Strasbourg, 17/01/2002 (Agence Europe) - Le socialiste français Michel Rocard, Président sortant de la commission des Affaires sociales du Parlement européen, a pris mercredi à Strasbourg, après deux jours d'âpres discussions, une décision qui a permis de préserver l'unité des socialistes dans une situation qui risquait d' entraîner une crise au sein du groupe. En effet, l'ancien Premier ministre français, qui avait perdu la présidence de la commission des Affaires sociales attribuée à un vert lors de la redistribution des cartes décidée par les présidents des groupes politiques lundi soir à Strasbourg, n'a finalement pas insisté pour obtenir, à la place, la présidence de la commission des Affaires constitutionnelles (qu'aurait dû garder, selon cette redistribution, son président actuel, l'élu des Democratici di sinistra Giorgio Napolitano) et a accepté la présidence de la commission de la culture, de la jeunesse, de l'éducation, des médias et des sports (exercée jusqu'ici par l'élu de Forza Italia Giuseppe Gargani).
Mercredi soir, le groupe des Verts/ALE avait refusé l'offre du groupe socialiste d'échanger la présidence de la commission des Affaires sociales contre celle de deux autres commissions (de la culture et des droits des femmes), et les socialistes français s'étaient alors dits prêts à se battre pour la présidence de la commission constitutionnelle, après avoir refusé à leur tour une autre alternative: la co-présidence de l'Assemblée ACP/UE pour Michel Rocard. Dans ces conditions, les socialistes français, tout en regrettant le départ de Giorgio Napolitano, faisaient valoir que, dans leur revendication de la présidence de la commission constitutionnelle, ils avaient pour eux la loi du nombre - 22 membres du groupe socialiste, par rapport aux 16 Italiens - et que, sinon, ils n'auraient eu aucune présidence de commission.
Cependant, plus tard dans la soirée, après une réunion du groupe socialiste, Michel Rocard annonçait à la presse que, « face au risque d'éclatement » du groupe, il avait préféré contribuer au maintien de son unité, en acceptant la présidence de la commission de la culture. Les enjeux dans ce domaine sont importants, a reconnu M. Rocard (qui avait déjà fait preuve de fairplay politique au début de la législature, lorsqu'il avait accepté la présidence de la commission des Affaires sociales, alors que son premier choix était la commission du développement). Et la Présidente de la délégation française au sein du groupe socialiste, Pervenche Berès, a, tout en constatant que « si nous avions choisi la voie de l'affrontement, nous aurions eu le nombre pour nous », affirmé elle aussi que, dans un « moment un peu difficile » comme l'actuel, « nous avons choisi l'intérêt collectif socialiste ». Si Giorgio Napolitano avait quitté la présidence de la commission constitutionnelle, nous aurions perdu deux de nos meilleures présidences, et nous aurions « fragilisé » le groupe, a-t-elle admis.
Dans ces conditions, les présidents des commissions devraient être (mais ils seront formellement élus la semaine prochaine à Bruxelles, lors des sessions constitutives des commissions): - Emploi: Theo Bouwman (Verts/ALE, néerlandais) ; - Affaires constitutionnelles: Giorgio Napolitano (PSE, italien) ; - Budgets: Terence Wynn (PSE, britannique) ; - Politique régionale: Luciano Caveri (ELDR, italien) ; - Libertés : Ana Palacio (PPE-DE, espagnole) ; - Droits de la femme: Anna Karamanou (PSE, grecque) ; - Juridique: Giuseppe Gargani (PPE-DE, italien) ; - Environnement: Caroline Jackson (PPE-DE, britannique) ; - Economique et monétaire: Christa Randzio-Plath (PSE, allemande) ; - Culture: Michel Rocard (PSE, français) ; - Contrôle budgétaire: Diemut Theato (PPE-DE, allemande) ; - Affaires étrangères: Elmar Brok (PPE-DE, allemand) ; - Développement: Joaquim Miranda (GUE/NGL, portugais) ; - Agriculture: Joseph Daul (PPE-DE, français) ; - Industrie: Carlos Westendorp (PSE, espagnol) ; - Pêche: Struan Stevenson (PPE-DE, britannique) ; - Pétitions: Vitaliano Gemelli (PPE-DE, italien).
Questeurs: le problème des socialistes portugais est réglé en leur donnant une place à la Convention
L'élection des Questeurs a été aussi plutôt laborieuse, et marquée par des difficultés entre les groupes socialiste et des Verts, et au sein du groupe socialiste, à cause du sort des socialistes portugais. (Rappelons que les Questeurs ont un rôle important, puisqu'ils sont responsables des questions administratives et financières concernant directement les membres du PE, dans le cadre des lignes directrices déterminées par le Bureau). En outre, la décision de procéder à un scrutin électronique a suscité des protestations de la part de nombreux députés qui ont constaté qu'un tel système ne garantissait pas le secret du vote. Le Bureau a d'ores et déjà décidé de réfléchir aux moyens de l'améliorer, a assuré jeudi matin le président de séance Joan Colom I Naval en répondant à Neil McCormick (Verts/ALE) qui en soulignait les imperfections, et qui remarquait en particulier qu'un député pouvait voir comment votait un collègue à côté de lui ou devant lui.
Voici le résultat de l'élection des cinq questeurs: - premier tour: ont été élus au premier tour Mary Elizabeth Banotti (PPE-DE, irlandaise: 369 voix) et Godelieve Quisthoudt-Rowohl (PPE-DE, allemande: 299 voix), alors que le non inscrit britannique Richard Balfe a obtenu 259 voix, la démocrate-chrétienne Miet Smet 254, le socialiste luxembourgeois Jacques Poos 221, le socialiste portugais Luis Marinho 189 et la régionaliste belge Nelly Maes 125 ; - deuxième tour: ont été élus Jacques Poos avec 304 voix, Richard Balfe avec 288, Miet Smet avec 288.
Le socialiste portugais Luis Marinho, qui était jusqu'ici l'un des Vice-Présidents du Parlement européen, n'a donc pas été élu questeur (alors que l'a été le travailliste Richard Balfe, qui était questeur depuis 1994 et qui vient de quitter le groupe socialiste). Les socialistes portugais, donc, n'ont plus de vice-président du Parlement, et ils n'ont aucune présidence de commission non plus. Leur problème a été cependant réglé en attribuant à Luis Marinho une place dans la délégation du Parlement européen à la Convention qui préparera la prochaine CIG (voir plus loin).
L'élection des questeurs a aussi été au centre d'une polémique entre les Verts et les socialistes qui, selon ce qu'a indiqué le co-président du groupe des Verts/ALE Daniel Cohn-Bendit, ont rejeté l'offre d'un accord qui aurait garanti l'élection comme questeurs de deux candidats socialistes et de la Verte belge Nelly Maes , comme représentante de l'ensemble des petits groupes. « Les socialistes se sont coupés l'herbe sous les pieds. La conséquence de cette décision myope et ridicule (…) est qu'ils n'auront qu'un de leurs membres dans cet organe important », a commenté M. Cohn-Bendit.