login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8186
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/proche-orient

Les députés européens se relaient en Palestine pour être témoins - Tous les groupes politiques réclament le respect du droit international et le retrait des troupes israéliennes mais des divergences subsistent sur la suspension de l'accord d'association avec Israël

Bruxelles, 05/04/2002 (Agence Europe) - Un groupe de députés européens, comprenant le président français du groupe de la gauche unitaire, Francis Wurtz, la verte française Alima Boumediene-Thiery, les Français Alain Krivine et Roseline Vachetta (Ligue communiste révolutionnaire), le grec Alexandros Alavanos (SYN), a quitté vendredi matin Jérusalem pour se rendre à Ramallah, où se trouvait déjà l'Italien Claudio Fava (Democratici di Sinistra). Ce groupe a ainsi pris le relais de la présidente de la délégation du PE pour les relations avec le Conseil législatif palestinien, l'Italienne Luisa Morgantini (PRC) qui est rentrée jeudi à Bruxelles pour témoigner devant la conférence des présidents des groupes politiques du Parlement. Un témoignage d'une « grande franchise et d'une grande humanité » accueilli, selon le porte-parole du président Cox, David Harley, avec une «intense émotion ».

Une journée ordinaire à Ramallah, relatée par Mme Morgantini

« J'ai simplement fait le récit d'une journée ordinaire à Ramallah, une journée que je ne pourrais jamais oublier », a dit Mme Morgantini en nous répétant son récit. La journée débute avec l'image du corps nu d'un jeune homme exécuté et laissé sous un figuier, puis de vieillards abandonnés à leur sort, sans eau ni nourriture, a-t-elle dit avant d'expliquer qu'elle a rejoint avec un groupe de pacifistes un centre médical. Sur place, elle a vu arriver un bataillon de l'armée israélienne comprenant six chars et un groupe de soldats qui ont commencé par démolir l'entrée de l'immeuble qui faisait face au centre médical. Ils en ont fait sortir 20 hommes qu'ils ont humiliés dans la rue, puis les chars ont commencé à tirer sur l'immeuble et un homme s'est jeté par la fenêtre du troisième étage, raconte Mme Morgantini qui poursuit: « Ensuite, ils sont venus au centre médical pour exiger l'évacuation en affirmant qu'ils allaient détruire le bâtiment. Avec le médecin, nous avons essayé de leur faire comprendre qu'il n'y avait pas de terroristes dans ce lieu. Après une vive discussion, ils ont accepté de visiter le bâtiment, y compris le sous-sol, mais en utilisant les civils comme boucliers humains, ce qui est contraire au droit international. Ils ont pu constater qu'il n'y avait pas de Palestinien qui se cachait, mais ils nous ont fait évacuer les lieux et ont séparé les hommes et les femmes à l'extérieur avant de détruire le centre médical ». Mme Morgantini a encore évoqué la mort d'une jeune femme abattue sans raison, la fosse commune installée en face de l'hôpital parce que les Israéliens ont interdit les enterrements, une femme enceinte contrainte d'accoucher dans la rue, parce que l'ambulance ne parvenait pas à franchir les barrages, et dont l'enfant est mort. « Cette occupation totale et cette cruauté ne sont pas une façon de combattre le terrorisme. Elles ne peuvent qu'en susciter davantage », a-t-elle dit en soulignant les violations des droits de l'Homme et du droit international. « Il faut arrêter cela ! », s'est exclamé Mme Morgantini en plaidant pour une « paix juste » et en déplorant que « l'Union européenne soit trop faible ». « Elle n'avait pas à demander la permission de Sharon pour aller voir Arafat. Il lui suffisait d'y aller. Elle en a les moyens », a-t-elle constaté tout en indiquant qu'elle ne demandait pas une intervention militaire. Plaidant pour le renforcement des pressions contre le gouvernement israélien, elle s'est prononcée pour des sanctions et en particulier la suspension de l'accord d'association UE-Israël qui prévoit clairement cette possibilité lorsque les droits de l'Homme sont violés et le droit international bafoué. Lors de la réunion de la conférence des présidents, la vice-présidente de la délégation pour les relations avec la Knesset, Cristina Gutiérrez-Cortines (PPE, espagnole), a elle aussi insisté sur la nécessité d'agir et de mettre un terme à cette situation dramatique.

La discussion au sein de la conférence des présidents a abouti à l'inscription d'un débat suivi d'une résolution lors de la session plénière de la semaine prochaine. Tous les groupes politiques demandent le retrait de l'armée israélienne des villes palestiniennes mais des divergences subsistent sur d'autres initiatives. Le groupe socialiste a rejoint le groupe GUE/NGL pour demander la suspension de l'accord d'association, mais les verts n'ont pas encore pris position. Le PPE/DE et les libéraux n'y sont pas favorables. Les libéraux souhaitent toutefois la présence d'observateurs internationaux et préconisent un embargo sur les livraisons d'armes à Israêl. L'envoi éventuel d'une délégation du Parlement conduite par son président a aussi été évoquée à la demande des groupes GUE/NGL et Verts/ALE, mais M. Cox souhaite attendre un moment plus favorable ainsi que le résultat du débat au Parlement pour mieux cerner les objectifs d'une telle mission.

Cinq députés européens ont pu, vendredi matin, pénétrer dans Ramallah par des voies détournées, au moment même où l'émissaire américain, Anthony Zinni, rencontrait Yasser Arafat, alors que la veille M. Sharon s'était opposé à une visite similaire de MM. Piqué et Solana et que le président du Conseil européen, José Maria Aznar s'était lui-même vu éconduire par M. Sharon malgré une conversation téléphonique de plus d'une heure. « Cela devrait servir de leçon à l'Union européenne », qui doit en tirer les conséquences à la fois en ce qui concerne « l'exigence de s'émanciper de la tutelle des Etats-Unis » et pour ce qui est de l'Accord d'association, en raison des violations des droits de l'Homme, mais aussi « parce qu'avec un tel comportement, on ne peut plus parler d'association », nous a déclaré M. Wurtz. L'objectif des députés était de « témoigner notre solidarité au peuple palestinien » et de « témoigner au retour », a ajouté M. Wurtz joint par téléphone à Jérusalem. Et d'ajouter, en évoquant l'image d'Israël sur la scène internationale: « Cette opération militaire israélienne doit avoir un prix élevé, le plus élevé, le plus vite possible. Ce n'est que par l'isolement que l'on pourra arrêter le bras de Sharon ».

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
CALENDRIER
INTERPENETRATION ECONOMIQUE