxembourgeois Ben Fayot, en posant le problème de la crise irakienne. L'un de nos objectifs est de rendre l'Europe "plus visible et plus forte" dans le monde, mais "dès la première grande épreuve internationale", « la Pesc est en miettes », a déploré l'ancien membre du groupe socialiste du Parlement européen. Il a ainsi rappelé que seulement trois jours après le compromis obtenu par la Présidence grecque au Conseil de l'UE du 27 janvier, quatre Etats membres de l'Union qui estimaient devoir déclarer "allégeance aux Etats-Unis" ont adopté une déclaration commune, suivis deux jours plus tard par les dix du Groupe de Vilnius (dont sept futurs Etats membres de l'UE). Certains Etats "agissent en dehors des structures de l'Union, la présidence est court-circuitée", s'est-il indigné, en se demandant ce qu'aurait pu faire un Président du Conseil européen à temps plein "si cela lui était arrivé". Tout ceci confirme, a enchaîné Jean-Luc Dehaene, les conclusions de mon groupe de travail sur les relations extérieures selon lesquelles "pour le moment il n'y a pas de politique étrangère commune, mais tout au plus des actions communes, lorsqu'existe la volonté politique d'en avoir". La volonté politique ne se crée pas "par décret, mais naît seulement d'expériences négatives qu'on veut éviter à l'avenir", a répété l'ancien Premier ministre belge, en citant l'exemple de la division européenne au début des guerres en ex-Yougoslavie et, ensuite, de la cohésion dans la crise du Kosovo. Ce n'est donc pas la Convention qui créera cette volonté politique, mais elle peut créer les instruments lui permettant de s'exprimer, a-t-il précisé, en appelant les responsables des Etats membres à comprendre que l'Europe aura de l'influence seulement s'ils agissent ensemble. "L'impuissance et la division" de l'Europe ne sont pas "une fatalité", a estimé le Commissaire européen Michel Barnier, en rappelant lui aussi les leçons tirées de "l'impuissance et la division " européenne dans les années 90, "sur le continent européen". Ceci, selon lui, doit inciter la Convention à aller de l'avant, notamment en créant à Bruxelles "un lieu nouveau et mixte" où se développerait "une culture de politique étrangère commune", où des analyses communes à des diplomaties qui étaient souvent en concurrence entre elles par le passé aboutiront, "au bout de la route, à une action commune". Nous sommes ici "pour préparer l'avenir", mais sans "fermer les yeux face au présent", a convenu Josep Borrell, représentant du parlement espagnol, en remarquant que pour certains la crise irakienne est une confirmation de l'importance des travaux de la Convention, alors que pour d'autres elle démontre son inutilité. Lorsqu'il s'agit de guerre ou de paix, nous devons absolument surmonter nos divisions, s'est écrié Elmar Brok (CDU), président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, pour qui la crise irakienne doit être "un catalyseur" induisant la Convention à être "encore plus courageuse" dans ses propositions. Tout ceci souligne la nécessité d'avoir un ministre européen des Affaires étrangères, a affirmé Erwin Teufel, ministre-président du Bade-Wuerttemberg et représentant du Bundesrat, tout en insistant sur une étroite coopération entre l'Europe et les Etats-Unis.
Deux voix discordantes dans ce bref débat: celle, d'abord, de Lord Tomlinson, représentant de la chambre des Lords, pour qui la crise irakienne "est en dehors de notre mandat". Le travailliste britannique, ancien membre du Parlement européen, a fustigé ceux qui se complaisent, selon lui, dans les "spasmes émotionnels" d'une telle discussion. William Abitbol, souverainiste français membre du groupe Europe des démocraties et des différences au Parlement européen, en qualifiant de "putsch" les messages de solidarité avec Washington de certains Etats membres, s'est interrogé sur la suite des événements. Puisqu'il est maintenant certain que nous aurons une guerre, que certains Etats membres approuveront (et y participeront) et d'autres pas, "les travaux de la Convention ne devraient-ils pas être suspendus pendant cette guerre?", a-t-il lancé.
Le Président Giscard d'Estaing lui a répondu indirectement. La situation actuelle nous dicte une attitude "vigilante et préoccupée", a-t-il estimé, en exhortant la Convention à en tirer les enseignements, et à se demander en particulier: y a-t-il une volonté politique d'avoir une politique européenne commune? Quels mécanismes permettraient à une telle volonté de se manifester? Or, selon lui, l'Europe est même en recul par rapport au Traité de Maastricht qui , à son article 2 paragraphe 3, affirme: "les Etats membres appuient activement et sans réserve la politique extérieure et de sécurité de l'Union dans un esprit de loyauté et de solidarité mutuelle (...). Ils 'abstiennent de toute action contraire aux intérêts de l'Union ou susceptible de nuire à son efficacité en tant que force de cohésion dans les relations internationales". "Ce n'est pas ce qui se passe", n'a pu que constater l'ancien Président de la République française. Et il a ajouté: "Il y a un point qui manque. Que pensent les Européens?". Pour cette raison, sans citer l'Eurobaromètre, il a indiqué qu'il allait écrire à Romano Prodi pour lui demander "d'utiliser les instruments dont il dispose pour interroger les Européens sur ce qu'ils pensent".