Bruxelles, 26/11/2001 (Agence Europe) - Suite à l'annonce de l'obtention d'un embryon cloné, ce week-end par la firme américaine Advanced Cell Technology, le Commissaire européen à la recherche Philippe Busquin a déclaré lundi que "tout ce qui est scientifiquement possible et technologiquement faisable n'est pas nécessairement souhaitable ou admissible".
Constatant combien ces nouveaux développements soulignent la nécessité pour l'Europe d'arrêter une position sur la recherche impliquant des cellules souches embryonnaires, M. Busquin s'est félicité de ce que le débat soit en cours et a salué le résultat du vote du PE qui, en adoptant le rapport Caudron, a avalisé la position de la Commission en matière d'éthique dans le sixième programme-cadre recherche (voir EUROPE du 15 novembre, p.10). "L'orientation de base consiste à exclure du financement toute recherche impliquant le clonage reproductif humain, toute recherche impliquant la création d'embryons humains à des fins de recherche ou de fourniture de cellules souches embryonnaires et toute recherche ayant pour but de modifier le patrimoine génétique de l'homme. Ces règles excluraient du financement communautaire le clonage d'embryons, même à des fins thérapeutiques", a déclaré M. Busquin. Cependant, comme l'a souligné la porte-parole du Commissaire, Andrea Dahmen, le dossier est "complexe" pour plusieurs raisons. En premier lieu, la recherche sur des foetus avortés, des restes de fécondations in vitro et les embryons surnuméraires résultant de traitements contre la stérilité serait éligible au financement communautaire dans certaines conditions. Deuxièmement, la disparité entre les législations des Etats membres est importante; en outre, certains parmi eux ont ratifié la déclaration d'Oviedo à la Convention du Conseil de l'Europe pour la protection des droits humains et la dignité des êtres humains (Grèce, Espagne, Italie), d'autres ne l'ont ni signée ni ratifiée (Autriche, Belgique, Allemagne, Royaume-Uni), et les sept autres Etats membres l'ont seulement signée (l'Irlande constituant un cas à part, puisque toute recherche sur des embryons y est tout simplement anticonstitutionnelle). Par la déclaration d'Oviedo, légalement contraignante, les signataires s'engagent à ne pas permettre de recherche visant à cloner un être humain vivant ou mort et à ne pas créer un embryon à des seules fins de recherche. La Commission compte de toute façon s'en tenir à la définition de ce qu'elle entend financer ou non. "Elle ne peut pas légiférer dans ce domaine, la santé étant une compétence nationale. Mais elle ne le veut pas non plus", nous a déclaré Mme Dahmen, "dans la mesure où elle (la Commission) respecte les opinions des uns et des autres et ne veut donc pas se poser en 'maître en éthique' au niveau communautaire". Reconnaissant aussi que de nombreuses questions scientifiques restent ouvertes, M. Busquin a rappelé pour sa part qu'elles seraient au centre de la conférence qu'organise la Commission les 18 et 19 décembre autour du thème "Cellules souches: les thérapies du futur ?".