Elseneur, 02/09/2002 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères européens ont pris leurs distances à l'égard des velléités des Etats-Unis d'intervenir militairement en Irak, de manière unilatérale, insistant sur l'autorité du Conseil de sécurité des Nations unies, lors de leur réunion informelle, samedi à Elseneur. "Nous continuons à nourrir des préoccupations à propos de la prolifération des armes de destruction massive", a reconnu le président du Conseil, Per Stig Moeller, en réaffirmant que "le régime irakien doit laisser entrer les inspecteurs d'armement de l'ONU, et il doit le faire immédiatement afin de déterminer avec certitude s'il y a ou non des armes de destruction massive". D'autre part, "c'est au Conseil de sécurité des Nations Unies de décider ce qu'il faut faire si l'Irak ne permet pas aux inspecteurs de l'ONU de reprendre leur travail", a-t-il déclaré. Per Stig Moeller a remarqué que pour l'heure "personne n'a proposé de commencer l'effort de guerre", et qu'il n'y a, de ce fait, "aucune raison que nous nous prononcions sur une guerre qui est hypothétique". Les Quinze ont donc réitéré leur appui aux efforts diplomatiques du Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, et il n'est pas question de "prendre d'autre décision pour le moment", a résumé le Haut Représentant pour la PESC, Javier Solana. "Il existe de profondes interrogations sur l'opportunité d'une action militaire unilatérale qui ne soit pas longuement méditée et partagée", a constaté le président de la Commission, Romano Prodi. Les ministres devraient revenir sur la question lors du Conseil Affaires générales du 30 septembre prochain.
La France et l'Allemagne ont affirmé le plus nettement leurs réticences à l'égard des tentations unilatérales des Etats-Unis. Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin a répété les propos tenus jeudi dernier par le président Chirac, en soulignant qu'il "appartient au Conseil de sécurité d'examiner l'ensemble des options, y compris militaires, qui pourraient être envisagées". A Elseneur, le chef de la diplomatie allemande, Joschka Fischer, a mis l'accent sur "le très grand danger" qu'une intervention militaire en Irak pourrait faire peser sur la stabilité de la région. Les réalités de la menace irakienne sont encore mal connues, a-t-il fait valoir. S'exprimant devant la presse en Allemagne, le ministre de la Défense, Peter Struck, avait déclaré que son pays retirerait ses spécialistes de la sécurité nucléaire et chimique placés au Koweït après les attentats du 11 septembre, si les Etats-Unis décident d'attaquer unilatéralement l'Irak sans mandat des Nations unies.
Le ministre britannique Jack Straw a mis l'accent pour sa part sur le consensus des Quinze autour de la nécessité de faire pression sur Bagdad pour que les inspecteurs des Nations unies soient réadmis. Il a remarqué que "tout le monde reconnaît que si les inspecteurs revenaient et étaient en mesure de faire pleinement leur travail, les risques que l'Irak pose et la nécessité d'une action militaire diminueraient". Le chef de la diplomatie britannique est revenu en partie sur l'idée de fixer une "date limite" pour le retour des inspecteurs, qui avait été mise en avant par la presse britannique la semaine dernière. "C'est une idée que nous n'avons pas discutée jusqu'à présent, mais c'est une possibilité", a-t-il commenté.
A Londres, le premier ministre Tony Blair avait remarqué devant la presse que "ne rien faire à propos des violations des résolutions des Nations unies n'est pas une option. C'est le seul point sur lequel il y a une décision pour le moment. Ce que nous allons faire reste une question ouverte". Créant un parallèle explicite avec les précédentes interventions alliées, il a rappelé au passage que , "au Kosovo et en Afghanistan, nous avons agi d'une manière calme et mesurée et avec le plus large soutien international possible".
La ministre espagnole des Affaires étrangères, Ana Palacio, s'est rangée plutôt du côté britannique en mettant en avant le "danger pour l'humanité" que représente Saddam Hussein. Elle a toutefois remarqué qu'il "existe encore des marges de pression diplomatique dans le cadre des Nations unies".