Bruxelles, 02/09/2002 (Agence Europe) - A Johannesburg, 102 chefs d'Etat et de gouvernement ont pris, lundi, le taureau par les cornes pour tenter de sauver le deuxième Sommet mondial du développement durable dont les uns anticipent déjà l'échec, tandis que d'autres restent encore confiants dans l'obtention de résultats concrets. Cette évaluation contrastée des négociations, à l'heure où le sommet s'achemine à petits pas vers l'adoption d'une déclaration politique et d'un plan d'action, varie selon que les participants s'attachent aux accords déjà atteints (en matière notamment de restauration de la biodiversité, d'accès à l'eau potable, de lutte contre le sida, de protection de la santé contre les produits chimiques) ou au contraire se focalisent sur les nombreuses pierres d'achoppement à surmonter au plus haut niveau.
Au nombre des divergences de vues persistantes figurent: le principe de précaution (contrairement aux pays en développement, les Européens considèrent que ce principe a déjà été renforcé depuis Rio, et les Américains ne veulent pas le voir mentionner) et le principe de responsabilités communes mais différenciées, l'accès des populations pauvres à l'assainissement, la promotion des énergies renouvelables (l'Union européenne, soutenue par l'Afrique, plaide pour une part de 10% dans l'énergie globale à l'horizon 2010, ce à quoi Américains et pays de l'Opep sont farouchement opposés), la mondialisation (perçue par les Européens comme un phénomène à maîtriser, tandis que les Etats-Unis voient dans son développement la solution aux problèmes des pays pauvres), le lien éventuel à établir entre l'aide publique au développement et la bonne gouvernance (lien que les Etats-Unis appellent de leurs voeux, mais que rejettent les pays en développement au nom de leur souveraineté nationale ), les subventions agricoles ( Européens et Américains sont opposés à tout engagement qui aille au-delà de ce qui est consigné dans l'Agenda de Doha, les pays en développement réclament leur élimination pure et simple, ce qui empêche un accord sur le chapitre du Commerce).
Devant le Sommet, le Président de la Commission européenne, Romano Prodi, a insisté sur l'obligation de résultat qui incombe aux participants en capitalisant les acquis des conférences de Doha (Agenda pour un commerce multilatéral au service du développement) et de Monterrey (conférence sur le financement du développement). « Ici à Johannesburg, nous devons viser plus haut, en nous employant à davantage faire reculer la pauvreté et à porter un coup d'arrêt à la destruction de notre environnement. Nous n'avons d'autre option que d'agir tous ensemble » (…). Les citoyens du monde attendent de nous des réponses. Nous ne pouvons les décevoir. Nous devons leur montrer que nous sommes capables de maîtriser collectivement la mondialisation, de redonner espoir aux plus pauvres et de préserver les ressources et la beauté de notre planète. Je ne connais pas de plus grand défi que celui-ci ». a t-il déclaré, en se disant porteur « d'un message de détermination et de solidarité ». Et d'ajouter: « Nous sommes réunis ici pour forger un nouveau pacte entre le Nord et le Sud, fondé sur la confiance et sur notre objectif commun de développement durable. Ce pacte a trait à la croissance, au développement, à la durabilité et à la solidarité ». Cette solidarité s'exercera en particulier à l'égard de l'Afrique et du nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad), auxquels la Commission apportera tout le soutien possible, a assuré le Président.
Rappelant que l'Union a déjà largement ouvert ses marchés aux pays en développement et importe chaque année pour plus de 400 milliards d'euros, le Président Prodi a assuré que l'UE est disposée à négocier de manière constructive, sur la base de l'Agenda de Doha pour ouvrir davantage encore ses marchés. Au plan politique, la solidarité doit passer, selon lui, par « la reconnaissance commune des valeurs fondamentales de la démocratie, de la bonne gouvernance et de l'intégration sociale ». Au plan de l'aide financière, le Président Prodi a rappelé que l'engagement pris par l'Union de porter la moyenne de l'aide publique au développement de 0,33% du PIB à 0,39% d'ici à 2006, « comme tremplin vers l'objectif de 0,7% », permettra de dégager 22 milliards d'euros supplémentaires en faveur du développement durable, puis de 9 milliards d'euros par an après 2006. « Ces fonds iront en priorité à des projets relatifs à l'eau, l'énergie, la production alimentaire, l'éducation et la santé », a-t-il précisé. Evoquant les neuf milliards d'habitants que comptera la planète d'ici à cinquante ans, Romano Prodi a insisté sur la nécessité de rompre le lien entre croissance économique et détérioration de l'environnement, et a exprimé l'espoir que le Protocole de Kyoto puisse être rapidement mis sur les rails pour «engager le combat contre les gaz à effet de serre ». Il a en particulier lancé un appel au Président Poutine afin que la Russie ratifie le Protocole de Kyoto, estimant que ce serait là « un pas immense pour le rapprochement entre la Russie et l'Union » et « un message pour l'avenir, moral, politique et concret ».
Anders Fogh Rasmussen, qui préside le Conseil de l'Union, a délivré trois messages essentiels: 1) nécessité de donner la priorité à la lutte contre la pauvreté en favorisant la croissance et le développement dans les pays pauvres, qui doivent en contre-partie s'engager à respecter les principes de bonne gouvernance ; 2) nécessité que les pays riches prennent une plus grande part de responsabilité dans la lutte contre la pauvreté en s'engageant en plus grand nombre à respecter l'objectif de 0,7% du PNB pour l'aide publique au développement ; 3) obtention d'un environnement plus propre aillant de pair avec la poursuite des objectifs de croissance économique. Devant la presse, le Premier ministre danois a mis en garde contre un échec du sommet si celui-ci tente de résoudre en une seule fois tous les malheurs de la terre.
Le chancelier Schröder a vu dans les inondations récentes en Europe et en Asie la preuve tangible des changements climatiques qui rend d'autant plus évidente la nécessité d'une action décisive. Il a donc appelé le Sommet de la terre à faire pression sur les Etats pour qu'ils ratifient rapidement le Protocole pour lui permettre d'entrée en vigueur cette année, et a invité les Etats-Unis, le Canada et l'Australie à se joindre au combat collectif contre le réchauffement planétaire. Le Chancelier a par ailleurs annoncé que son pays était disposé à organiser une conférence internationale sur les énergies renouvelables.
Le Président Chirac a appelé tous les participants au Sommet à conclure « une alliance mondiale pour le développement durable » afin de remédier aux promesses non tenues de Rio. « La terre et l'humanité sont en péril, et nous en sommes tous responsables (…) Sur tous les continents, les signaux d'alerte s'allument (…) Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas pour les générations futures, celui d'un crime de l'Humanité contre la vie », a-t-il déclaré, en se prononçant notamment pour l'instauration d'un « prélèvement de solidarité » sur les richesses générées par la mondialisation et la mise en place d'une Organisation mondiale de l'Environnement.