Strasbourg, 12/12/2001 (Agence Europe) - La majorité des députés européens intervenus dans le débat de mercredi après-midi sur la crise au Proche-Orient a jugé équilibrée la position prise par le Conseil de l'UE qui a demandé lundi dernier à la fois aux Israéliens et aux Palestiniens, dans des termes très explicites, de prendre les initiatives nécessaires pour mettre fin à l'escalade de la violence (voir EUROPE des 10/11 décembre, pages 5 et 6). Au nom de la Présidence belge, Annemie Neyts a parlé de « l'équidistance » de cette position, et a indiqué que le Haut Représentant Javier Solana fera rapport au Sommet de Laeken sur les résultats de sa visite dans la région. Le Conseil a demandé qu'il y ait aussi rapidement que possible une réunion rassemblant les deux parties au conflit, l'Union, les Etats-Unis et la Russie pour essayer de relancer le processus de paix. Quant au Commissaire européen aux relations extérieures, Chris Patten, il a, en notant la dégradation de la situation économique non seulement dans les territoires palestiniens, mais aussi en Israël, rejeté une fois de plus les critiques adressées contre l'aide fournie par l'Union européenne aux Palestiniens: c'est absurde de dire que « nous finançons le terrorisme », alors que, au contraire, nous essayons de renforcer la position des modérés qui s'opposent au terrorisme, s'est-il écrié. Tant qu'il y a des modérés, nous devons appuyer « leur courage », et je prie Dieu pour que dans trois, dans six mois il y ait encore des modérés, a renchéri le Commissaire.
Au cours du débat, le président de la commission des Affaires étrangères, le démocrate-chrétien allemand Elmar Brok a appuyé un rôle de médiateur de l'UE dans ce conflit, et a posé en particulier le problème du retour des réfugiés, en s'exclamant: « ce n'est pas juste de continuer à les garder dans des camps ». Parmi les députés qui ont apprécié l'attitude du Conseil affaires générales, Bastiaan Belder (EDD, néerlandais) a salué la « lucidité » des ministres des Affaires étrangères de l'UE, et Philippe Morillon (PPE-DE, français) a parlé d'une position « équilibrée » et d'une « remarquable rigueur ». L'ancien général Morillon, qui avait été le commandant des forces de maintien de la paix en Bosnie, a fait un parallèle entre la situation au Proche-Orient et celle dans les Balkans, où les responsables politiques et militaires, en ignorant la volonté de paix de la majorité de la population, ont longtemps campé sur des positions intransigeantes, inspirées par la méfiance à l'égard de l'autre. Sharon a échoué dans sa promesse électorale, a constaté le socialiste luxembourgeois Jacques Poos, pour qui l'Union européenne devrait « plaider pour un accord définitif, tout de suite », avec des frontières éventuellement garanties par une force internationale. Selon l'ancien ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, « Israël doit revenir dans ses frontières d'avant 1997, que le monde arabe doit formellement et irrévocablement reconnaître ». Le jugement de Francis Wurtz, président du groupe Gauche unitaire/Gauche verte nordique, est nettement plus sévère . L'Union européenne déplore-t-elle les victimes innocentes palestiniennes comme les israéliennes ? Que dit-elle des « assassinats irresponsables des dirigeants historiques palestiniens ? », s'est-il demandé, en notant que ses avertissements sont adressés surtout à l'Autorité palestinienne, alors qu'on ne peut plus douter de la volonté de Sharon de la « décapiter », avec les dangers que cela implique. Le radical italien Marco Pannella a fustigé les « bons samaritains » européens, en les comparant aux « pacifistes et communistes de 1938 ». Vous dites que les Palestiniens ont le droit d'avoir un « Etat national, un autre Etat syrien, yéménite ? », a-t-il lancé, en estimant que si un Etat palestinien existait aux côtés d'Israël et de la Jordanie, « l'Etat jordanien sauterait immédiatement ».