Bruxelles, 12/04/2002 (Agence Europe) - Le dernier cycle de négociations en vue de la conclusion d'un accord d'association entre l'Union européenne et le Chili commence le 15 avril à Bruxelles. L'accord, que la Commission souhaiterait voir conclu avant le Sommet de Madrid des 17 et 18 mai, sera d'ordre politique, dans la mesure où le texte n'aura pu être finalisé pour cette échéance. D'ici là, même si un certain nombre de chapitres sont d'ores et déjà clos, les négociateurs devront s'accorder sur plusieurs points sensibles comme la pêche, les vins et spiritueux et le régime applicable aux produits agricoles, et aussi sur des dossiers encore plus sensibles tels que les services financiers, les règles d'origine et l'ouverture des marchés publics. Selon les milieux proches de la Commission, les parties veulent un accord extrêmement ambitieux. Pour la première fois, en effet, un accord d'association conclu par l'UE portera non seulement sur le démantèlement des droits applicables aux produits industriels et agricoles mais aussi sur la création d'une zone de libre-échange dans le domaine des services. L'accord couvrira aussi les domaines suivants: propriété intellectuelle, ouverture des marchés publics, investissements, facilitation du commerce et commerce électronique. A Bruxelles, on ne cache pas vouloir "un accord du XXIème siècle" ou encore "un accord OMC+", un accord qui constitue une manière de précédent.
La semaine prochaine, négociateurs européens et chiliens n'auront plus à se soucier des volets de l'accord relatif à la propriété intellectuelle et à la facilitation du commerce, car toutes les difficultés ont été réglées dans ces deux domaines. Les volets concurrence et des investissements ne devraient pas non plus soulever de difficultés particulières. En revanche, un équilibre devra être recherché sur plusieurs autres chapitres. Il en va ainsi de la pêche. L'Union et en particulier l'Espagne et le Portugal souhaiteraient pouvoir pêcher dans les eaux chiliennes, alors qu'actuellement ni la pêche ni les investissements étrangers dans le secteur ne sont possibles au Chili. La solution qui semble se dessiner consisterait à ce que le Chili autorise les investissements européens dans le secteur, ce qui permettrait aux Européens d'exercer des activités de pêche dans les eaux chiliennes, mais sous régime chilien. Par ailleurs, si aucun problème ne se pose pour le démantèlement tarifaire pour les produits industriels, la question du démantèlement pour les produits agricoles et les produits agricoles transformés se révèle plus délicate. Le Chili aurait notamment fait des demandes jugées excessives pour ses exportations de produits agricoles transformés; la protection du secteur laitier au Chili pose par ailleurs des problèmes aux Européens. Quant aux vins et spiritueux, il faudra résoudre le problème des appellations d'origine et des indications géographiques. Le Chili autorise l'utilisation de marques commerciales telles que Champagne ou Cognac, alors que ces appellations sont protégées dans l'Union, qui souhaite le retrait de ces marques, ce que le Chili a jusqu'à présent refusé. La solution pourrait consister en l'établissement d'une période transitoire pour leur disparition, à moins que les négociateurs ne se livrent à un marchandage du type retrait des marques commerciales en échange d'un meilleur accès des produits agricoles au marché communautaire.
Si la partie européenne semble confiante en l'aplanissement des difficultés évoquées, les préoccupations sont en revanche plus vives s'agissant des services, des règles d'origine et des marchés publics. A Bruxelles, on estime que l'offre chilienne relative aux services est insuffisante et on attend toujours l'offre sur les services financiers, qui devrait arriver dimanche soir: l'UE demande une plus grande ouverture des marchés aux entreprises européennes que redoutent les Chiliens. Le Chili souhaite en outre protéger son système de fonds de pension, et l'Union ne demandera pas de mesures de libéralisation susceptibles de porter atteinte à ce système. Elle entend aussi se montrer attentive aux demandes chiliennes en matière de protection de la balance des paiements et de liberté d'action de la Banque centrale. Quant aux marchés publics, l'UE offre l'accès aux siens et demande la réciprocité, mais elle attend encore l'offre chilienne. La question des règles d'origine risque aussi de soulever certaines difficultés. Le Chili souhaiterait des "flexibilisations", dans la mesure où les activités de transformation y sont nombreuses, mais ceci pose un problème à l'UE qui redoute une extension indirecte du bénéfice du futur accord d'association à d'autres pays tiers. Enfin, l'accès au réseau de télécommunications chilien préoccupe les Européens: aucune offre chilienne n'a été formulée dans ce domaine.