Strasbourg, 03/10/2001 (Agence Europe) - Le président du Conseil de l'UE, Louis Michel, a confirmé mercredi au Parlement européen, lors d'un débat commun sur le Sommet extraordinaire du 21 septembre à Bruxelles et le Conseil européen informel du 19 octobre à Gand, que les chefs d'Etat et de gouvernement discuteront à Gand de la lutte internationale contre le terrorisme, en plus des thèmes déjà envisagés par la Présidence, à savoir la préparation de la Déclaration de Laeken sur l'avenir de l'Europe, l'introduction de l'euro et l'élargissement. Le ministre belge des Affaires étrangères a ainsi précisé:
- introduction de l'euro. Le président du Conseil Ecofin, Didier Reynders, le Commissaire aux affaires économiques et monétaire, Pedro Solbes, et le président de la Banque centrale européenne, Wim Duisenberg, feront rapport sur l'état actuel des préparatifs au passage à l'euro, afin de corriger le tir si nécessaire. Le Conseil européen sera aussi l'occasion d'évoquer certains aspects plus «politiques» de l'arrivée de la monnaie unique, et la question de l'utilisation de l'euro par les pays candidats.
- avenir de l'Europe. M. Michel a espéré que le Conseil Affaires générales des 8 et 9 octobre permettra notamment de faire des progrès sur une future Convention, l'"instrument novateur" qui devrait préparer la prochaine Conférence intergouvernementale sur la réforme institutionnelle, y compris en ce qui concerne le statut des pays candidats au sein de cette Convention. Quant au mandat de la Convention, M. Michel (qui s'est exprimé tour à tour en français et en néerlandais) a confirmé que la Présidence belge souhaiterait qu'on reformule la déclaration de Nice afin de prévoir « un ordre du jour plus vaste » pour la prochaine CIG. Le 8 octobre, la Présidence donnera « une première information sur la structure éventuelle de la Déclaration de Laeken », qui ne devra pas se borner aux questions de procédure, a dit M. Michel, en tentant de rassurer ceux qui « ont exprimé des craintes sur l'approche de la Présidence ». Ainsi, a-t-il dit, la question du dépassement des « quatre tirets de la déclaration de Nice » est « un faux problème », parce que la formulation de cette déclaration laisse ouverte la possibilité d'élargir le débat. Par ailleurs, M. Michel a confirmé, à l'intention de ceux qui craignent qu'on veuille « leur forcer la main », que la Déclaration de Laeken « se bornera à poser les questions », et que le résultat de la Convention sera présenté « sous forme d'options » (si cela ne dépendait que de moi, ça irait plus loin, a-t-il ajouté). En répondant à des questions, M. Michel a précisé que le nombre de participants à la Convention doit être relativement réduit, pour garantir l'efficacité des travaux, et que différentes possibilités sont envisagées pour l'association des pays candidats, y compris une solution « évolutive », ainsi que pour l'association de représentants de la société civile (modalités de son information et audition éventuelle).
- élargissement. Le Conseil prendra acte du rapport de la Commission (voir plus loin) et vérifiera ainsi si la « feuille de route » pour les négociations d'adhésion est respectée.
M. Michel a aussi annoncé que la Présidence n'a pas l'intention de préparer des conclusions écrites pour ce Conseil européen informel.
La Commission européenne « souhaite naturellement que le prochain Conseil Affaires générales marque formellement le ralliement de tous les Etats membres » à la formule de la Convention, a dit pour sa part le Commissaire chargé des questions institutionnelles, Michel Barnier, qui a rappelé aussi l'attachement de la Commission à une « articulation » entre les travaux de la Convention et un débat plus général. « Ce forum sur l'avenir de l'Union (…) devra encourager l'échange d'idées, au plus près des préoccupations de la société civile. La Convention devra rester à l'écoute de ces débats », a estimé M. Barnier, qui a aussi insisté sur la nécessité de « conserver le lien entre architecture institutionnelle et projet européen », avec le souci de « consolider l'acquis de cinquante années de construction européenne », ce qui « peut vouloir dire, lorsque l'environnement change, faire évoluer la construction européenne sans qu'elle perde ses repères ou sa raison d'être ». Pour une fois, dans ce processus de réforme institutionnelle, nous avons un temps de réflexion, « le temps de vérifier que nous sommes bien d'accord entre nous », s'est exclamé M. Barnier, en soulignant que la réflexion sur l'avenir de l'Europe doit se faire « dans le contexte international nouveau, et grave », qui renforce la nécessité du projet européen. Par ailleurs, M. Barnier a:
- souligné la portée politique de l'utilisation de l'euro, l'année prochaine, par 300 millions de citoyens sur les 400 que compte l'UE. L'euro « deviendra signe de stabilité, de paix et d'identité partagée », et représentera « un défi logistique sans précédent », avec l'arrivée de 15 milliards de billets et de 50 milliards de pièces, a rappelé aussi M. Barnier, en indiquant que Pedro Solbes présentera la semaine prochaine une communication à ce sujet, en vue du Sommet de Gand.
