Bruxelles, 03/10/2001 (Agence Europe) - La conférence intitulée «Améliorer la coopération européenne au développement envers les pays affectés par des crises et des conflits », organisée par la Présidence belge, s'est achevée mardi sur un succès. Elle a permis à quelque 200 hauts fonctionnaires et experts de l'Union européenne et des Etats ACP (Afrique/ Caraïbes/Pacifique) d'examiner la réponse apportée par l'Union, en termes de coopération au développement, à la situation de pays africains en conflit, à la lumière de six études de cas (Soudan, Somalie, Guinée-Bissau, Burundi, Rwanda et République démocratique du Congo) et d'en tirer des enseignements pour l'avenir. Au cours d'une conférence de presse, Eddy Boutmans, secrétaire d'Etat belge à la Coopération au développement, s'est félicité du consensus atteint sur des lignes directrices pour la mise en œuvre de l'article 11 de l'Accord de Cotonou «qui crée la base légale pour une approche systématique, globale, cohérente, et intégrée de la prévention des conflits en Afrique » - un thème inscrit parmi les priorités de la Présidence belge. Les grands principes qui ont été dégagés devraient alimenter les travaux du Conseil Développement et lui permettre d'en tirer des conclusions opérationnelles, le 8 novembre prochain. Les voici, tels que résumés par Eddy Boutmans:
dans un conflit impliquant divers pays, la coopération doit essayer d'identifier le contexte régional pour tenir compte des acteurs du conflit et de l'influence de l'action de l'Union sur les pays limitrophes;
en principe, une politique d'engagement constructif est préférable à une politique d'absence, d'attentisme ou de sanction, et les instruments de coopération doivent s'adapter à la situation du pays concerné;
si l'on veut jouer un rôle positif dans un conflit (prévention ou pacification), il faut en comprendre les causes profondes, sans préjugés, et avoir une vision à long terme qui s'inscrive dans une perspective de développement durable;
assurer la plus grande cohérence possible entre les actions des Etats membres et de la Communauté aussi bien qu'entre les actions de l'Union et celles des autres acteurs et institutions internationales, est une nécessité;
reconnaître la responsabilité première des acteurs locaux est une autre nécessité, sachant qu'aucune solution satisfaisante et durable ne peut être trouvée sans la société civile et que «la solidarité et l'aide internationales sont toujours des acteurs de seconde ligne ». De cette reconnaissance découleront le soutien aux initiatives locales de paix et de développement, la discussion avec les acteurs locaux, y compris les dirigeants traditionnels, «même s'ils n'ont pas de statut légal car ils peuvent avoir une importance de facto »;
travailler avec les acteurs étatiques est aussi indispensable, en particulier avec les administrations chargées du fonctionnement des structures d'enseignement et de santé;
la rapidité avec laquelle évoluent les situations de conflit exige des procédures et des moyens flexibles, mais cette flexibilité devra toutefois rester compatible avec un contrôle strict de l'utilisation des fonds;
une coopération efficace suppose l'utilisation la plus judicieuse de toute une panoplie d'instruments: assistance technique, envoi de coopérants, aides financières ciblées, appui budgétaire doublé des précautions requises pour empêcher des détournements (financement du conflit, par exemple).
Le général Amadou Toumani Touré, ancien chef d'Etat du Mali et médiateur international (notamment dans la région des Grands Lacs et en République Centrafricaine), a souligné qu'ajoutés à la pandémie de sida, «les conflits en Afrique sapent le développement et menacent la survie du continent ». Il a attiré l'attention sur la régionalisation de ces conflits dont témoigne la vingtaine de mouvements de rébellion investis en RDC. Réfutant l'idée selon laquelle le sous-développement serait, seul, à la base des conflits (« il existe des pays pauvres sans conflits », a-t-il fait observer), M. Touré a estimé en revanche que la croissance économique bien partagée était un facteur de paix et que les causes des conflits résidaient dans «la pauvreté, plus la corruption, plus le privilège de l'impunité ». D'où l'importance des principes dégagés par les chefs d'Etat de l'OUA (enracinement du système démocratique, gouvernement axé sur le dialogue social, avénement d'une justice accessible à tous, respect des droits de l'homme et lutte contre l'impunité), et de l'appui au renforcement logistique des organes sous-régionaux de prévention des conflits. «Les armées africaines manquent de logistique. Le Secrétaire général de l'ONU encourage les Africains à rendre les instruments de prévention et de gestion des conflits plus performants (…). Au lieu de laisser nos armées se spécialiser dans la préparation de coups d'Etat, il serait mieux de les former au maintien de la paix », a-t-il déclaré en citant l'exemple du programme britannique de formation (Afrique du Sud, Zimbabwé, Ghana) et du programme américain dispensé à 12 000 hommes. « La prévention des conflits est devenue un problème de développement. Sans prévention des conflits, l'aide sert à abriter et à nourrir les réfugiés », a conclu M.Touré.