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Bulletin Quotidien Europe N° 8088
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/omc

Les positions des ONG avant Doha

Bruxelles, 09/11/2001 (Agence Europe) - De même que les délégués de 142 pays, des centaines d'organisations non gouvernementales ont gagné Doha, où s'est ouverte ce vendredi la IVème conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Les manifestations de masse aux portes de la plus haute instance de l'institution sont cette fois exclues: un seul représentant par ONG - au demeurant, soigneusement triées sur le volet - est admis sur le site. Soit 647 au total. D'autres ont convergé par centaines vers Beyrouth où se tient, depuis le début de la semaine, le Forum mondial des ONG, second contre-sommet du genre après celui de Punte del Este l'année dernière. La mobilisation antimondialisation ou altermondialiste trouve aussi des relais en d'autres lieux, en Asie notamment, en Amérique et à Genève où des journées d'actions sont annoncées. Faut-il cependant le rappeler ? - les représentants de la société civile ne parlent pas du tout d'une seule voix.

Ces interlocuteurs défendent un très large spectre d'intérêts: environnement, développement, droits de l'homme, femmes, consommateurs, travailleurs, commerce équitable ou commerce tout court, patronat, paysannerie, agriculteurs et agroindustrie, textiles, pharmacie, hautes technologies, etc.. Avec presque autant de nuances instillées dans l'approche non gouvernementale du Cycle que l'OMC tient tant à lancer, mardi prochain. Néanmoins, chacun semble avoir tiré quelque enseignement de Seattle, théâtre d'un fiasco institutionnel qui est encore dans tous les esprits et de non moins mémorables débordements dans les rues. Si bien qu'aujourd'hui, personne - ni même les porte-voix des multinationales - ne parle plus de libéralisation commerciale sans invoquer des mesures d'accompagnement et nouvelles disciplines, tandis que de l'autre côté du spectre, hormis une mouvance extrémiste notoire pour sa violence, on ne se réclame plus que rarement de l'anti-mondialisation pure et dure, en concédant que le phénomène est un état de fait.

«Le développement doit être le sujet clé de tout nouveau cycle », souligne EuroCommerce, dans sa lettre mensuelle, tout en espérant « une libéralisation qui aille aussi loin que possible ». De « nouvelles négociations » qui répondent « de manière constructive, transparente et ouverte, aux défis et préoccupations qu'engendre la globalisation », sont invoquées par l'Unice, avant de rappeler ses priorités en matière d'investissement, de facilitation des échanges, de services, d'accès au marché, de propriété intellectuelle, etc.. Parmi ses adhérents, les entrepreneurs belges précisent, de leur côté, que le programme de négociation doit être « ambitieux », avec certes un accent particulier sur les besoins des « pays en développement les plus pauvres », mais en aucun cas « surchargé (par) des exigences irréalistes ». «Un no-go à Doha serait la pire des options », s'inquiètent-ils, d'autant que le cycle est à leur yeux « une nécessité absolue ». «Doha ne peut simplement pas échouer », lance EuroCommerce, en renvoyant à la pression croissante qui pèse sur l'environnement économique mondial et la crise internationale qui s'est ouverte le 11 septembre dernier. « La marge réelle est plus que suffisante pour poursuivre la libéralisation et la croissance par le biais du commerce international, tout en prenant mieux en compte les préoccupations des pays en développement », argue l'association des Chambres de commerce et d'industries européennes, qui rappelle que pour chaque pour cent d'ouverture plus poussée de son économie, chaque pays majore d'autant son revenu par tête. Et de rappeler ses propres priorités: compléter l'acquis issu du Cycle d'Uruguay et établir un cadre de règles minimales pour procurer des garanties aux investisseurs, assurer une concurrence équitable et éliminer les obstacles non tarifaires qui perdurent. Les représentants de l'industrie et des utilisateurs de hautes technologies d'Europe (EICTA), Japon (JEITA) et Amérique (AeA) en appellent quant à eux « au leadership politique collectif » des décideurs pour faire de Doha un succès, contribuant à « promouvoir la croissance économique et, par là même, à permettre un développement durable, un allégement de la pauvreté et le traitement des aspects sociaux de la mondialisation ». Pour le secteur du textile et de l'habillement européen, «le rendez-vous de Doha est crucial » et « si l'on veut contribuer au développement et donner un nouvel essor au commerce mondial, chacun doit être prêt à jouer son rôle », notamment « les pays en développement les plus avancés » appelés à « prendre enfin place au sein du système mondial des échanges ». A l'inverse, le lancement d'un nouveau cycle semble « prématuré » aux travailleurs de la Confédération européenne des syndicats, qui insiste sur un préalable au démarrage d'un nouveau Cycle: une solution au problème de la dette du Tiers monde et du problème de transparence et de maîtrise des transactions financières.

