Strasbourg, 02/07/2002 (Agence Europe) - Lors du débat de mardi sur le bilan du semestre de présidence espagnole et le Conseil européen de Séville, aussi bien José Maria Aznar que Romano Prodi ont salué l'esprit de collaboration entre les institutions au cours de ces derniers mois et qui a abouti, à Séville, à la décision de mettre en place un « groupe technique de haut niveau » pour la coopération interinstitutionnelle et d'adopter d'ici la fin de l'année un accord interinstitutionnel permettant d'améliorer, comme l'a dit le président de la Commission, « la qualité et l'accueil réservé à notre législation ».
Dans son intervention, Romano Prodi a constaté en particulier que « les nouvelles règles approuvées à Séville pour le Conseil européen et les autres formations ministérielles et mes idées de réforme du collège des Commissaires ont beaucoup de points communs », qu'elles «prévoient un exercice plus souple et plus simple des activités propres à chaque institution, elles identifient une série de domaines et de tâches essentiels et elles confient ces activités à des instances de coordination ayant des responsabilités précises ». « Le moment est propice. Il convient de trouver tout de suite des solutions créatives grâce aux instruments dont nous disposons, c'est-à-dire « à traité constant » », a-t-il ajouté, en notant que « la coordination et la concertation des efforts de rationalisation en cours dans toutes les institutions sont fondamentales » et que cela se fait déjà « de façon presque spontanée », avec non seulement le rapport Solana et ses propres idées « sur la façon de modifier le mode de fonctionnement de la Commission », mais aussi avec le rapport Corbett adopté par le Parlement européen. M. Prodi a réaffirmé que l'impact de l'élargissement « doit être évalué immédiatement afin d'appliquer les mesures nécessaires avant 2004 ». Ceci sans empiéter sur le travail de la Convention, car « la Convention est sacrée », a assuré une fois de plus M. Prodi. L'élargissement a « soulevé un vent de réforme dans l'Union toute entière », a-t-il souligné, en se disant optimiste quant aux résultats du Conseil européen de Copenhague car, a-t-il dit, « pas après pas, nous sommes en train de vaincre les obstacles éventuels à la décision définitive sur l'élargissement ».
Au cours du débat, le président du groupe du PPE-DE, Hans-Gert Pöttering, a salué les succès de la Présidence espagnole en ce qui concerne le terrorisme, tout en invitant à ne pas assimiler le terrorisme et le monde arabe, mais à créer, en Afrique du Nord, des conditions permettant aux jeunes de ne pas voir l'émigration comme la seule solution. Louanges aussi de l'élu de la CDU pour les progrès sur l'élargissement, mais des critiques véhémentes contre le chancelier Schröder, qui «pose maintenant des conditions dans le domaine agricole » (Devant la presse, M. Pöttering a dit aussi que « selon nous le moment n'est pas venu pour fixer, sous présidence danoise, une date pour le début des négociations d'adhésion avec la Turquie »). Le bilan d'Enrique Baron, président du groupe socialiste, est plus sévère: selon lui, la Présidence a systématiquement évité tous les thèmes « chauds ». M. Baron s'oppose aussi à l'idée d'un président du Conseil européen pendant cinq ans: nous ne voulons pas le retour de l'empire romain-germanique, nous préférons la méthode communautaire, s'est-il écrié. La Présidence espagnole a « dépassé mes attentes », a dit le président du groupe libéral, Graham Watson. Le critère clé du succès de Séville était, pour les libéraux, des conclusions acceptables sur l'immigration et l'asile: le débat est allé vraiment au coeur du problème, estime M. Watson, qui regrette cependant que José Maria Aznar « se soit précipité pour jouer Don José devant Tony Blair/Carmen». Vous avez montré une formidable capacité d'adaptation, s'est exclamé, non sans ironie, Salvador Jové Peres, au nom du groupe de la Gauche unitaire/Gauche verte nordique: vous avez intégré la priorité de l'immigration, mais dans une optique répressive, a-t-il remarqué en particulier. Ironique aussi, Monica Frassoni, co-présidente du groupe des Verts/ALE: la présidence vous a tellement plu, a-t-elle dit à M. Aznar, que vous avez développé une vision où les gouvernements « restent les maîtres» de l'Union. L'Irlandais Gerard Collins (Union pour une Europe des nations) s'est félicité surtout des déclarations adoptées à Séville sur la neutralité irlandaise. Et Jens-Peter Bonde, président du groupe Europe des démocraties et des différences, admet les progrès réalisés en matière de transparence, même s'il estime qu'ils ne vont pas assez loin. Et il accuse: ils ont été bloqués par la France et le Luxembourg.
En répondant aux députés, José Maria Aznar s'est défendu contre les critiques concernant l'immigration et l'asile: c'est de la démagogie que de penser que l'Union puisse avoir une véritable politique de l'immigration sans faire une distinction entre immigration légale et illégale, s'est-il exclamé, tout en affirmant que la politique de l'Union sera « positive ». Quant à l'élargissement, il a affirmé que des décisions seront prises en novembre, et qu'il « espère et désire » que le calendrier soit respecté.
Quant au président Prodi, il a annoncé une « initiative communautaire pour l'Afrique », à partir des conclusions du Sommet du G8 au Canada, et, en répondant à Mme Frassoni, il a assuré: la Direction générale « développement » de la Commission sera maintenue, et même renforcée. Il n'y a pas de « plan B » ou de « porte latérale » pour l'éventualité d'un « non » au référendum irlandais sur le Traité de Nice, a-t-il dit enfin à l'Irlandaise Avril Doyle.