Bruxelles, 13/01/2003 (Agence Europe) - Dans un mémorandum qu'elle vient d'adresser à la Présidence grecque, Amnesty International interpelle les Quinze en les exhortant à mettre les droits de l'homme au cœur de leur politique intérieure et internationale.
Sur la scène internationale, "l'UE entreprend de réels efforts afin de rendre sa politique de droits de l'homme plus efficace (...) et ses efforts produisent des progrès réguliers dans certains domaines. Toutefois, on ne voit quasiment pas d'effets sur certaines des crises les plus graves, dans lesquelles l'UE n'arrive pas ou n'est pas prête à mettre les droits de l'homme au cœur de ses efforts en raison d'un manque de volonté politique et d'attention commune", indique l'organisation internationale de défense des libertés publiques dans son mémorandum. Comme priorité, Amnesty cite les conflits en Russie, au Proche-Orient, en Colombie, au Congo, et au Népal, ainsi que la peine de mort, le lien entre protection des droits de l'homme et terrorisme et la réforme de la Commission des Nations unies pour les droits de l'homme. L'ONG de défense des droits de l'homme exhorte également l'UE à "continuer à tenir tête aux attaques continues des Etats-Unis contre les progrès de la loi et de la gouvernance internationale, en particulier à propos de la Cour pénale internationale". Amnesty met par ailleurs l'accent sur l'importance de la mission de police de l'Union européenne en Bosnie-Herzégovine, qui devra, souligne-t-elle, aider à mener à leur terme les enquêtes sur les crimes commis au cours de la guerre. A mi-chemin entre la politique intérieure et la politique extérieure de l'UE, Amnesty International juge qu'il y a un "vrai besoin d'appel à la prudence" quant à l'intention des Quinze d'intégrer la problématique de l'immigration dans les relations avec les pays tiers, relations qui pourraient évoluer en fonction de leur degré de coopération en la matière.
Selon le rapport, la Présidence grecque "a pour priorité d'assurer la liberté, la sécurité et la justice pour tous, mais la réalité risque d'être beaucoup plus sélective, voire restrictive". Sur le plan européen, Amnesty International critique sévèrement "l'aveuglement de l'UE" en ce qui concerne les violations des droits de l'homme au sein même de ses frontières. Amnesty souligne que ses rapports, qui dénoncent régulièrement des exaction au sein même de l'Union européenne, n'ont obtenu pour toute réponse qu'un "silence assourdissant". Amnesty dénonce également les lois restrictives passées sans justification, sous couvert d'antiterrorisme. A propos de l'adoption progressive d'une politique européenne pour l'asile, Amnesty International estime "qu'il y a des raisons de craindre que l'esprit et l'intégrité de la Convention de Genève pourraient être mis à mal dans les négociations en cours sur la directive de qualification" au statut de réfugié. Elle craint en effet que les Quinze emploient le prétexte de la lutte contre le terrorisme pour généraliser des motifs exceptionnels de refus ou de retrait du statut de réfugié. De même, Amnesty avertit que les discussions à venir sur les procédures d'asile risquent d'aboutir "à une boîte vide" qui ne serait que la justification des politiques nationales.