- réaffirmé la nécessité de maintenir la « dynamique politique de l'élargissement » et son « caractère irréversible », dans le respect du principe de « différenciation ». la Commission rendra publics ses rapports réguliers sur les progrès des pays candidats, a rappelé M. Barnier.
Sommet du 21 septembre: M. Michel souligne que la crise a donné une impulsion à l'unification européenne;
M. Barnier réaffirme que la lutte contre le terrorisme n'est pas « un conflit entre civilisations »
Au cours du débat sur le Sommet du 21 septembre, Louis Michel a rappelé le contenu du plan d'action décidé à Bruxelles, en insistant sur l'importance du développement d'instruments juridiques internationaux et de la lutte contre le blanchiment de l'argent. Quant au gel des avoirs liés à des activités terroristes, en répondant à une question du libéral démocrate britannique Graham Watson, M. Michel a précisé à la fin du débat que des mesures prises dans l'urgence doivent pouvoir être réexaminées, notamment pour ne pas nuire à des citoyens musulmans qui exercent des activités commerciales tout à fait légitimes au sein de l'Union (voir autre information sur le vote du Parlement concernant l'urgence demandée par la Commission sur sa proposition de règlement relative au gel des avoirs ). Une série de mesures prévues par ce plan concerne le renforcement de la politique étrangère et de sécurité commune afin d'y intégrer la dimension de la lutte contre le terrorisme, y compris la réévaluation systématique des relations entre l'UE et les pays tiers à la lumière du soutien que ces pays pourraient donner au terrorisme, a rappelé M. Michel, en soulignant le souci de « prévention » de l'Union (prévention qui doit comporter, selon lui, un engagement en faveur de l'intégration de tous les pays dans un système mondial de sécurité et de prospérité durable). La crise ouverte le 11 septembre, constate enfin le président du Conseil, a donné une impulsion à l'unification européenne et a permis de faire la preuve d'un véritable leadership européen. Mais la priorité de la lutte contre le terrorisme ne doit pas détourner l'UE des autres projets fondamentaux pour la construction européenne: introduction de l'euro, élargissement et mise en oeuvre de la politique européenne de sécurité et de défense.
Quant à Michel Barnier, il a réaffirmé que, au-delà de la solidarité avec les Américains, « la lutte contre le terrorisme n'est pas - et ne peut pas être - un conflit entre civilisations ». « C'est au contraire le combat que mènent ensemble, en partenaires égaux, toutes les nations du monde contre des forces qui visent à les détruire, sans égards pour la vie humaine, sans aucun respect des valeurs qui rassemblent tous les hommes, par-delà frontières et cultures », a souligné le Commissaire, qui a par ailleurs constaté que la menace terroriste « n'est malheureusement pas inconnue de certains de nos Etats membres », mais que les gouvernements de l'Union veulent désormais la « contrer ensemble et par tous les moyens ».
M. Bolkestein et M. Nielson mis en cause pour leurs propos sur les pays musulmans et la globalisation
Les récentes déclarations des Commissaires Frits Bolkestein (sur les relations entre le monde musulman et l'Occident) et Poul Nielson (sur la globalisation et le rôle des Etats-Unis) ont suscité des réactions de la part de plusieurs parlementaires au cours du débat sur le Sommet de Bruxelles et la préparation de Gand. Le président du groupe du PPE-DE, Hans-Gert Pöttering, a rappelé que M.Nielson s'expliquera jeudi sur cette question à la Conférence des présidents, mais, a-t-il ajouté, si notre groupe estime que ses explications ne sont pas satisfaisantes, il se réserve la possibilité de demander au président Prodi et à M .Nielson (mais aussi à M.Bolkestein) de venir s'expliquer en plénière. Avec ses déclarations dans la presse danoise, a ajouté Hartmut Nassauer, chrétien-démocrate allemand, M. Nielson a « marché sur les pieds de la solidarité européenne ». Un autre élu démocrate-chrétien, Wim van Velzen, a affirmé que M.Bolkestein a non seulement prononcé des mots inacceptables sur le monde arabe mais a aussi, en critiquant les lacunes de la politique d'asile, mis en cause son collègue Vitorino. A son avis, M.Prodi devrait inviter M.Bolkestein à se borner à faire des déclarations sur les domaines de sa compétence, le marché intérieur et la fiscalité. C'est la Commission tout entière qui est lésée par des épisodes de ce genre, a conclu M.van Velzen.
A Bruxelles, le porte-parole de M. Bolkestein a formellement démenti mercredi les propos prêtés au Commissaire qui a "tout simplement parlé des tensions et des différences au sein de l'islam". Rappelant que M. Bolkestein a contribué à deux livres sur le sujet, il a dit que les propos tirés d'une interview au quotidien De Volkskrant avaient été "gonflés et sortis de leur contexte".
EUROPE reviendra sur les autres aspects du débat sur les Sommets de Bruxelles et de Gand.