Caceres, 08/02/2002 (Agence Europe) - Les ministres européens des Affaires étrangères ont entamé vendredi soir les discussions sur le financement de l'élargissement de l'UE (voir plus loin), lors de leur réunion informelle de type « Gymnich » à Caceres, dans l'Estrémadure, à l'Ouest de l'Espagne. Signe avant coureur de délibérations qui s'annoncent difficiles, l'arrivée de plusieurs ministres a été longuement retardée par des bancs de brouillard à l'aéroport… . Le Conseil a finalement pu commencer, seulement en milieu d'après midi, le déjeuner consacré à la situation dans les Balkans.
Les ministres ont soutenu sans réserve les efforts du Haut Représentant pour la PESC, Javier Solana, visant à appuyer le maintien de l'unité de la République fédérale de Yougoslavie. Dans cette optique, le Haut Représentant devrait rencontrer dimanche soir à Bruxelles le président du Monténégro, Milo Djukanovic, afin de plaider la cause d'une fédération « renouvelée », au nom des intérêts politiques mais aussi économiques de ses entités, a indiqué vendredi la porte-parole de Javier Solana. Le Haut Représentant devrait souligner que la voie de l'intégration avec l'Union européenne ne sera pas facilitée par la désintégration de la Fédération, a-t-elle précisé. Javier Solana a indiqué que les Etats-Unis l'avaient assuré de leur soutien, lors de sa dernière visite à Washington.
L'idée d'une intervention militaire européenne en Macédoine a en revanche été accueillie avec réserve par une majorité d'Etats membres, dont l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Portugal, l'Irlande, l'Autriche et la Finlande. L'Espagne, soutenu par Javier Solana, avait lancé la semaine dernière l'idée d'une première intervention de la force militaire européenne, qui prendrait le relais de la mission de l'OTAN, Amber Fox. La force militaire européenne aurait alors la tâche de protéger les quelque 120 observateurs européens sur le terrain. Au cours de cette discussion préliminaire, les ministres ont convenu de revenir sur la question lors de la réunion formelle du Conseil Affaires générales en mars.
« L'Union européenne est prête à la faire si c'est nécessaire, mais il n'y a pas encore de décision », déclarait Javier Solana avant l'ouverture de la réunion, en précisant qu'en tout état de cause une telle intervention ne serait pas envisagée avant l'été. « L'OTAN poursuivra probablement l'opération Amber Fox au moins jusqu'à cet été. Nous devons voir si cette opération doit ensuite continuer ou si l'UE prendra la relève. Un accord avec l'OTAN serait, pour cela, préférable », avait déclaré pour sa part le président du Conseil, Josep Piqué. Pour l'heure, le mandat d'Amber Fox, qui expire le 26 mars, devrait être renouvelé très prochainement pour une période de trois ou six mois. Lord Robertson avait annoncé mercredi qu'il s'attendait à recevoir une demande formelle des autorités macédoniennes, lors de sa visite vendredi et samedi à Skopje. Au cours d'une longue discussion à ce sujet à Caceres, plusieurs ministres ont émis des réserves, en soulignant la difficulté d'une telle opération en l'absence d'accord formel entre l'UE et l'OTAN sur l'utilisation des capacités de commandement de l'Alliance atlantique. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas, en particulier, ont insisté pour qu'une telle opération ne mette pas en péril le rôle de l'Alliance. Le Portugal, par exemple, a soulevé des questions techniques, telles que l'absence de système de communication. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, a déclaré devant la presse que les « idées de Solana sont très intéressantes » et méritent d'être discutées. «Il ne s'agit pas de quelque chose de nouveau, puisque les Européens supportent déjà l'essentiel du fardeau dans les Balkans », a-t-il précisé en ajoutant toutefois qu'il faudra prendre en compte la position des Etats-Unis et des pays de l'OTAN qui ne sont pas membres de l'UE (la majorité des 700 effectifs d'Amber Fox sont d'ailleurs des Allemands: NdlR). Les objections allemandes ne relèvent pas d'une « question de principe mais technique », notait en a parte un diplomate allemand, en soulignant que la décision d'une intervention militaire européenne doit être fondée sur une analyse de la situation sur le terrain, des relations avec l'OTAN et relation entre la Macédoine et ses voisins.
Les ministres ont confirmé par ailleurs une nouvelle fois que la décision formelle d'envoyer une force européenne de police en Bosnie début 2003 devrait être confirmée lors du Conseil Affaires générales du 18 février (voir EUROPE d'hier, p.5). Restent à régler les questions budgétaires et de la responsabilité politique de l'opération. Pour régler ce dernier problème, Javier Solana propose que Paddy Ashdown, remplaçant de l'ambassadeur Petritsch comme représentant de la communauté internationale en Bosnie, soit aussi le représentant de l'Union européenne.