Bruxelles, 14/01/2002 (Agence Europe) - La première réunion de consultation entre le Zimbabwe et l'Union européenne, qui a eu lieu vendredi à Bruxelles au titre de l'article 96 de l'Accord de Cotonou (voir EUROPE du 12 janvier, p.7 et du 9 janvier, p.8), a permis aux autorités zimbabwéennes de prendre des engagements susceptibles de répondre aux préoccupations de l'UE concernant les violations des droits de l'homme, des principes démocratiques et de l'Etat de droit, reprochées au régime de Robert Mugabe. Pour autant, l'Union européenne ne s'est pas contentée de ces promesses verbales plutôt vagues. Elle a exigé des autorités zimbabwéennes deux actions concrètes immédiates: 1) l'envoi, dans un délai d'une semaine, d' un courrier au président du Conseil de l'Union consignant par écrit le détail des actions annoncées pour remédier à la situation; 2) l'envoi aux observateurs internationaux - y compris les observateurs de l'Union (dont l'envoi avait dans un premier temps été refusé par le Zimbabwe) des invitations et des accréditations requises pour les élections présidentielles des 9 et 10 mars prochains, au moins six semaines avant la tenue du scrutin, et la garantie d'un plein accès pour la presse nationale et internationale. A ce stade donc, comme prévu, aucune décision formelle de sanction n'a été prise, l'article 96 faisant de ces consultations un préalable à l'adoption de mesures, y compris, en dernier ressort, la suspension de la coopération si aucune solution satisfaisante n'est trouvée. Toutefois, en posant aux autorités zimbabwéennes un ultimatum pour la réalisation effective de deux engagements jugés essentiels, la partie européenne a fait comprendre à ses interlocuteurs que l'imminence du scrutin ne permettrait pas de respecter le délai d'usage de 60 jours pour les consultations.
Pour répondre aux préoccupations de l'Union concernant en particulier la violence politique, des élections libres et démocratiques et l'observation du scrutin, la liberté des médias, l'indépendance de la justice, l'occupation illégale des terres - les autorités zimbabwéennes ont annoncé qu'elles prendraient des actions concrètes en vue de garantir: a) le plein respect des droits humains, y compris le droit de tous à la liberté d'opinion, d'association et de rassemblement pacifique ; b) l'investigation approfondie et impartiale de tous les cas allégués de violence politique au cours de l'année 2001 (six rapports seraient en cours d'élaboration); c) un accord sur un code de conduite pour les partis politiques, à promouvoir avant la campagne électorale; d) l'acceptation de la proposition de la SADC portant sur l'établissement d'une commission parlementaire bipartite pour promouvoir un dialogue politique exhaustif; e) une commission nationale de supervision du scrutin dotée de suffisamment de ressources pour agir de façon indépendante; f) l'accréditation et l'enregistrement des observateurs indépendants nationaux, à temps pour les élections; g) invitation et accréditation, à temps, d'une large gamme d'observateurs internationaux ; h) la liberté d'expression telle que garantie par la constitution du Zimbabwe; i) l'autorisation confirmée, pour les journalistes nationaux et internationaux de couvrir les événements nationaux importants, y compris les élections conformément aux lois et réglementations en vigueur; j) l'indépendance de la justice et de l'Etat de droit; k) le transfert des occupants illégaux de terres vers des terres acquises légalement.
Il appartiendra aux chefs de mission de l'Union à Harare de suivre, sur le terrain, la réalité de ces engagements et de faire rapport sur les progrès accomplis dans les plus brefs délais pour permettre au Conseil Affaires générales d'évaluer la situation le 28 janvier prochain. La vigilance est donc de mise. Le dialogue politique se poursuivra, mais seuls des résultats probants éloigneront la menace de sanctions.
Selon une source ACP (plusieurs représentants du groupe ACP ont joué, comme le veut l'usage, un rôle de facilitateur dans ces consultations, et des représentants de l'Angola, du Malawi et de la Namibie, désignés par le Zimbabwe comme "pays" amis, y ont participé), la délégation du Zimbabwe, composée de 4 ministres et conduite par le ministre des Affaires étrangères Mudenge a dénoncé deux choses: la partialité de l'Union dans sa condamnation des violences politiques (le blâme est jeté sur la seule majorité alors que l'assassinat récent de deux de ses leaders est passé sous silence) et l'ingérence du Royaume-Uni et des Pays- Bas dans la campagne électorale via le financement à 95% de l'opposition par la Westminster Foundation et le soutien apporté à une radio d'opposition qui, depuis ces deux pays, émet trois heures par jour sur tout le territoire alors que la radio publique nationale ne couvre que 60 % du pays. La délégation européenne, conduite par le représentant permanent de l'Espagne auprès de l'Union, Francisco Xavier Conde de Saro, comptait aussi un représentant de la Présidence belge et de la future Présidence danoise, et le directeur général de la DG Développement à la Commission européenne, M. Richelle.