Bruxelles, 26/04/2002 (Agence Europe) - Les négociateurs chiliens et européens ont conclu vendredi matin les négociations d'un accord d'association et de libre-échange, qui prévoit la libéralisation sur une période de 7 ans pour l'industrie et 10 ans pour l'agriculture. "Cet accord est le plus ambitieux du point de vue commercial que l'UE ait conclu. Il comprend la création d'une zone de libre-échange, un dialogue politique et une large coopération", a déclaré le Commissaire au Commerce, Pascal Lamy. "Après 24 heures de négociations, nous sommes parvenus à un accord ambitieux qui couvre les biens, les services, les investissements, les marchés publics, la propriété intellectuelle et les règlements des différends", a souligné la ministre chilienne des Affaires étrangères, Soledad Alvear. L'accord politique devrait être soumis aux Etats membres puis être confirmé officiellement lors du Sommet UE/Amérique latine/Caraïbes les 17 et 18 mai à Madrid. Il sera ensuite paraphé et soumis à la ratification des Parlements européen et nationaux. Après un ultime round de négociation de deux semaines et 24 heures de marathon, les négociateurs ont convenu que:
Dans le domaine industriel, l'UE devra supprimer immédiatement les droits de douane sur environ 90% des importations en provenance du Chili (notamment pour les produits textiles) et supprimer les droits sur les 10% restant au bout de trois ans. Le Chili ouvrira ses frontières après des périodes de transition de 3, 5 et 7 ans (notamment pour les produits chimiques, les peintures et plastiques). L'asymétrie dans le rythme de la libéralisation tient compte des niveaux de développement des deux parties, a souligné le Commissaire Lamy.
Dans le secteur agricole, 97 à 98% des échanges seront libéralisés sur une période de dix ans pour les deux parties. Certains produits sensibles pour l'UE, comme le jus d'orange, le porc, le mouton, l'ail seront libéralisés dans le cadre de quotas. Le Chili a imposé de son côté un contingent sur l'huile d'olive, par exemple. L'UE a accepté de faire certaines concessions réclamées par le Chili dans le secteur agro-industriel, notamment pour les biscuits et la confiserie, en levant les droits spécifiques à l'intérieur de contingents tarifaires.
Dans le secteur de la pêche, les négociateurs n'ont pas conclu un accord sur l'accès aux ressources, mais sur l'accès réciproque aux marchés pour les exportations de poissons, a souligné le Commissaire Lamy. Le Chili devrait toutefois modifier sa législation sur les investissements, afin de permettre aux entreprises européennes de pêche d'accéder aux eaux chiliennes sous pavillon chilien, par le biais d'entreprises communes. La libéralisation se fera sur une période de dix ans pour 93% des échanges existants. L'UE a exclu deux produits sensibles de la libéralisation: le merlu frais et les longes de thon. Après de difficiles tractations, les deux parties sont parvenues à un accord sur les règles d'origine dans le domaine de la pêche. "Il s'agit d'un accord très satisfaisant pour les deux parties et notamment pour le Chili, puisqu'il exporte pour 250 millions de dollars de produits de la pêche en Europe contre 7 millions de dollars d'exportation de l'UE vers le Chili", a indiqué le porte-parole du Commissaire, Anthony Gooch. Les deux parties devraient publier une déclaration précisant que l'accord ne modifie par leurs positions sur les définitions des eaux territoriales dans les enceintes internationales, un sujet sensible pour le Chili.
Dans le secteur des vins et spiritueux, l'accord sur la reconnaissance des appellations est "un bon accord qui donnera aux producteurs chiliens de bonnes opportunités d'accès aux marchés européens", a assuré la ministre Soledad Alvear. Le Chili a accepté de retirer certaines marques commerciales et de reconnaître les indications géographiques sur une période de 5 ans pour ses exportations et de 12 ans sur son marché national. Des expressions traditionnelles européennes telles que "Château", "clos" ou "classico" devront être protégées sur le marché chilien, a indiqué un négociateur européen.
Dans le domaine des services, "l'UE a négocié pour la première fois un accord complet", a souligné un négociateur en rappelant que dans le cas du Mexique, les négociateurs ont convenu uniquement un "stand still" et fixé une clause de rendez-vous. Dans le secteur des services financiers, l'accord "assure une couverture importante" et "nous sommes allés très loin des deux côtés", assure un négociateur européen. Les Européens auront accès aux fonds de pension, sauf les fonds de pension publics garantissant les retraite des salariés: "c'est une question politiquement très importante pour le Chili", indique la même source, en soulignant que "le message est très clair et l'accord le dit, nous respectons le fonctionnement du système social chilien et nous ne nous lançons pas dans une opération ultralibérale sur les fonds de pension chiliens, comme d'autres le souhaitent". Dans le secteur des télécommunications, l'UE a obtenu de consolider son accès, mais pas pour les réseaux locaux. "La générosité chilienne a été à la hauteur de la générosité européenne", remarque un négociateur européen, en soulignant que certains Etats membres n'ont pas accepté de faire des concessions sur la libre prestation de services pour les personnes physique, réclamée par le Chili.
Les négociateurs sont parvenus en outre à des accords sur les règles phytosanitaires et sur les règles d'origine après de difficiles discussions, notamment pour des secteurs comme les vélos, l'électroménager ou les fruits en conserve.