Bruxelles, 05/11/2001 (Agence Europe) - C'est dans un état d'esprit « positif, déterminé et serein » que le Commissaire européen Pascal Lamy s'apprête à gagner Doha, où s'ouvrira vendredi la IVème Conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Les 142 ministres qui composent la plus haute instance de l'institution n'auront pourtant que cinq jours (et autant de nuits) pour surmonter leurs désaccords les plus sérieux afin de donner le coup d'envoi à un nouveau cycle de négociations, le 13 novembre prochain (EUROPE du 1er novembre, pp.10-11).
Ce 9ème « round » depuis la mise en place du système commercial multilatéral en 1947-48, les Européens, et Pascal Lamy en tête, ont tout fait pour le « remettre sur les rails » après le fiasco de Seattle, sans attendre la période « plus propice » que la plupart de leurs partenaires disaient espérer. « Le besoin que nous ressentions alors de créer les conditions d'une croissance économique plus forte et durable par le biais d'une libéralisation accrue des échanges commerciaux est encore plus pressant aujourd'hui. Pour développer le commerce mondial, il faut aussi l'organiser, l'encadrer avec des règles. Nous souffrons d'un déficit réglementaire qu'il faut combler », a déclaré M.Lamy, en rappelant aussi que « les règles de l'OMC n'ont pas été actualisées depuis 1995 ». « Quelle société ou organisation peut-elle se permettre un tel décalage de nos jours ? L'OMC doit se doter au plus vite de ce qu'il faut pour répondre aux défis du 21ème siècle ! », a-t-il lancé. Autre moteur de cette opiniâtreté à gagner le reste du monde à la cause d'une mondialisation « maîtrisée et équitable » - le nouveau slogan qui résume la position européenne -, la nécessité d'intégrer davantage les pays en voie de développement dans le système". "Nous avons fait beaucoup d'efforts pour tenir compte de leurs préoccupations depuis Seattle", a dit M. Lamy. Et, loin d'ignorer « qu'au départ, certains considéraient mes efforts comme étant donquichottesques », il constate: « le fait que plusieurs voix se sont maintenant ralliées à notre position me laisse penser que le cap que j'ai maintenu n'était peut être pas si mauvais que ça. Il reste encore à voir si nous sommes capables d'arriver à bon port ». Selon lui, les 20% des préparatifs sur lesquels les ministres sont appelés à la rescousse, sont « certes les plus difficiles », mais « le fossé entre les positions des uns et des autres sur des sujets tels que l'agriculture, l'antidumping ou la mise en oeuvre peut être comblé si nous continuons tous à adopter l'approche raisonnable qui a marqué les rendez-vous récents au Mexique et à Singapour. Le risque d'échouer est toujours là mais, cette fois-ci, nous entrons dans la dernière ligne droite de ce processus en bien meilleure forme pour réussir qu'à Seattle ». A Doha, a expliqué M. Lamy, « nous devons (aussi) établir une date limite pour conclure ces négociations » et, « compte tenu du chemin que nous avons déjà parcouru, je pense que d'ici trois ans nous devrions être en mesure d'y arriver. Entre- temps, nous aurons donné un signal très important qui contribuera à éclaircir un ciel économique qui est pour le moins sombre actuellement ». Et quid de la méfiance que continuent d'entretenir de nombreux partenaires de l'Union face à ses ambitions (environnementales et sociales notamment) pour le futur cycle ? « Je pense que le meilleur moyen de faire reculer cette méfiance, c'est d'expliquer clairement ce que l'on veut et ce que l'on ne veut en aucun cas », répond M.Lamy, en soulignant que « les pays en développement sont eux aussi demandeurs de règles. Les Thaïlandais par exemple. Ils ont tout intérêt à ce que des règles existent pour faire face aux Américains qui bloquent leurs crevettes à cause d'une méthode de pêche accusée de nuire aux tortues ». Quant au social, « ce que nous voulons, c'est que soit établi un dialogue permanent entre l'OMC et l'Organisation internationale du travail (OIT), une relation de travail qui permette de passer en revue les conséquences sociales des mesures commerciales qui découlent de la mondialisation. Pas vraiment de quoi être méfiant… ».