Bruxelles, 30/01/2002 (Agence Europe) - Les Commissaires à l'élargissement Günter Verheugen et au budget Michaele Schreyer ont présenté mercredi au Parlement européen - lors d'une session spéciale de la commission des Affaires étrangères ouverte à tous les députés -, avant de les illustrer devant la presse, les propositions de la Commission sur le cadre financier pour l'élargissement.
Intervenant devant les députés après M.Verheugen (voir EUROPE d'hier, p.8), la Commissaire au budget Michaele Schreyer a estimé que la proposition de la Commission était « solide, équilibrée et finançable» et qu'elle était pour les Quinze un clair signal que les dépenses prévues pour l'adhésion de dix nouveaux Etats membres n'exigeront pas une modification des perspectives financières. Il n'est politiquement pas acceptable qu'un nouvel Etat membre soit d'emblée contributeur net au budget de l'Union, s'est exclamée Mme Schreyer, qui a par ailleurs insisté sur la nécessité de voir le paquet dans son ensemble, sans isoler l'un ou l'autre secteur (ce qui risque de créer l'impression d'un traitement inégal). Nos propositions ne préjugent pas des perspectives financières à partir de 2007, a dit aussi Mme Schreyer, qui a noté que la Commission ne veut pas se prononcer sur ce que seront les dépenses agricoles en 2010 ou 2013.
Ouvrant le bref débat, le Président de la commission des Affaires étrangères Elmar Brok (CDU, allemand) a tenu à souligner l'importance historique de l'élargissement: ne créons pas de « complications politiques » dans les négociations, a-t-il exhorté, en plaçant par ailleurs ce défi dans le cadre plus large du débat sur l'avenir de l'Europe. Les choses changeront lorsque nous n'aurons plus des contraintes comme l'unanimité sur les fonds structurels, et si le Parlement avait la codécision en matière de politique agricole, a-t-il estimé.
Beaucoup de questions concernaient la politique agricole: pour l'Europe élargie, nous avons besoin d'une politique agricole assainie, s'est exclamé Arie Oostlander (PPE, néerlandais), qui a aussi affirmé qu'il ne faut pas être « populistes » lorsqu'il s'agit de dépenses pour l'élargissement. Dans mon pays, a-t-il dit, une partie de la presse semble anticiper une « énorme catastrophe financière » pour l'Union, a-t-il déploré. Les négociations en matière agricole pourront créer des « tensions politiques », a craint la libérale suédoise Cecilia Malmström, et la Verte néerlandaise Kathalijne Buitenweg a estimé que l'idée d'accorder aux agriculteurs des pays candidats une aide au revenu liée à la surface (et qui n'était pas envisagée lors du Conseil européen de Berlin) était « sage ». Le social-démocrate allemand Ralf Walter a jugé les propositions de la Commission raisonnables, tout en estimant qu'il faut aussi pouvoir se demander « comment les choses se présentent » après 2006, et le libéral finlandais Kyösti Virrankoski a estimé lui aussi que ces propositions étaient « tout à fait réalistes ». A Berlin, on n'avait pas pensé à tout, a-t-il remarqué.
Pernille Frahm (Gauche unitaire/NGL, danoise) s'est demandé comment on pourra espérer gagner des référendums sur l'élargissement dans les pays candidats si leurs citoyens risquent de se considérer comme des citoyens « de deuxième catégorie ».
Markus Ferber s'est étonné de ce que deux Commissaires allemands, venant d'un pays qui est un grand contributeur net au budget de l'UE, s'insurgent tellement contre l'idée que les nouveaux Etats membres puissent être des contributeurs nets: si un pays comme Malte apportait « plus de solidarité » dans l'Union, l'élu de la CSU n'y verrait aucun inconvénient. Là, en lui répondant, Günter Verheugen s'est indigné: aller raconter aux pays candidats qu'ils seront contributeurs nets, je ne le ferai pas !, s'est-il écrié. Et il a ajouté: jusqu'ici on se plaignait parce qu'on allait payer trop, maintenant on nous dit que « en fait, c'est assez peu ». Personnellement, le Commissaire a de la sympathie pour cette dernière position, mais il rappelle que ce ne sont ni le Parlement ni la Commission qui fixent le « cadre financier », mais les Etats membres, et qu'aucun d'eux n'est disposé à l'assouplir.