Bruxelles, 03/10/2001 (Agence Europe) - Largement dominé par les discussions sur la lutte antiterroriste et l'avenir de la politique de sécurité en Europe, le Sommet UE/Russie de mercredi (auquel ont notamment participé le président russe Vladimir Poutine, le président en exercice du Conseil européen Guy Verhofstadt, le président de la Commission Romano Prodi et le Haut Représentant pour la PESC Javier Solana) a abouti à l'adoption d'une série de déclarations et de décisions concrètes dans plusieurs domaines, notamment:
Le terrorisme international. Dans une déclaration séparée, les deux parties ont souligné que le terrorisme, quelle que soit sa motivation ou son origine, est "injustifiable". L'UE et la Russie sont prêtes à développer leur coopération antiterroriste au sein d'une coalition mondiale "aussi large que possible". "Nous sommes décidés à intensifier notre coopération dans le but de combattre le terrorisme international", lit-on dans la déclaration. Dans ce contexte, il a été convenu mercredi que l'UE et Russie étudieront ensemble, dans le cadre des structures et organes existants de l'Accord de Partenariat et de Coopération (APC), les conditions et modalités d'un échange d'informations concernant: - les activités et déplacements des individus ou de groupes appartenant à des réseaux terroristes ou ayant des liens avec eux; - les titres de transport à l'authenticité douteuse; - les livraisons d'armes, d'explosifs et de matières à usage double; - les transactions financières susceptibles d'être utilisées pour soutenir des terroristes; - les nouvelles formes d'activités terroristes, y compris les menaces chimiques, biologiques et nucléaires. Devant la presse, à l'issue de la réunion, le président Poutine a souligné qu'il ne suffira pas de combattre le terrorisme une fois qu'il se manifeste, mais aussi de s'attaquer aux "véritables racines" du terrorisme, telles que la pauvreté, le manque de perspective et aussi l'éternel conflit au Moyen-Orient. Il serait très approprié et utile que la Russie et l'UE puissent prendre, à l'avenir, une part plus active dans la solution politique de ces problèmes, a estimé M.Poutine. Au cours des discussions sur le terrorisme, la Tchéchénie a également été évoquée, et l'UE a exprimé "son soutien aux efforts des autorités russes en vue d'un règlement politique". Une solution politique reste, à ce stade, toujours l'objectif du gouvernement russe, a expliqué M.Poutine à la presse à l'issue de la réunion. Ceux, en Tchéchénie, qui veulent reconnaître leur "erreur" et retourner dans la société ont encore l'occasion de le faire, à condition qu'ils rompent tout contact avec les "terroristes". En tout cas, Moscou n'avait pas l'intention d'"abuser" de la situation après les attentats aux Etats-Unis pour rapidement résoudre la situation en Tchéchénie par la seule force militaire, sans tenir compte de la population civile. "Nous faisons tout pour réduire au maximum les risques pour la population civile", a dit le président russe.
Le renforcement du dialogue et de la coopération sur les questions de politique et de sécurité. L'UE et la Russie sont convenues mercredi d'intensifier leurs consultations politiques déjà existantes, et de les rendre "plus opérationnelles", en particulier dans les domaines importants de l'actualité internationale. Ainsi, il a été décidé qu'au-delà des consultations déjà existantes, des réunions ponctuelles seront organisées en fonction des événements entre le Comité Politique et de Sécurité de l'UE (ou son président) et la Russie, y compris au niveau des ambassadeurs. En outre, des réunions mensuelles auront désormais lieu entre la Troïka du Comité Politique et de Sécurité de l'UE et la Russie, afin de faire le point sur les consultations en matière de prévention et de gestion des crises. Devant la presse, M.Poutine a exprimé l'espoir que ce renforcement du dialogue régulier sur des questions de politique de sécurité aboutira, un jour, à la mise en place d'une structure permanente de l'UE et de la Russie au sein de laquelle toutes les questions liées à la sécurité de l'Europe puissent être traitées. Dans une déclaration séparée sur la coopération en matière de politique de sécurité, l'UE et la Russie annoncent aussi que les modalités d'une éventuelle participation russe aux opérations de gestion des crises (de nature civile et militaire) seront développées "en fonction des avancées de la PESD".
