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Bulletin Quotidien Europe N° 8088
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/pe/afghanistan

Le Parlement européen à l'écoute des experts de l'aide humanitaire internationale - Mme Fontaine pour des couloirs humanitaires

Bruxelles, 09/11/2001 (Agence Europe) - Le Parlement européen a donné la parole, mercredi à Bruxelles, aux experts - ONG, représentants des organisations humanitaires et institutions internationales ainsi qu'aux décideurs politiques européens - sur l'aide humanitaire à l'Afghanistan. L'audition publique organisée par la commission du développement et de la coopération, avait pour objectif, selon le président de celle-ci, Joaquim Miranda (GUE, Portugal), de faire le point sur la situation humanitaire, d'identifier les besoins des populations afghanes réfugiées ou déplacées à l'intérieur de l'Afghanistan pour mieux y répondre en coopération avec les pays voisins, et de commencer à réfléchir, « au-delà de l'aide d'urgence, plus importante que jamais, à la reconstruction à plus long terme du pays ».

« Soyez assurés que le Parlement européen tiendra compte de vos observations et de vos témoignages. Il ne ménagera pas ses efforts pour que l'aide de l'UE, qui a été depuis 1991, le donateur le plus important en Afghanistan, soit portée à la hauteur des problèmes », a déclaré Nicole Fontaine, en assurant toutes les organisations humanitaires du soutien du PE.

Au cours d'une conférence de presse, l'Américain William Garvelink, Deputy Assistant Administrator de l'USAID Bureau for Humanitarian Response, a souligné la gravité de la situation d'un pays où 5 à 7,5 millions de personnes sont sérieusement en danger de mort, dont 1 million totalement dépendant de l'aide alimentaire. Selon lui, les ressources alimentaires ne sont pas le problème (avec 50 000 tonnes de vivres livrées par mois, les Etats-Unis ont quasiment atteint leur objectif), mais bien les difficultés d'acheminement. Il a fait état des efforts de coordination de l'aide humanitaire américaine avec les autres donateurs, ainsi qu'en témoignent ses entretiens avec le Commissaire européen Poul Nielson, « antérieurs au 11 septembre », et sa rencontre, la veille, avec Costanza Adinolfi, directrice d'Echo (l'office humanitaire de la Communauté). Avec un niveau actuel d'engagement de 504 millions de dollars (184 millions avant le 11 septembre et 320 après), les Etats-Unis demeurent le plus gros fournisseur d'aide, a-t-il rappelé, et, avec l'Union européenne (320 millions pour 2001 dont 100 millions gérés par la Commission), ils fournissent à eux seuls 85% de l'aide mondiale à l'Afghanistan. Selon lui, la stratégie américaine d'assistance humanitaire repose sur cinq axes: a) réduire le taux de mortalité ; b) réduire les mouvements de population engendrés par la famine en fournissant autant de nourriture que possible aux villages et zones rurales (le largage de vivres représente moins de 1% de l'aide alimentaire fournie via la contribution américaine au Programme alimentaire mondial, a-t-il précisé) ; c) stabiliser les prix sur le marché alimentaire afghan ; d) garantir que l'aide parvienne aux destinataires ; e) commencer un programme de réhabilitation axé sur la reconstruction des routes, la fourniture de semences et la remise en état du système d'irrigation. Interrogé sur l'impact des bombardements sur les mouvements de population, il a répondu que les régions les plus touchées par ces mouvements (le Nord et l'Ouest) ne sont pas celles où a lieu le conflit.

Devant la presse, Nicole Fontaine a souligné la nécessité urgente de créer des couloirs humanitaires et de « construire l'avenir du pays, notamment en créant un régime démocratique qui garantisse la participation des femmes pour faire en sorte qu'elles ne soient pas les oubliées de l'après-talibans. « L'avenir de l'Afghanistan passe par la chute du régime taliban, odieux, qui discrédite l'islam tolérant », a dit Mme Fontaine, qui s'est réjouie que les Américains aient légèrement modifié leur stratégie et qu'ils comprennent la nécessité d'apporter une aide aux troupes de l'Alliance du Nord pour inverser le rapport de forces sur le terrain. L'idée de convoquer d'urgence une conférence des Nations unies sur l'aide aux réfugiés et populations d'Afghanistan est, selon elle, « une initiative positive pour une coordination accrue et une meilleure sensibilisation de la communauté mondiale au sort d'un peuple trop longtemps oublié ». « Les revendications des femmes vont bien au-delà de leur rôle dans la future vie politique du pays. Privées des droits les plus élémentaires, elles se sont elles-mêmes qualifiées de mortes vivantes », a-t-elle ajouté.

Interrogée sur l'éventualité que le Parlement européen réclame une interruption des bombardements américains, Nicole Fontaine a répondu qu'elle ne souhaitait pas préjuger du vote de son institution. A un journaliste qui s'interrogeait sur le caractère réaliste d'une participation des femmes à la vie politique future compte tenu de leur privation du droit à l'éducation, plusieurs femmes afghanes, dont Shoukria Haïdar, présidente de l'association de soutien aux femmes d'Afghanistan, ont rappelé que les talibans, « qui ne sont pas un groupe politique issu de la société afghane mais de milices armées pakistanaises » n'avaient pas toujours été là, que dans le Nord du pays « il y a des écoles pour les filles et des femmes professeurs », que «les femmes afghanes ne sont pas des mineures » et que « beaucoup sont éduquées ». Affirmant que « certaines peuvent certainement jouer un rôle politique et qu'il n'y aura pas de démocratie sans participation des femmes », Sabira Mateen de l'ONG Rawa (Association révolutionnaire des femmes afghanes) a appelé le Parlement à soutenir son association.

Le Commissaire Poul Nielson, pour sa part, a souligné « la disponibilité de la Commission européenne à soutenir, dans les limites de ses ressources budgétaires, l'effort énorme de reconstruction et de réhabilitation qui sera requis dans l'après-talibans », tout en notant que « pour l'instant l'assistance humanitaire demeure l'absolue nécessité ». Selon les dernières informations d'Echo, 2 millions d'Afghans seraient déplacés dans le pays et 135 000 réfugiés auraient quitté le pays depuis le début des frappes américaines, a-t-il précisé.

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