Bruxelles, 26/04/2002 (Agence Europe) - Le Sommet transatlantique du 2 mai prochain sera placé sous le signe de l'apaisement, voire de la détente. Dans un contexte particulièrement pesant aussi bien sur le front commercial que politique, les Européens et les Américains s'apprêtent à faire, à Washington, la démonstration de la solidité et de l'authenticité de leur partenariat, en dépit des querelles, inévitables dans un couple aussi uni, qu'ils gèrent de manière « constructive » et qui n'ont pas l'impact que leur médiatisation « outrancière » laisse à croire. Dans un climat qui renverra sans doute les observateurs à celui de l'après 11 septembre - auquel contribuera la bonne entente entre MM.Bush et Aznar, l'Union et les Etats-Unis mettront en évidence la magnitude de ce qu'ils ont en commun et leurs succès, en tirant profit de cette atmosphère porteuse pour étendre encore le champ d'une coopération économique et politique déjà très étroite et qui, pour l'essentiel, «fonctionne incroyablement bien ». Parviendront-ils cependant à convaincre que cet « indispensable partenariat » est bien vivant, que le leadership transatlantique n'est pas seulement le voeu pieu de quelques visionnaires mais une réalité ?
Les Sommets transatlantiques ayant été ramenés - de «commun accord» - à un rythme annuel, cette rencontre entre George W. Bush et l'équipe européenne au complet (Romano Prodi, Chris Patten et Pascal Lamy du côté de la Commission, ainsi que José Maria Aznar pour la Présidence du Conseil et le Haut Représentant de l'Union Javier Solana) se déroulera sur une demi-journée. Du côté américain, on prévoit « beaucoup de discussions » sur la lutte contre le terrorisme et la possibilité de « trouver de nouveaux terrains pour notre coopération, que ce soit la police, la justice, les sanctions du financement des activités terroristes, etc.), ainsi que sur le Proche-Orient. Pour ce qui est du conflit israélo-palestinien, les dirigeants européens et américains tâcheront au moins de mettre l'accent sur leur coopération et « le fait que nous sommes sur la même longueur d'onde en ce qui concerne la nécessité d'arrêter la violence et pousser les deux parties à revenir à la table de négociations ». Pour le restant, «tout est possible mais rien n'est clair pour l'instant. Le 2 mai, c'est encore trop loin et la seule chose à peu près sûre à ce stade est que l'on va en parler. Les intérêts sont très intenses de part et d'autre de l'Atlantique », indiquait-on de même source. Les dirigeants feront ensuite le point sur la situation en Afghanistan et la coopération sur le plan diplomatique et en matière d'assistance, une coopération qui est « exemplaire depuis le mois de novembre », notamment sur la formation du nouveau gouvernement à Kaboul et le fonds de reconstruction. «On est en contact presque constant et ça marche très, très bien ». Idem pour les Balkans où « notre coopération a été très bonne ces dernières années » (alors qu'il y a dix ans ils étaient une source de tension entre les deux rives de l'Atlantique). Sur le front économique, les Européens et les Américains focaliseront l'attention sur « l'agenda pour des échanges commerciaux favorables ».
L'idée qui sous-tend cette initiative - européenne au départ, mais qui répond à des « objectifs politiques partagés » - est de renouveler le dialogue transatlantique sans revenir sur ses fondements, à savoir le Nouvel Agenda Transatlantique et le Plan d'action commun de 1995. Cette démarche ne se limite pas au domaine commercial, mais c'est évidemment là que les résultats les plus visibles et immédiats - en bref, « vendables » - peuvent être escomptés (voir EUROPE du 25 avril, p.11). L'agenda « positif » qu'il leur reste encore à finaliser recense les nouveaux domaines où les partenaires pourraient renforcer leur coopération:
- en la portant un cran plus loin - réglementations, protection de la propriété intellectuelle, prototypes de systèmes électroniques de procédures douanières, fiscalité de l'épargne, accès aux marchés publics, réduction des subventions dans les secteurs industriels clés, non prolifération, etc.;
- afin d'y intégrer les nouveaux domaines de compétence communautaire - espace aérien transatlantique, libéralisation de l'accès aux marchés, fiscalité, judiciaire;
- pour faire face aux nouveaux défis - sécurité et diversité des approvisionnements énergétiques et gestion de la demande, fonctionnement du marché pétrolier en relation avec l'évolution de la situation sur le plan politique, stratégie commune d'accès aux médicaments et de lutte contre les maladies transmissibles, sécurité des transports aériens et maritimes, questions d'interopérabilité, de fréquences et de sécurité des systèmes de navigation par satellite (tels que Galileo que l'UE vient de lancer en dépit des réserves américaines), ainsi que les problèmes de surcapacité à l'échelle mondiale pour l'accès à l'espace, les normes et contrôles de l'agriculture biologique (si possible un arrangement de reconnaissance mutuelle), la coopération dans le domaine de l'étiquetage environnemental;
- et en renforçant la contribution que le dialogue transatlantique entre les acteurs de la société civile apporte au partenariat.