La coopération énergétique. Une nouvelle phase "formelle" des préparatifs pour un partenariat énergétique entre l'UE et la Russie a été lancée. Depuis l'automne de l'année dernière, des experts des deux côtés avaient eu des consultations techniques pour explorer les possibilités d'aider la Russie à réformer son secteur énergétique (afin d'attirer davantage d'investissements européens) et d'augmenter les fournitures de gaz et de pétrole vers les pays consommateurs en Europe. "Désormais, nous considérons que la phase initiale, analytique et exploratoire de ce dialogue est achevée" et que les travaux préparatoires devront être portés à un niveau politique en vue de prendre les décisions nécessaires à la mise en place du "partenariat énergétique", affirment les deux parties dans une autre déclaration séparée approuvée mercredi. Sur base des travaux techniques réalisés jusqu'ici, le Sommet a convenu que, à court terme, des progrès concrets devraient maintenant être faits en vue de: - perfectionner la base légale en Russie concernant la production et le transport d'énergie et les accords de partage de la production; - simplifier les procédures administratives et de l'octroi des licences pour les investisseurs étrangers; - sécuriser les réseaux de transport énergétique; - reconnaître comme étant "d'intérêt commun" certaines nouvelles infrastructures de transport énergétique, tels que l'interconnexion des réseaux électriques, le gazoduc septentrional trans-européen, le réseau de gazoduc Yamal-Europe transitant par la Biélorussie et la Pologne, la mise en valeur du gisement de Shtokman et (en ce qui concerne le pétrole) la connexion du système de transmission "Droubja" (transitant par la Biélorussie et l'Ukraine) avec le réseau "Adria"; - lancer des projets-pilotes en vue de promouvoir l'efficacité énergétique en Russie. L'UE a aussi insisté sur la nécessité, pour la Russie, de ratifier le Traité de la Charte de l'énergie. Mercredi, les deux parties ont décidé de créer un Comité de haut niveau chargé de faire avancer les pourparlers sur ces différents sujets. Le Comité devra rendre son premier rapport au printemps prochain. Parlant à la presse, M.Poutine s'est dit déçu du fait que, depuis le Sommet UE/Russie de Moscou en mai dernier, "pas suffisamment de progrès" aient été faits en matière de partenariat énergétique, "mais j'espère que nous pourrons désormais rattraper le retard".
La création d'un Espace Economique Européen Commun (Common European Economic Space). Les deux parties ont décidé mercredi de mettre en place un groupe conjoint de haut niveau (où le Commissaire Chris Patten représentera l'UE) chargé d'élaborer le concept d'une espace économique européen commun (l'idée avait été lancée par M.Prodi lors du dernier Sommet en mai). Concrètement, le groupe (qui se réunira deux fois par an) devra réfléchir comment les relations économiques entre l'UE et la Russie pourront être intensifiées par le biais d'une intégration économique plus poussée et un rapprochement des législations respectives (il ne s'agit pas d'une zone de libre-échange, soulignent des diplomates). Le groupe devra se prononcer sur les moyens et mécanismes qui permettront d'atteindre cet objectif, ainsi que sur le calendrier. Le groupe fera régulièrement rapport aux instances de l'Accord de Partenariat et aux Sommets. Une première évaluation des travaux effectués aura lieu au plus tard en octobre 2003.
La déclaration finale conjointe du Sommet fait aussi référence à d'autres sujets discutés, tels que l'élargissement de l'UE (il faut veiller à ce que l'élargissement ne trace pas de nouvelles lignes de séparation en Europe, mais qu'il "tisse des liens encore plus étroits entre l'Union élargie et la Russie"), les négociations d'adhésion de la Russie à l'OMC (ces négociations devront être "accélérées") et la sécurité nucléaire (l'UE et la Russie s'engagent à finaliser dans les délais les plus brefs les négociations sur le programme environnemental multilatéral en matière nucléaire en Russie, MNEPR).