Bruxelles, 21/11/2001 (Agence Europe) - La Commission européenne a publié, mercredi, ses prévisions économiques pour la période 2001/2003, dans lesquelles elle anticipe que la croissance, dans la zone euro, ne dépassera pas 1,6% en moyenne cette année (contre 3,4% en 2000) et 1,3% en 2002, pour remonter à 2,9% en 2003. La croissance du PIB en Europe devrait accuser une très forte perte de vitesse à la fin de cette année (croissance négative à -0,2% au dernier trimestre 2001), mais la Commission affiche une certaine confiance en l'avenir. Elle estime qu'il ne devrait pas y avoir de récession, et que l'économie européenne devrait progressivement se reprendre au deuxième trimestre de 2002 (dans l'espoir d'un redressement de la situation aux Etats-Unis). Cette reprise devrait se renforcer tout au long de l'année 2003. La Commission ajoute que l'affaiblissement de la croissance se traduira, pour la première fois depuis 1997, par une augmentation du chômage, mais qu'en 2003 une croissance vigoureuse ramènera le chômage en deçà de son niveau de 2001. Quant au taux d'inflation, il devrait redescendre comme prévu sous la barre des 2 % à partir du premier trimestre de 2002. Par ailleurs, l'assainissement budgétaire devrait marquer temporairement le pas dans la zone euro: le solde budgétaire corrigé des variations cycliques restera inchangé pour l'ensemble de la zone en 2002, année pendant laquelle son amélioration ne devrait être que marginale.
Parmi les grands pays de la zone euro, c'est l'Allemagne qui enregistre la plus forte révision à la baisse de sa croissance en 2001 (0,7% en 2001 et en 2002), de même que la Finlande (0,5% en 2001, contre 5,7% en 2000), dont l'économie est fortement affectée par le marasme du secteur des technologies de l'information et des communications. Grâce au boom des investissements et à la très forte progression des dépenses imputables à l'organisation des Jeux Olympiques, la Grèce devrait continuer de connaître une forte expansion (4,1% en 2001 et 3,5% en 2002). La Commission s'attend à une décrue de la croissance en Irlande (6,5% en 2001, contre 11,5% en 2000, et 3,3% en 2002), au Luxembourg (4,0% en 2001, contre 9,5% en 2000) et en Espagne (2,7% en 2001 contre 4,1% en 2000). La France « résiste bien » et devrait afficher cette année un taux de croissance moyen de 2 %, à peu de chose près comme l'Italie (1,8% en 2001 et 1,3 en 2002). Avec un taux de 2,3% en 2001, le Royaume-Uni devrait obtenir un résultat supérieur à la moyenne de l'UE.
« Les perspectives sont dans une certaine mesure préoccupantes », a commenté Pedro Solbes lors d'une conférence de presse, ajoutant que l'on voyait tout de même « la lumière au bout du tunnel ». Il a insisté sur: - la hausse des prix du pétrole en 1999 et 2000 et des produits alimentaires en 2001, qui ont dopé l'inflation et érodé le pouvoir d'achat des ménages ; - le commerce mondial, qui connaît une décélération brutale essentiellement en raison du ralentissement de l'économie américaine (qui croîtra péniblement de 0,9% en 2001 et de 0,5% en 2002, après une hausse de 4,2% en 2000) ; - l'investissement, qui subit de plein fouet la compression des marges bénéficiaires, l'affaiblissement de la demande et l'éclatement de la bulle dans les secteurs des technologies de l'information et des communications ; - les attentats du 11 septembre, qui n'ont fait qu'amplifier un phénomène déjà présent.
M. Solbes a estimé que la baisse de l'inflation (à 1,8% en 2002 et 2003), les taux d'intérêt peu élevés et les baisses d'impôts déjà décidées par les Etats membres devraient faire sentir leurs effets en dopant la consommation privée, jugée essentielle par la Commission. Ces facteurs devraient être suffisamment puissants pour contrecarrer les effets de la hausse prévue du chômage: le nombre de chômeurs augmentera de 500 000 unités en 2002 dans la zone euro et 3,3 millions d'emplois nouveaux à peine devraient être créés de 2001 à 2003, contre 2,4 millions pour la seule année 2000. La hausse du chômage devrait être de courte durée, le taux repassant à 8,2% de la population active dès 2003, c'est-à-dire à un meilleur niveau que la performance de 2001 (8,3%), la meilleure depuis 10 ans.
M. Solbes a prévenu que la croissance européenne ne repartirait réellement qu'au second semestre 2002, lorsque l'économie américaine « reprendra du poil de la bête ». Dans ces conditions, l'augmentation des déficits publics sera limitée: ils passeront de 0,3% du PIB en 2000 à 1,1% en 2001, puis à 1,4% en 2002, avant de revenir à 1,0% en 2003. Le déficit allemand connaîtrait un dérapage important, à 2,7% du PIB en 2002, tout près du chiffre fatidique de 3,0%. Pour M. Solbes, il n'y a pas lieu ni de s'inquiéter, ni de déclencher la procédure de sanctions car ceci serait dû à la chute de la croissance, et non à un accroissement incontrôlé des dépenses. Pour la France, un creusement du déficit à 2 % du PIB est prévu en 2002. Au Portugal, le déficit devrait dépasser 1,5 % du PIB en 2001 ainsi qu'en 2002, tandis qu'en Italie, il se maintiendra probablement à 1,2 %. Les autres pays affichent des déficits moins élevés ou des excédents.
M. Solbes a reconnu que ses prévisions pourraient s'avérer bien trop optimistes en raison des attentats du 11 septembre qui pourraient avoir un impact plus important que prévu sur la confiance des consommateurs. "L'aversion au risque" entraînée par ces attentats risque d'avoir des effets sur les investissements et les échanges, puisque les primes d'assurance et les coûts des transports ont augmenté, a-t-il estimé.
Prévisions économiques pour les pays candidats
La Commission a adopté aussi un rapport sur les prévisions économiques des pays candidats à l'adhésion à l'UE. Selon les estimations sur les treize pays candidats (y compris la Turquie), les taux de croissance dans ces pays ont été sensiblement revus à la baisse pour 2001 et 2002, mais dans des proportions moindres que pour les Etats membres. Ainsi, le taux de croissance moyen des pays candidats, si l'on exclut la Turquie, reculerait d'environ un point de pourcentage pour s'établir à 3,1%, en 2001 comme en 2002. Le ralentissement est particulièrement marqué en Pologne, où la demande intérieure s'essouffle du fait d'un dosage mal coordonné des politiques macroéconomiques. En revanche, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie devraient enregistrer une croissance plus rapide durant ces deux années que ce n'a été le cas en 2000, lorsque la croissance a été ralentie par des politiques de rigueur. C'est en Lettonie, en Estonie et en Roumanie que les taux de croissance du PIB devraient être les plus élevés.
Bien que l'accélération de la croissance en Roumanie en 2000 soit due, au départ, à une politique de relance budgétaire, la Commission s'attend à la voir étayer par un programme de réforme économique sérieux. Le ralentissement économique consécutif aux deux crises financières qui ont touché la Turquie s'avère nettement plus marqué que prévu.
M. Solbes a affirmé que la relative faiblesse de ces économies ne pouvait en rien retarder le processus d'élargissement. « Il convient de faire la distinction entre les critères d'adhésion et la situation économique », a-t-il dit, rappelant que le critère économique exige que l'on soit "capable de faire face aux pressions de la concurrence sur le marché intérieur".