Les dirigeants européens et américains pourraient finaliser une partie de cette liste qui n'est qu'indicative à ce stade et, ce faisant, montrer qu'ils contribuent à l'ouverture des marchés et à la facilitation des échanges tout en renforçant leur coopération réglementaire, qu'ils recherchent des approches communes pour ce qui est des relations entre les pouvoirs publics et l'industrie et qu'ils procurent en quelque sorte « un modèle » sur la scène internationale.
Enfin, ils reviendront sur les résultats de la conférence de Monterrey et leurs projets pour le Sommet de Johannesburg sur le développement durable (voir p.17 au sujet de la récente visite à Washington de la Commissaire à l'Environnement Margot Wallström). « Depuis quelques mois, on est beaucoup plus proches l'un de l'autre qu'avant », indique-t-on du côté américain, tout en ajoutant: « Cela dépend du sujet mais pour ce qui est de la lutte contre la pauvreté, on parle très règulièrement et on est plus proches que beaucoup de monde le pense ».
Les Etats-Unis soulignent le côté positif de la relation transatlantique
Selon un haut responsable américain qui s'exprimait, vendredi, sous couvert de l'anonymat dans une interview exclusive à l'Agence Europe, cette rencontre s'annonce « positive », ne serait-ce que parce que l'Amérique de George W.Bush est aussi déterminée que l'Union à démontrer à son opinion publique (et sans doute aussi au reste du monde: NdlR) que, même dans cette cette période particulièrement difficile, l'importance de la relation transatlantique reste entière et qu'elle « fonctionne bien » dans sa globalité. Les fortes tensions, ouvertement assumées et gérées en adultes n'ont en aucun cas rompu « l'élan positif suscité » par les attentats du 11 septembre, qui « nous a forcés à réaliser combien nous avons en commun en comparaison avec ce qui nous divise ». Les dirigeants américains et européens, « le Président Bush et le Premier ministre (espagnol) Aznar (…) vont oeuvrer d'arrache pied pour faire passer le message selon lequel le côté positif de la relation est bien plus vaste que son côté négatif, a-t-il dit sans mentionner le reste de l'équipe communautaire. Les sujets qui fâchent seront inévitablement de la partie « mais nous les gérerons », a-t-il dit, en assurant que « même - et peut être surtout - sur le plan économique, notre relation est formidable-, (que) les disputes, et certaines sont de grosses disputes, peuvent être gérées et sont la portion congrue de l'ensemble de la relation ». C'est le cas du conflit juridico-commercial sur l'acier qui, selon les Américains, tourne autour de la méthodologie pour déterminer s'il y a eu une hausse absolue de leurs importations, justifiant au regard des règles de l'OMC qu'ils barrent la route aux produits sidérurgiques étrangers depuis le 20 mars dernier. A ce stade, l'accent est mis du côté européen sur l'obtention des compensations commerciales auxquelles ils estiment avoir droit dans la mesure où la sauvegarde américaine ne répond pas à une hausse inhabituelle des importations (leur période de référence s'étalant sur les quatre dernières années, c'est-à-dire après le « pic » provoqué par la crise asiatique dont Washington tient évidemment compte). Les Etats-Unis, selon ce haut responsable, sont d'accord sur le principe des compensations, l'astuce juridique pour éviter de reconnaître, ce faisant, que leur dispositif est illégal (cette question relève désormais des compétences de l'OMC) étant de parler d'une «concession de rééquilibrage » à opérer entre l'Union, le Japon, la Chine et les autres partenaires commerciaux qui exigent des compensations. De telles « mesures ne sont pas absolument requises (…), mais nous examinons sérieusement ces demandes (UE, Japon, Chine, etc.). Il n'y a encore rien de définitif. Nous essayons de trouver un moyen de gérer ce différend qui satisfasse les deux parties», a dit le responsable. Interrogé sur la propension américaine à recourir unilatéralement à des mesures protectionnistes pour tenter de résorber des problèmes qui peuvent être considérés, dans l'absolu, comme des problèmes macro-économiques, y compris le déficit persistant de leur balance commerciale et la crise sidérurgique, ce haut responsable a répondu, en récusant l'allégation d'unilatéralisme: « Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à prendre des mesures commerciales qui tendent à améliorer la situation au plan national. Nous faisons tous cela », mais « nous restons dans le cadre de l'OMC. Nous (les Etats-Unis) jouons sur la scène internationale dans le respect des règles du jeu».