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Bulletin Quotidien Europe N° 8315
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Petite chronique de la Convention - Ce que le président a dit (et ce qu'on
lui fait dire)

Les raisons d'une campagne proposée. On pourrait encore gloser sur le discours de Bruges du président de la Convention, au-delà de ce que j'en ai dit dans les deux "petites chroniques" précédentes. Je me limiterai à m'étonner de l'étonnement de certains observateurs pour l'importance que le président a attribuée au choix de la dénomination de l'Union rénovée, parmi les quatre qu'il a suggérées: Communauté européenne, Union européenne, Europe unie, Etats unis d'Europe. Il a poussé le zèle jusqu'à fournir la traduction anglaise de ces quatre dénominations, et quelqu'un a décelé une certaine ingénuité dans sa démarche. Ingénuité? Allons donc! Je ne pense pas que le terme soit approprié pour caractériser Valéry Giscard d'Estaing. Disons plutôt qu'il voit dans le lancement d'une campagne à ce sujet un moyen de faire parler de la Convention et d'y intéresser la large partie de l'opinion publique qui ne peut se passionner ni pour la subsidiarité ni pour la personnalité juridique de l'UE ni pour la querelle sur la méthode. Le président a dit: "cette question n'est pas futile car le nom a une force symbolique, en permettant à chaque citoyen d'identifier la nature et l'ambition du projet européen. Il serait intéressant de connaître le sentiment des Européens, en particulier des jeunes Européens, avant d'en faire débattre la Convention."

Les réactions de la presse tendent à prouver qu'il avait raison: cette affaire de dénomination a été l'aspect le plus souvent cité de son discours de Bruges. Á la lumière de quoi, c'est tout naturellement qu'il a donné suite à son intention, en invitant les grands médias à interroger leurs lecteurs ou spectateurs.

Les petites phrases qui comptent. Valéry Giscard d'Estaing s'est aussi exprimé ailleurs qu'à Bruges, en particulier par quelques petites phrases qui en disent davantage qu'une longue déclaration:

a) sur l'objectif de la Conférence intergouvernementale qui fera suite à la Convention. Le président a déclaré au "Financial Times": "si le travail a été suffisamment perfectionné, quatre ou cinq réunions des premiers ministres ou des ministres des Affaires étrangères seront en mesure de clôturer l'affaire, sans qu'un grand débat diplomatique doive la rouvrir". Cette phrase permet de mesurer l'ampleur de l'ambition de Giscard d'Estaing pour la Convention: le Traité institutionnel serait l'oeuvre de celle-ci, bien plus que de la négociation entre les chefs de gouvernement;

b) sur sa participation personnelle à la CIG. Interrogé par la commission constitutionnelle du PE, il a répondu aux parlementaires européens: " Je suis d'accord que vous le proposiez". Réponse digne dans la forme et habile quant au fond, car elle ne demande rien mais laisse tout comprendre;

c) sur l'éventualité de devenir lui-même le premier "président de l'Europe". Il a dit encore au "Financial Times": "non, c'est impossible, mon âge l'empêcherait", mais en ajoutant non sans humour: "…sauf progrès spectaculaire de la science médicale";

d) sur le renforcement du volet économique de l'UEM (Union économique et monétaire). Selon le "Financial Times", Valéry Giscard d'Estaing n'appuie pas les propositions de la Commission européenne visant à renforcer la coordination des politiques économiques des Etats membres (voir cette rubrique du 25 septembre). Le journal ne cite toutefois aucune affirmation claire du président à ce sujet, mais seulement une phrase indiquant que la méthode actuelle de coordination peut être étendue aux nouveaux Etats membres qui rejoindront l'union monétaire (en précisant que la Convention ne s'en est pas encore occupé).

Du bon usage des interviews. Le point d) nous introduit dans la zone floue où ce que l'interviewé a vraiment dit n'est pas clair, car ses propos se confondent avec les remarques du journaliste et l'interprétation en est parfois forcée. Le journaliste affirme: "Giscard d'Estaing a dit avoir peu de sympathie pour les propositions de la Commission européenne qui lui conféreraient davantage de pouvoirs dans des domaines clés comme l'économie et les affaires étrangères". Dans une interview, j'aurais préféré retrouver entre guillemets la phrase du président à ce sujet; d'autant plus que, entre guillemets cette fois, il a dit: " Le pouvoir d'impulser (the driving force) dépend du sujet. C'est la Commission dans les domaines clairement communautaires, mais c'est le Conseil pour les grands changements et pour la défense et les affaires étrangères". Idem à propos du grand titre en première page: "Giscard fait pression pour stopper le fédéralisme". Or, le mot fédéralisme ne figure nulle part dans ses déclarations.

Que le lecteur se rassure: dans l'Agence EUROPE, un texte cité n'est jamais mélangé au commentaire. Dans ces chroniques sur le discours de Bruges, les phrases du président sont reprises mot à mot entre guillemets, et le texte intégral du discours a été envoyé parallèlement à nos abonnés (en français ou dans la version anglaise officielle). Les commentaires s'y ajoutent et le lecteur en fait ce qu'il veut. (F.R.)

 

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