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Bulletin Quotidien Europe N° 8128
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Deux ou trois choses que je crois savoir sur l'euro

Depuis l'arrivée de l'euro, cette rubrique s'est tue sur ce sujet. J'ai estimé que la parole devait être laissée d'abord aux faits et aux prises de position des responsables, et notre bulletin a rendu compte de jour en jour des uns et des autres. La conférence de presse que le président Prodi et M. Solbes ont tenue la semaine dernière (voir notre bulletin du 10 janvier pp. 6/7) a mis le point final à cette première phase en confirmant le succès de l'opération. On a tendance à minimiser, à présent, les difficultés et les risques, et M. Prodi a eu raison de rappeler que certaines prévisions étaient "catastrophiques" et que les difficultés pratiques et psychologiques du basculement des monnaies nationales vers l'euro étaient "colossales". Trois éléments étaient indispensables pour que l'opération réussisse: a) la coopération entre la BCE, les banques centrales nationales, la Commission, les gouvernements et les administrations; b) l'efficacité des banques et des réseaux commerciaux pour la distribution et l'utilisation de l'euro; c) la participation active des citoyens. Ces trois conditions ont été satisfaites. Selon M. Solbes, c'est l'enthousiasme des citoyens qui a été déterminant.

Ayant rappelé les banalités qui précèdent, je voudrais ajouter quelques réflexions qui ne sont pas entièrement nouvelles mais qui, présentées ensemble, peuvent être utiles. Les voici.

Un impact déjà décisif. La monnaie unique avait déjà un impact positif d'une valeur incalculable pour les pays de la zone euro, avant que les billets et les pièces soient dans la poche des citoyens. Il est facile pour les eurosceptiques d'oublier les nuisances que provoquaient, autrefois, les fluctuations des taux de change. Les dévaluations et réévaluations périodiques avaient des répercussions économiques, politiques et même psychologiques d'envergure; les réunions tristement célèbres de certains samedis et dimanches, le Comité monétaire d'abord, les ministres des Finances ensuite, laissaient derrière elles une suite d'amertumes et de rancunes: susceptibilités écorchées, fiertés nationales blessées. Le fonctionnement de la PAC en devenait impossible et même la libre circulation des marchandises était compromise (après une dévaluation particulièrement sensible de la lire, la France avait demandé d'introduire des droits à l'importation sur les voitures automobiles et sur les textiles italiens). Depuis trois ans, grâce à l'euro et à la fixation définitive de la valeur des monnaies participantes, l'Europe a traversé les dernières crises monétaires internationales sans aucune secousse, dans le calme absolu, alors que sans l'euro elle aurait connu d'authentiques tempêtes.

Une nouvelle culture. La "culture de la stabilité" n'était pas, avant l'euro, un bagage commun à tous les pays de l'UE. Certains parmi eux, habitués à l'inflation à deux chiffres, n'auraient jamais acquis cette culture en l'absence des contraintes du traité de Maastricht. Sans la monnaie unique, l'Europe ne pourrait pas constituer une zone économique compacte et même pas un marché unique achevé.

La sagesse de Helmut Schmidt. Le taux de change euro/dollar n'est pas et ne doit pas être le souci prioritaire des autorités communautaires. Les médias qui nous racontent que l'euro a perdu depuis sa naissance un quart de sa valeur, mentent à l'opinion publique. La valeur d'une monnaie est déterminée par son pouvoir d'achat; or, dans la zone euro, l'inflation s'est toujours située entre 2 et 2,5% par an. L'ancien chancelier Helmut Schmidt a déclaré: "Les médias, de façon ridicule et irresponsable, ont mis l'accent exclusivement sur le taux de change de l'euro avec le dollar: c'est une perspective erronée et déformante. J'ai vu le dollar à un niveau beaucoup plus élevé que maintenant, par exemple à la moitié des années 80. Mais je l'ai vu aussi à des niveaux bien plus bas. Les taux de change à l'égard du dollar sont volatils. Ceci fournit de bons titres aux journaux, irrite certains, offre des opportunités ou bien ruine les spéculateurs, mais n'a aucune influence sur le prix chez nous d'une tasse de café ou sur le loyer d'un appartement. Ce sera ainsi également à l'avenir: nous verrons le dollar plus faible que l'euro, parfois plus fort. Mais la stabilité des prix intérieurs dans le marché unique n'en sera pas influencée."

Ceci ne signifie pas que la valeur de l'euro par rapport au dollar doit laisser indifférentes les autorités politiques et la Banque centrale européenne, car il faut tenir compte aussi de l'aspect psychologique et des effets sur les marchés internationaux des capitaux. De ce point de vue, Valéry Giscard d'Estaing a eu raison de rappeler que depuis presque trois ans l'euro est substantiellement stable vis-à-vis du dollar: il a perdu de sa valeur dans les premières semaines après sa naissance, suite à un démarrage à un taux trop élevé déterminé par des raisons psychologiques, et ensuite ses fluctuations ont été très limitées, tantôt vers le haut et tantôt vers le bas. Et pourtant, quel battage dans la presse sur une prétendue baisse permanente!

Maintenant que l'euro est là, l'objectif prioritaire de l'Union est le rééquilibrage de l'UEM, afin de donner au mot "économique" un contenu effectif analogue à celui du mot "monétaire". Autrefois, les appels de Jacques Delors en ce sens donnaient l'impression de la classique vox clamantis in deserto. Maintenant, quelque chose a commencé à bouger à cet égard, ainsi qu'on le verra demain. (F.R.)

 

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