Bruxelles, 31/01/2002 (Agence Europe) - Dans le cadre de la 17ème session du comité conjoint UE/Chine qui s'est tenue à Bruxelles ce jeudi, le Commissaire Pascal Lamy, chargé du commerce, et son homologue Shi Guangsheng, ont eu un échange de vues « positif » sur l'actualité multilatérale et bilatérale, avant d'en venir à des « conversations claires, franches et nettes » sur la suspension incessante de toutes les importations de produits chinois d'origine animale.
« La partie chinoise ne peut accepter cette décision » (voir EUROPE du 30/01, p.14), a confirmé le ministre Shi à la presse, après l'entretien. L'embargo, décidé la veille par procédure écrite, « se base sur la décision unilatérale d'experts européens » dont « le rapport n'est pas correct car il ne tient pas compte de la situation globale » en Chine, a-t-il protesté, en s'en prenant aussi à la procédure clôturée hâtivement, « sans consulter nos experts ». « Nous n'avons pu répondre qu'à partir du 25 janvier, et la décision était déjà prise », a-t-il ajouté. Selon M.Lamy, son homologue était, à vrai dire, « un peu surpris par nos procédures, en tout cas par la vigueur et la rapidité » avec laquelle l'Union se prémunit contre les éventuelles menaces sur la « santé des Européens ». M. Lamy a alors « expliqué » à M.Shi, qui s'était entretenu la veille avec le Commissaire chargé de ce dossier: «Je ne peux pas influencer les décisions que prend David Byrne (…). Il y a une muraille de Chine entre moi et lui ». Et de souligner, diplomate, que son rôle dans cette affaire se limite à « veiller à ce que nos obligations internationales soient bien respectées, et c'est le cas ». Selon une source informée, le ministre aurait offert un « arrangement» pour supprimer l'embargo: « mettez ce rapport de côté » pour en faire « un nouveau », éventuellement après avoir renvoyé les inspecteurs en Chine où ils « pourront s'arranger» avec les experts chinois sur une autre version de l'affaire…. Et c'est une fin de non-recevoir que le Commissaire lui aurait opposé, en refusant d'entrer dans une quelconque « manoeuvre » ou « négociation politique sur une question de santé publique », rapporte-t-on de même source, en faisant état de la « difficulté de faire comprendre au ministre que l'on n'est pas dans une négociation politique ». En posture de pacificateur, face à un embargo dont il n'est pas l'instigateur et qui suscite l'indignation à Pékin, Lamy a concédé à M.Shi de mettre sur pied un « groupe ad hoc conjoint pour étudier les fondements de cet important embargo ». Et, l'invitant à se tourner vers l'avenir, il a souligné que « l'important est que nous disposions de systèmes d'alerte précoce».
« De notre côté, nous avions aussi des problèmes à soulever, par exemple dans le secteur des services, l'assurance et les télécommunications », a indiqué le Commissaire, mettant en avant le fait que « nous ne pouvons pas être tout le temps d'accord sur tout (et) plus nous travaillons ensemble, plus nous pouvons parler franchement ensemble ». La Chine, qui s'était engagée à délivrer un certain nombre de licences aux opérateurs européens, accuse du retard par rapport aux échéances convenues, ce qui suscite de l'inquiétude notamment en Allemagne. Mais M.Shi a réaffirmé « les engagements multilatéraux et bilatéraux » pris par son pays. « La Chine s'est engagée à ouvrir son marché pour les services et les marchandises et elle est en train de mettre en oeuvre ses engagements ». Mais, a-t-il expliqué, « nous consultons l'UE pour voir comment appliquer nos engagements et renforcer notre législation en ce sens ».
Par ailleurs, les deux responsables ont fait le point sur le développement des échanges commerciaux, qui ont progressé de 15% en 2001 par rapport à l'année précédente … pour atteindre « 76,6 milliards de dollars », a souligné M.Shi. « C'est beaucoup plus que l'augmentation des échanges au niveau mondial», a complété M.Lamy. « Ce développement rapide et de large envergure a créé de nouvelles opportunités » et « se fait sans heurts », a poursuivi son homologue, tandis que M. Lamy a rappelé que la balance commerciale de l'Union présente un déficit de 40 à 45 milliards d'euros avec la Chine ; « ce qui est beaucoup et, de loin, notre principal déficit commercial », a-t-il dit, mais « cela ne nous préoccupe pas vraiment pour l'instant, compte tenu de la différence de développement », même si le déficit risque de se creuser encore à court terme.
MM.Lamy et Shi se sont aussi penchés sur une série de questions pour « préparer l'avenir », notamment le démarrage du Cycle de Doha qui a buté cette semaine sur la controverse entourant la personnalité la mieux qualifiée pour orchestrer le processus. Mais, d'après M.Lamy, le « problème va se résoudre d'ici très peu de temps » (dans la soirée ou dès vendredi à Genève: NdlR). Les autres points soulevés concernent les douanes, l'investissement, la concurrence, les marchés financiers, la mise en oeuvre des engagements d'accession en général, et M.Shi devait s'entretenir le jour même avec le Président Prodi de la problématique des migrants illégaux.