Bruxelles, 08/02/2002 (Agence Europe) - La position de l'Union sur les conditions d'accession de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est « raisonnable », a fait valoir un haut responsable européen, à l'issue d'un entretien ce jeudi à Moscou avec le vice-ministre de l'Economie Maxim Medvedkov. Les pourparlers bilatéraux, qui ont repris en début de semaine à un niveau plus technique, butent essentiellement sur l'ouverture des marchés des services financiers et des télécommmnications, ainsi que sur les subventions à l'agriculture. Le rythme doit cependant s'accélérer au cours des prochains mois, en vue de permettre à la Russie d'intégrer le « Club » au printemps 2003, comme elle le souhaite et comme le prédit le directeur général de l'institution.
« Si les Russes maintiennent leur position actuelle, les discussions vont être très difficiles dans le domaine des services », a indiqué Hervé Jouanjean, Directeur à la DG Commerce de la Commission européenne, qui conduisait la délégation communautaire à Moscou. Selon lui, les autorités russes affichent un « manque d'ambition, tant pour l'ouverture des marchés de services financiers que des télécommunications, que pour ajuster leur économie aux normes internationales ». A l'heure actuelle, les opérateurs étrangers qui souhaient faire leur entrée sur le marché financier et bancaire se voient imposer des limites de contrôle sur les sociétés qui les représentent en Russie et des créneaux dans lesquels ils peuvent opérer. Pour ce qui est de l'agriculture, les deux parties ont encore un long chemin à parcourir, estime M. Joueanjan. Par ailleurs, il reste sceptique quant au statut d'économie de marché revendiqué par Moscou: «Lorsque je vois, par exemple, le prix du gaz sur le marché interne et du côté des exportations, il y a au moins quelques points d'interrogation », a-t-il indiqué. Plus généralement, la Commission objecte à l'exigence d'un traitement « standard » de la candidature russe à l'OMC. « Cela n'existe pas (…). Les conditions d'accession de chaque nouveau membre sont déterminées au cas par cas » et dans celui de la Russie, l'Union est « moins ambitieuse » que pour la Chine, par exemple, le but étant d'obtenir une «amélioration de la situation actuelle pour l'accès des produits et services européens au marché russe, tout en tenant compte du stade atteint par la Russie dans sa transition vers une économie de marché », souligne-t-on à Bruxelles. La Commission fait néanmoins état de « progrès » sur les tarifs industriels et l'adoption d'une nouvelle législation couvrant les droits de propriété intellectuelle lui semble encourageante. Chacun a « considérablement avancé dans sa compréhension des positions » de l'autre partie, résume le porte-parole dans un communiqué.
Peu avant cette visite, les autorités russes avaient affiché leurs exigences et les limites de ce qu'ils peuvent accepter. Le Premier ministre Mikhail Kasyanov a lui-même (selon Interfax) ouvert le concert de déclarations à New York, dans le cadre du Forum économique mondial, en espérant que l'Union ne fera pas « obstruction » dans le processus d'accession. La Russie doit obtenir « des termes non discriminatoires », et la reconnaissance, déjà accordée par Washington, de son statut d'économie de marché. « Vous pouvez arguer que l'économie russe n'est pas aussi ouverte que celles d'autres pays européens, mais il est difficile de nier que des progrès évidents ont été réalisés », a-t-il lancé. Un peu plus explicites, le vice-premier ministre et le ministre de l'Agriculture ont pointé du doigt «un élement évident de discrimination » dans l'attitude des partenaires. «A titre d'exemple, on dit à la Russie de réduire le soutien de l'Etat aux producteurs agricoles, (mais) elle doit avoir un droit proportionnel de poursuivre une telle politique », a indiqué M. Gordeyev, en se référant aux aides européennes à l'hectare, quinze fois plus élevées qu'en Russie, et aux prélèvements qui pèsent sur les importations de produits agricoles dans l'Union. Selon un haut responsable du ministère de l'Agriculture, la Russie veut pouvoir subventionner le secteur à hauteur de 16,2 milliards de dollars par an, alors que ses interlocuteurs insistent sur un plafond de seulement 1 milliard de dollars.