Bruxelles, 21/11/2001 (Agence Europe) - Les producteurs sidérurgiques Usinor, Arbed et Aceralia ont réussi, à l'issue de difficiles négociations et de nombreuses concessions, à obtenir le feu vert des autorités de la concurrence européennes à leur fusion, pari qui était loin d'être gagné d'avance. En effet, l'opération telle que notifiée initialement aurait donné à la nouvelle société, qui sera le premier acteur mondial du secteur et baptisé provisoirement Newco, le pouvoir de faire obstacle au maintien d'une concurrence effective sur le marché communautaire des aciers galvanisés et sur plusieurs marchés de la distribution de l'acier en France, en Espagne et au Portugal.
La Commission avait décidé, en juillet dernier, d'ouvrir une enquête approfondie à propos de cette concentration car elle craignait qu'elle ne fasse obstacle au maintien d'une concurrence saine et effective; ceci a permis aux trois partenaires de revoir leur copie et de mettre sur la table des concessions susceptibles de lever ces incertitudes (voir EUROPE du 21 juillet, p. 12 et des 19&20 novembre, p. 13). Les parties ont ainsi proposé de céder un certain nombre d'entreprises de production d'acier: Strasbourg et Beautor en France, Galmed en Espagne, Dudelange au Luxembourg, Segal en Belgique, Finaverdi en Italie et Lusidoser au Portugal. Ces cessions représentent ensemble une capacité de production de plus de 1,7 million de tonnes de produits galvanisés, soit 6% du marché. Les sidérurgistes se sont également engagés à fournir de l'acier plat au carbone laminé à froid, matière première de l'acier galvanisé, aux acquéreurs des entreprises cédées. En ce qui concerne les marchés de la distribution, les partenaires se sont engagés à céder Cofrafer, un centre de service acier situé en France, et Bamesa, un centre de service acier actif en Espagne et au Portugal. Ces cessions réduiront sensiblement la part détenue par Newco sur les marchés en cause et renforceront la capacité des acquéreurs à affronter la concurrence. La Commission estime que ces concessions lèvent intégralement les problèmes de concurrence et a donc autorisé l'opération, qui donnera naissance à un géant du secteur avec une production totale d'acier brut estimée à 45 millions de tonnes.
En annonçant la décision, le Commissaire Mario Monti a profité mercredi de l'occasion pour répondre à certaines accusations récentes mettant en cause le bien-fondé de la procédure d'examen de la Commission, notamment le fait que cette dernière empêcherait la constitution de grands groupes européens capables de rivaliser avec les groupes américains (EUROPE en avait déjà fait écho dans son édition du 10 novembre, p.14). Le Commissaire Monti a ainsi indiqué: « Les décisions d'aujourd'hui (Usinor/Arbed/Aceralia et UPM-Kymmene/Haindl: voir plus loin) montrent que les critiques qui se sont élevées ces trois derniers mois par rapport aux interdictions récentes d'opérations de concentration ne sont pas fondées. Mais il faut que les entreprises coopèrent avec la Commission (…). Dans les opérations de concentration, il est donc possible d'arriver à un résultat positif avec les mêmes méthodes », a-t-il conclu.