Bruxelles, 07/02/2003 (Agence Europe) - Le Comité de suivi du processus de Barcelone s'est réuni les 3 et 4 février, à Bruxelles, pour préparer la conférence ministérielle des 26 et 27 mai, qui devrait regrouper en Crète les vingt sept ministres des Affaires étrangères (UE plus les douze pays partenaires méditerranéens). Cette session ministérielle, de mi-parcours, aura un caractère informel, et elle sera suivie d'une autre rencontre ministérielle, formelle, les 2 et 3 décembre prochain à Naples, sous présidence italienne.
Dans ces perspectives, le Comité de suivi a procédé à l'évaluation de ce qui a été accompli en application du Plan d'action adopté à Valence en avril 2002. Le premier jour de réunion a été, comme d'usage, consacré aux échanges de vues sur les aspects politiques (situation au Moyen-Orient, Irak, etc.), cette fois-ci avec la participation de Javier Solana, Haut représentant de l'UE pour la PESC, qui a expliqué la position européenne sur ces questions et les perspectives d'une Politique commune européenne de sécurité et de défense (PESD). Le thème ne figure plus, cependant, parmi les sujets clés dans les discussions entre partenaires euro-méditerranéens. Le projet de Charte de sécurité n'est plus mentionné que pour mémoire: il est, pour la partie européenne, simplement mis en veilleuse alors que pour la plupart des pays arabes, il est enterré et n'est pas envisageable tant que n'aura pas été résolu le problème palestinien. Du côté européen, la volonté est de ne pas laisser se déliter l'idée d'un dialogue ouvert sur tous les aspects politiques tout en sachant qu'aucun projet pouvant impliquer des militaires ou des forces de sécurité ne peut être pris en considération dans l'état actuel des relations israélo-arabes. L'idée serait cependant d'imaginer des actions communes « à la carte », auxquelles participeraient activement seulement les Etats concernés ou intéressés.
Mardi, la discussion a permis de passer en revue l'ensemble des points consignés dans le Plan d'action de Valence, en particulier le projet de Fondation culturelle dont la création comme structure autonome (et financée conjointement par l'UE, les Etats-membres - 1 million d'euros chacun en principe - et des contributions des pays partenaires) est diversement accueillie par les Quinze, en dépit de l'appel lancé en janvier par le Président Prodi. La préférence générale serait pour la création d'un « réseau des réseaux » culturels.
Autre point sensible: l'implication des sociétés civiles. Des critiques sont faites d'un côté comme de l'autre contre le mode d'organisation des forums civils traditionnellement organisés parallèlement aux sessions ministérielles: le souci des Européens est de pallier le manque de professionnalisme constaté jusqu'ici, alors que pour les pays partenaires, les réserves portent sur le choix des ONGs. Les mêmes réserves on été réitérées lors d'un échange de vues sur la question des droits de l'homme: le délégué égyptien s'en était même pris ouvertement aux Quinze, qui en font une exigence marquante dans leur coopération avec les pays méditerranéens. La Commission européenne produirait d'ici avril une communication spécifique afin de répondre à la demande de députés européens et d'associations de défense des droits de l'homme pour que soit précisé l'article 2 inscrit dans chacun des accords bilatéraux d'association, et qui est jugé trop vague et trop général.
Ce différend s'ajoute à un autre sur les méthodes de travail et de réunion et la Tunisie, qui a la tâche de coordonner les positions des pays arabes-méditerranéens, a regretté que les pays partenaires soient constamment placés en position de simples « consommateurs » et n'aient que peu l'initiative. L'idée a été avancée de restructurer le groupe de hauts fonctionnaires et de donner la priorité à la discussion sur les aspects économiques, culturels, sociaux et sociétaux plutôt qu'au volet politique. Cependant, l'importance de ce dernier volet a été soulignée une nouvelle fois par la partie européenne, soutenue pour une fois par la Syrie et le Liban, qui n'entendent pas que l'aspect politique soit marginalisé, mais souhaitent qu'il porte surtout sur le conflit du Moyen-Orient.
Initiative marocaine sur les méthodes de travail euro-méditerranéennes
Sur ce thème organisationnel, le Maroc a remis un document avec des propositions invitant à recentrer le travail du Comité de suivi, comme recommandé par les ministres à Valence. Pour améliorer le fonctionnement de ce comité qui « ne remplit pas son rôle », la délégation marocaine suggère « plus de visibilité, plus d'efficacité et un ordre du jour mieux maîtrisé ». L'idée serait de ne plus réunir, à chaque fois, le groupe de hauts fonctionnaires sur les aspects politiques et de sécurité mais d'accroître la fréquence des réunions du Comité de suivi, central, et de les organiser sur une base thématique, notamment sur les aspects politiques. Le Maroc suggère également d'instaurer un mécanisme de préparation des réunions du Comité pour que les délégués ne découvrent pas en séance les dossiers sur lesquels ils sont invités à débattre, et surtout qu'ils aient le temps de consulter leurs administrations nationales. De même l'utilité d'instaurer un mécanisme de suivi est soulignée. « Trop de projets ont été approuvés dans le passé mais sans qu'il y ait eu une réelle mise en œuvre », explique un diplomate maghrébin qui partage le souci marocain d'affaiblir la tentation de céder aux « effets d'annonce » sans se donner une garantie de résultat. Enfin, le Maroc souhaite que les Quinze s'impliquent davantage dans le dialogue euro-méditerranéen et donnent au dialogue son plein sens. Cela supposerait qu'ils « entrent dans leur débat avec leurs nuances mais sans se cantonner en bloc européen », et qu'ils favorisent un débat ouvert.
Les progrès du processus d'Agadir
Au cours de la rencontre, la délégation marocaine a informé les participants des progrès récemment accomplis par les quatre pays -Maroc, Tunisie, Egypte, Jordanie- engagés dans un processus d'intégration régionale. « L'accord d'Agadir », dont le texte fondateur a été paraphé en janvier dernier par les quatre ministres du Commerce, devrait être signé vers le mois de mai, vraisemblablement à Tunis, dès qu'auront été achevés les travaux techniques de mise au point des listes de produits et secteurs à inclure dans le projet de libre-échange. L'accord d'Agadir est ouvert à tous les pays arabes riverains de la Méditerranée signataires d'un accord d'association avec l'UE, a souligné la délégation marocaine. Israël et Turquie ont manifesté leur intention d'y adhérer alors que l'Algérie et le Liban n'auraient pour l'heure manifesté que leur intérêt à être informés, mais sans indiquer explicitement s'ils comptent se joindre à leurs quatre voisins.