Bruxelles, 26/11/2001 (Agence Europe) - A l'occasion de la visite des représentants de l'Union européenne au Pakistan, l'Union et le Pakistan ont signé, samedi à Islamabad, un accord de coopération de troisième génération en vue de renforcer la relation commerciale et de resserrer les liens politiques, devenus nettement plus chaleureux depuis quelques mois. Cet accord «va renforcer notre relation. Nous devons davantage parler politique, et pas seulement pendant des situations de crise », a commenté le président du Conseil européen, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt, qui conduisait la délégation européenne, avec le Président de la Commission Romano Prodi, ainsi que le Commissaire au Commerce Pascal Lamy et Annemie Neyts, son homologue belge. La déclaration commune adoptée à cette occasion appelle aussi la communauté internationale à s'attaquer aux racines du terrorisme et à s'en tenir au consensus sur le futur gouvernement afghan, lequel devra être largement représentatif des différentes ethnies du pays et acceptable pour toute la population.
« L'Union et le Pakistan se félicitent chaleureusement de la signature d'un Accord de coopération qui contribuera substantiellement au renforcement de leur relation », soulignent les dirigeants européens et pakistanais, en renouvelant aussi « l'appréciation de l'Union pour la décision prise par le Pakistan de se joindre à la lutte anti-terrorisme menée par la communauté internationale ». La mission européenne, qui s'était rendue dans ce pays le 25 septembre dernier, avait « exprimé le désir de l'Union de renforcer et d'élargir la relation avec le Pakistan. Cet accord de coopération est un élément de cette coopération renforcée », précisent-ils. Les partenaires réaffirment « leur engagement à respecter, protéger et promouvoir les droits de l'Homme et les principes démocratiques », comme convenu notamment à l'article 1 du nouvel Accord. Le Pakistan réitère en outre la promesse faite en août dernier de « retourner à un gouvernement démocratique ». Sur le front anti-terrorisme, les partenaires réaffirment l'engagement à « mettre pleinement en oeuvre les mesures (afférentes) conformément aux résolutions 1373 du Conseil de sécurité de l'ONU », ainsi que les autres dispositions et traités pertinents, en notant qu'il s'agit « d'un élément important de leurs relations ». Ils appellent de leurs voeux une « stratégie globale pour traiter des causes fondamentales du terrorisme », un effort qu'ils jugent « vital pour le succès » de la campagne internationale. Et de revenir sur « la contribution considérable du Pakistan » à cet effort. Enfin, les partenaires exhortent la communauté internationale à ne pas se départir du consensus sur le futur gouvernement en Afghanistan, « qui devra être largement fondé, multiethnique et acceptable pour tous les Afghans. Les événements récents ont ajouté l'urgence à la nécessité pour la communauté internationale de prendre des mesures pour assurer la paix, la stabilité et la reconstruction » de ce pays. Eux-mêmes y contribueront « dûment », disent-ils.
L'Union pourrait quant à elle aider Islamabad à éponger les pertes économiques liées à la Guerre en Afghanistan. Le paquet de mesures commerciales préférentielles, proposé le mois dernier par la Commission européenne (voir EUROPE du 17 octobre, ), qui prévoit un échange de concessions assez substantielles sur l'accès au marché, devrait être soumis à l'approbation du Conseil Affaires générales, le 10 décembre. Les relations entre Bruxelles et Islamabad s'étaient nettement refroidies en 1999, après la prise de pouvoir du Général Pervez Musharraf qui avait évincé le Premier ministre, démocratiquement élu, Nawaz Sharif. Depuis lors, les négociations sur l'accord de coopération, qui était pratiquement bouclées, étaient gelées. Mais l'été dernier, lorsque M. Musharraf, qui venait de s'auto-proclamer Président, a promis le retour à la démocratie, les Européens ont repris le fil des négociations et leur ont apporté le coup de pouce décisif après le 11 septembre. « On peut difficilement considérer le Pakistan comme un pays démocratique » mais « il n'est jamais bon d'isoler un pays , car la population se replie alors sur elle-même, et on pousse le pays vers une autre direction », a expliqué Mme Neyts.
Lors de la conférence de presse finale, le Président Musharraf a précisé qu'une force militaire des Nations Unies serait la bienvenue en Afghanistan, pour apporter un soutien moral au futur gouvernement afghan, « après la conclusion d'un accord politique ». L'Union et le Pakistan partagent «la même attitude, la même opinion sur l'avenir de l'Afghanistan », a indiqué M. Verhofstadt, en insistant sur la « nécessité absolue de trouver une solution politique largement fondée, multiethnique et acceptable » pour la population. Il a indiqué, par ailleurs, que l'Union « encouragera le dialogue politique entre le Pakistan et l'Inde » à propos du Cachemire, et M. Musharraf a dit qu'il avait exhorté les Européens à « jouer un rôle actif en vue de résoudre ce conflit ». « Ce sentiment est reflété dans la récente résolution du Parlement européen, appelant l'Union à remplir un tel rôle » car une solution à cette dispute est « essentielle pour la stabilité et le progrès de notre région », a-t-il indiqué. Le Président pakistanais s'est dit prêt à discuter de tout avec l'Inde, pourvu que cette question soit au centre de l'entretien qu'il pourrait avoir avec son homologue indien en janvier prochain. M. Musharraf a récusé les allégations de terrorisme transfrontalier avancées par la puissance voisine à propos du soutien que le Pakistan procurerait aux indépendantistes musulmans du Cachemire. « C'est une lutte indigène pour la liberté au Cachemire et pas une question transfrontière », ni de terrorisme, a-t-il estimé.