Strasbourg, 03/10/2001 (Agence Europe) - La Troïka de l'UE, lors de sa visite de la semaine dernière dans une série de pays (Pakistan, Iran, Arabie saoudite, Syrie, Egypte), a répété que la campagne contre le terrorisme lancée au niveau international n'est pas dirigée contre l'islam, mais est une campagne de pays de différents régimes et religions contre ceux qui utilisent le terrorisme pour faire de la politique, a répété le Commissaire européen aux relations extérieures Chris Patten lors du débat du PE sur l'Afghanistan, mardi après-midi. Nous «affaiblissons» notre position si nous donnons l'impression que « nous avons le monopole de la vertu » face aux autres « civilisations », et que les droits de l'homme ont une valeur différente d'un endroit à l'autre, a-t-il dit, en s'écriant: « on ressent exactement la même chose si on est torturé dans un pays ou dans un autre ! ». Cette tragédie entraînera peut-être « quelque chose de bon », car «l'adversité» nous fait parfois avancer, a estimé M. Patten, en soulignant que « nous avons maintenant une chance d'ouvrir des portes et des fenêtres qui ont été fermées trop longtemps ». Et il a conclu: on dit que, après le 11 septembre, les choses « ne seront plus les mêmes », et cela doit être vrai au moins sur un point, un vrai multilatéralisme, qui doit se concrétiser, par exemple, dans l'adoption et l'application des conventions sur le terrorisme.
Le Commissaire chargé de l'aide humanitaire, Poul Nielson, a fait le point pour sa part sur l'effort consenti par la Commission sur le plan de l'aide, en rappelant qu'il avait dû, après le 11 septembre, annuler une visite prévue au Pakistan et en Afghanistan, où il aurait dû rencontrer les organisations humanitaires financées par l'UE et le commandant Massoud …Le rapport d'Echo pour 2001 citait l'Afghanistan parmi les « conflits oubliés », a remarqué M. Nielson, qui a reconnu que, même selon le scénario le plus positif, on doit s'attendre à une crise humanitaire « terrible » et qui a précisé que les difficultés sont, plutôt que le manque de crédits, les problèmes logistiques et d'accès de l'aide aux populations. Nous ne voulons pas non plus exposer les organisations locales qui sont nos partenaires, et qui ont continué à assister la population, à davantage de risques, a dit aussi M. Nielson, en ajoutant: n'avons jamais dû élaborer un plan d'urgence comportant tant de variables et tant d'incertitudes. Et il a insisté: l'aide de l'UE, ce n'est pas seulement de l'aide alimentaire, il y a l'aide à la réhabilitation agricole, à l'assainissement, aux personnes déplacées et aux réfugiés au Pakistan… Le budget d'Echo est utilisé chaque année dans sa totalité, a-t-il rappelé aux députés qui craignaient les «longueurs bureaucratiques».
Au cours du bref débat, la plupart des députés ont souhaité un renforcement de l'aide humanitaire, mais aussi un encouragement à la mise en place d'un nouveau gouvernement à Kaboul. Aidons ce peuple opprimé, où 96% des femmes et 72% des hommes sont analphabètes, a dit Mme Frahm (GUE/NGL, danoise), et M. Belder (EDD, néerlandais) a demandé pour l'Afghanistan « une sorte de plan Marshall », alors que M. Staes (Verts/ALE) a insisté sur la nécessité d'aider les pays voisins de l'Afghanistan. M. Deva, conservateur britannique né au Sri Lanka, a rappelé que la Constitution afghane du temps de la monarchie était «exemplaire», et a rendu hommage, comme d'autres députés, à la sagesse du roi en exil à Rome, et un autre conservateur britannique, M. Khanbhai, né en Tanzanie, s'est exclamé: la plupart des millions de musulmans du monde entier, jusqu'à hier, ne savaient rien d'Oussama ben Laden…
Ce Parlement et la Commission européenne attirent l'attention depuis 1997, sans être écoutés, sur le fait qu'en Afghanistan le problème n'est pas seulement humanitaire, mais qu'il est aussi un problème « de drogue, de terrorisme, un problème géopolitique » de taille, a affirmé la radicale italienne Mme Bonino (qui, dans la Commission Santer, était Commissaire en charge en particulier de l'aide humanitaire). Il y a des moments de l'histoire où il faut « choisir son côté », et maintenant nous devons le faire aux côtés des «démocraties libérales, avec leurs défauts» mais aussi leurs forces, a estimé Emma Bonino, pour qui la « sainte alliance contre le terrorisme » qui est en train de se construire est formée d'"alliés peu probables", chacun avec ses buts, et profitant éventuellement de la situation pour « opprimer leurs propres dissidents »… Selon elle, c'est une erreur de croire que l'adversaire , c'est seulement le terrorisme, car c'est un « mélange explosif de fanatisme religieux, à la base de régimes autoritaires et dictatoriaux ». L'élu de l'UDF M. Morillon a dit espérer que le commandant Massoud, « mon ami, ne sera pas mort pour rien », en notant que le chef de la résistance aux talibans (qui, sur sa suggestion, était venu à Strasbourg en avril dernier: voir EUROPE des 2 et 3 avril, p. 5 et du 6 avril, p. 3), avait prouvé qu'il n'était pas seulement un « homme de guerre, mais pouvait être aussi l'homme d'une paix et d'une réconciliation » que son pays attend depuis longtemps. « Eprise de Realpolitik, la communauté internationale et, malheureusement aussi l'UE, avait adopté à l'égard des talibans une attitude pour le moins conciliante », a-t-il regretté, en comparant cette indulgence à celle accordée aux khmers rouges . Il faut détruire ce régime, en épargnant le peuple afghan, a dit Philippe Morillon. L'ancien général qui avait commandé les forces de mantien de la paix en Bosnie s'est demandé aussi si l'Europe a la volonté de faire pour l'Afghanistan ce qu'elle avait fait en Bosnie, où elle avait parachuté de l'aide dans les zones les plus isolées.