Il y a aussi ceux que l'on a longtemps qualifiés d'antimondialistes, dont le discours a également gagné en maturité et ne se limite plus que rarement à stigmatiser le système. La tendance, résolument contestataire il y a deux ans, est aujourd'hui à l'« altermondialisme », mouvance désormais tournée vers la réflexion et l'action pour une nouvelle donne. Car « pour nous, la mondialisation est un phénomène objectif » qu'il faut « comprendre » en évitant l'écueil de la « confrontation », a-t-on souligné à Beyrouth, où sont rassemblés près de 200 groupes et réseaux d'ONG de 45 pays, y compris Attac, le Réseau du Tiers Monde, la Confédération paysanne et la coalition Via Campesina (dont l'émissaire est José Bové, y compris à Doha), les Amis de la Terre, Greenpeace (dont le nouveau Rainbow Warrior a mis le cap sur Doha), Public Citizen menée par l'Américain Ralph Nader, etc. Pour la plupart, une réforme radicale de l'OMC et le réexamen de son corpus de règles (issu des 8 précédents cycles) doivent être préalables à toute nouvelle négociation. « On nous dit que sans nouveau cycle les plus pauvres deviendront plus pauvres. Mais il n'est pas besoin d'un nouveau cycle (…) pour créer les conditions permettant aux plus pauvres de devenir moins pauvres », résume l'Urfig (unité de recherche, formation et information sur la mondialisation), qui met en avant l'exigence éthique de non discrimination, de solidarité, de transparence et de contrôle démocratique des institutions. Un point de vue largement partagé. Selon Attac, l'OMC n'est pas l'endroit approprié pour parler agriculture, santé publique, éducation, culture ou brevetage du vivant. « L'OMC est actuellement la seule organisation internationale à avoir des pouvoirs contraignants, si bien que le commerce a la primauté sur le reste des activités et des droits », dénonce-t-elle plus généralement. Un reproche auquel font écho beaucoup d'autres, comme Greenpeace, qui veut que « l'OMC ne soit plus la seule organisation ayant des dents » et qu'elle endosse les principes du développement durable, de même qu'elle assume les limites imposées par le changement climatique. Le WWF rappelle lui aussi l'OMC à ses responsabilités, en l'exhortant à promouvoir un commerce équitable, soutenable et respectueux des ressources naturelles (réduction des subventions qui contibuent à la surpêche, renforcement des accords multilatéraux sur l'environnement tout en continuant à lutter contre le « protectionnisme vert », etc.). Solidar, qui représente une douzaine de groupes et syndicats, en appelle pour sa part à «cesser d'appuyer le pied sur l'accélérateur de la libéralisation » et estime que l'institution peut contribuer à « créer une société globale avec des règles contraignantes fondées sur les principes de la démocratie, des droits de l'Homme, de la justice sociale et du développement durable ». Le réseau CLONG (Comité de liaison pour le développement) parle de « soumettre le commerce et l'OMC aux droits économiques et sociaux », en mettant l'accent sur le fonctionnement démocratique, l'interdiction de breveter le vivant, le respect de la notion de service public ou encore la sécurité alimentaire des populations. Idem pour les membres du réseau Via Campesina, dont la Coordination paysanne européenne (CPE). « Le monde n'est pas une marchandise » et quant à l'OMC, il faut la « soumettre ou la supprimer »: le « vieux système commercial injuste et oppressif » doit céder la place à « un cadre d'échange nouveau, socialement juste et durable », protégeant la diversité culturelle, biologique, sociale et économique, mettant progressivement en oeuvre des politiques privilégiant le commerce et les échanges locaux, garantissant les droits économiques, sociaux et culturels établis, tout en restaurant la souveraineté des peuples et le contrôle démocratique aux niveaux national et régional, disent-ils dans une déclaration co-signée avec près de 400 autres ONG, dont Attac, WTO Watch, les Amis de la Terre (qui ont récemment répertorié les « dix raisons pour lesquelles l'OMC est mauvaise pour les peuples et la planète »), ainsi que GAIA. Mais pas Greenpeace ni Solidar. Quelle que soit la mouvance dans laquelle elles s'inscrivent, toutes ces ONG sont en état d'alerte et scruteront, l'oeil vigilant, le déroulement des tractations ministérielles.

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