Bruxelles, 31/05/2002 (Agence Europe) - L'UE, qui envisage de prendre au plus tard le 18 juin des sanctions contre les Etats-Unis en rétorsion aux droits de douane instaurés par ceux-ci sur leurs importations d'acier, pourrait repousser au-delà de cette date l'application de ces sanctions, a indiqué vendredi une source européenne proche du dossier, précisant que "en cas d'échec des négociations avec les Américains sur les compensations (...), la tactique proposée par la Commission européenne est de déclencher le mécanisme des sanctions à la date limite du 18 juin sans pour autant "tirer" tout de suite". Objectif: accorder un délai supplémentaire aux Etats-Unis qui ont jusqu'au 3 juillet pour décider de mesures d'exonération en faveur des sidérurgistes européens. Cette approche doit toutefois recevoir l'aval du Conseil. Bien que la Commission européenne confirme vouloir obtenir réparation pour les quelque 2,5 milliards d'euros de pertes de recettes provoquées par les droits américains et ne pas courber l'échine, les déclarations faites par certains diplomates à Bruxelles à l'issue de la rencontre entre le sous-secrétaire d'Etat américain au commerce Grant Aldonas et le directeur général de la Commission chargé du commerce Mogens Peter Carl (voir EUROPE d'hier, p. 7) laissent à penser que le "front européen" est susceptible de se lézarder. Selon ces diplomates, adoptant le vieux précepte "diviser pour régner", les Etats-Unis chercheraient à offrir à leurs "amis" en Europe des exemptions afin de réunir une minorité de blocage au Conseil pour contrer les projets de la Commission. L'Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède et les Pays-Bas se sont dits intéressés par des exemptions qui, selon la Commission, ne peuvent se comprendre que dans le cadre d'un accord global. Dans ce contexte, la tactique consistant à "armer sans tirer" évoquée vendredi apparaît comme une solution permettant de gagner du temps en vue de trouver une solution négociée avec Washington et d'éviter le déclenchement d'une guerre commerciale transatlantique dont beaucoup d'Européens, en particulier les Allemands et les Suédois, redoutent les retombées. Le porte-parole de Pascal Lamy, Antony Gooch, a pour sa part indiqué vendredi à la presse que la Commission s'apprêtait à présenter aux Représentants permanents des Quinze, l'après-midi même, un plan révisant la stratégie de l'UE sur l'acier.